Lors d’une visite surprise à Kiev samedi, le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est engagé à fournir une nouvelle aide militaire de 500 millions de dollars canadiens au régime ukrainien d’extrême droite et a promis qu’Ottawa continuerait à fournir des armes et du financement à Kiev pour faire la guerre à la Russie «aussi longtemps qu’il le faudra». Alors que les principales puissances impérialistes procèdent à une escalade spectaculaire de la guerre entre les États-Unis et l’OTAN contre la Russie, la visite de Trudeau a également vu Ottawa plaider en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, ce qui entraînerait un affrontement militaire direct entre des puissances dotées de l’arme nucléaire.
Trudeau était accompagné dans son voyage par la vice-première ministre Chrystia Freeland, une nationaliste ukrainienne belliqueuse dont le grand-père a été rédacteur en chef du seul journal en langue ukrainienne autorisé dans l’Europe occupée par les nazis. Les deux politiciens se sont entretenus en privé avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avant que Trudeau ne dévoile le nouveau programme de soutien militaire lors d’une conférence de presse conjointe avec Zelensky. Bien que le Premier ministre ait refusé de préciser comment les fonds seraient dépensés, ses remarques ont clairement indiqué que l’aide militaire contribuera à l’escalade majeure de la participation de l’OTAN au conflit qui est déjà en cours.
Le Canada s’est engagé à prolonger jusqu’en 2026 l’opération Unifier, le programme de formation de l’armée ukrainienne lancé en 2015. Le Canada formera désormais les pilotes ukrainiens au pilotage des avions de chasse F-16, qui sont l’un des principaux types d’avions de combat que les membres de l’OTAN prévoient de fournir à Kiev. Selon un communiqué de presse du Congrès des Ukrainiens canadiens d’extrême droite, le programme d’aide comprend également des livraisons supplémentaires de munitions de 105 mm, de missiles air-surface et d’un centre d’entretien de chars en Pologne.
Trudeau a profité de sa conférence de presse avec Zelensky pour dénoncer la Russie de manière provocatrice. Il a notamment accusé Moscou, sans fournir la moindre preuve, d’être responsable de la destruction du barrage de Nova Kakhovka et a promis que la Russie «répondra de ses actes». Les implications de la déclaration de Trudeau sont que la Russie, en détruisant délibérément des infrastructures civiles, est coupable de crimes de guerre: le même type d’affirmation que les puissances de l’OTAN, y compris le Canada, ont utilisé pour justifier une intervention directe dans des conflits (comme dans la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999).
Trudeau s’est également vanté du fait qu’Ottawa a déjà fourni à Kiev plus de 8 milliards de dollars d’aide, dont bien plus d’un milliard de dollars d’aide militaire, depuis l’invasion réactionnaire de l’Ukraine par la Russie, provoquée par les États-Unis et l’OTAN, en février 2022. Ce vaste soutien à la guerre impérialiste contre la Russie a été mis en œuvre par un gouvernement libéral minoritaire entretenant des liens étroits avec les syndicats, qui répriment toute opposition de la classe ouvrière au programme pro-guerre et pro-austérité de Trudeau. À la demande des syndicats, les sociaux-démocrates du NPD fournissent aux libéraux de Trudeau leur majorité parlementaire depuis 2019. En mars 2022, un mois seulement après le début de la guerre, le NPD a conclu une alliance gouvernementale officielle avec les libéraux, garantissant le maintien au pouvoir du gouvernement Trudeau jusqu’en juin 2025.
La déclaration de Zelensky lors de sa conférence de presse conjointe avec Trudeau, selon laquelle la contre-offensive ukrainienne promise depuis longtemps a commencé, souligne que la guerre en Ukraine entre dans une nouvelle phase, encore plus explosive. Les hauts responsables des États-Unis et d’autres puissances impérialistes ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils s’engageaient à vaincre militairement la Russie, tandis que leurs gouvernements étendent considérablement leurs activités militaires dans toute l’Europe. Le dernier point culminant de cette énorme mobilisation est l’exercice Air Defender 2023, une opération de 12 jours impliquant des centaines d’avions de chasse au-dessus de l’espace aérien allemand, néerlandais et tchèque, ainsi que des milliers de soldats au sol. Les participants ont reçu des instructions explicites pour «s’entraîner comme on combat», ce qui augmente la probabilité que la Russie interprète les activités près de ses frontières comme des préparatifs en vue d’une attaque généralisée.
Après avoir tout misé sur la contre-offensive de l’Ukraine pour changer le cours de la guerre, les puissances impérialistes, y compris le Canada, sont contraintes par la logique du conflit d’étendre leur participation. Tant dans ses déclarations en Ukraine que dans une «déclaration commune» en treize points avec Zelensky, Trudeau a réitéré le soutien du Canada à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, qui devrait être considérablement renforcée par le sommet de l’OTAN qui se tiendra à Vilnius le mois prochain.
Les conséquences de l’intensification et de l’expansion de la guerre ont été expliquées dans une perspective récente du World Socialist Web Site, qui note que «La guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie évolue rapidement vers une lutte prolongée, de plus en plus violente, sanglante et mondiale. Le conflit est entré dans le champ gravitationnel de la guerre totale, c’est-à-dire une guerre qui n’est pas épisodique, mais un état permanent de la société, auquel tout est subordonné. Son corollaire est l’escalade de l’assaut contre la classe ouvrière au pays, qui sera forcée de payer.»
La propagande occidentale prétend qu’il s’agit d’une «guerre non provoquée de Poutine» et que Washington, Ottawa, Londres, Paris et Berlin agissent pour sauver la «démocratie» ukrainienne. En réalité, la guerre en Ukraine a été préparée de longue date et provoquée par les puissances impérialistes dans leur campagne qui vise à encercler stratégiquement la Russie, rattacher l’Ukraine à l’OTAN, et réorganiser et réarmer l’armée ukrainienne. Leur objectif – comme l’a déclaré la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly en mars dernier – est d’obtenir un «changement de régime» à Moscou, de réduire la Russie à une semi-colonie et de piller ses vastes ressources naturelles.
Les objectifs prédateurs des impérialistes correspondent aux forces antidémocratiques brutales qu’ils ont cultivées pour mener la guerre, en particulier les descendants politiques de l’Organisation fasciste des nationalistes ukrainiens (OUN) de Stepan Bandera, dont les milices ont été intégrées dans les forces de sécurité ukrainiennes. L’OUN a participé à la guerre d’anéantissement nazie contre l’Union soviétique et a été complice de l’Holocauste. L’impérialisme canadien joue un rôle particulier dans ce processus, ayant développé au cours des trois quarts de siècle passé une alliance étroite avec les nationalistes d’extrême droite d’Europe de l’Est qui ont collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale et ont ensuite trouvé refuge au Canada. L’importance de Freeland au sein du gouvernement et lors de la visite de Trudeau à Kiev montre que cette alliance est plus importante que jamais. Avec le soutien de l’État, le CUC d’extrême droite mène une campagne concertée pour censurer et salir toute opposition à la guerre. Lors de sa conférence de presse conjointe avec Trudeau, Zelensky a reconnu le rôle prépondérant d’Ottawa dans la guerre, déclarant que l’Ukraine avait besoin de «plus d’amis comme le Canada».
Le dernier cycle d’assistance militaire du Canada a été annoncé moins de deux semaines après que le ministre ukrainien de la Défense, Oleksii Reznikov, a présenté une longue liste de demandes d’armes dans une déclaration vidéo à l’Association canadienne des industries de défense et de sécurité, le principal organisme de fabricants d’armes du Canada. Notant le caractère inhabituel de l’allocution, la CBC a rapporté que Reznikov avait «contourné le gouvernement [canadien]» pour s’adresser directement aux dirigeants réunis. En réalité, c’est le gouvernement Trudeau qui lui a donné l’occasion de le faire. Sa ministre de la Défense, Anita Anand, a prononcé le discours d’ouverture, mais elle était opportunément absente lorsque Reznikov a pris la parole.
Exhortant le Canada à s’engager dans un «soutien à long terme», Reznikov a déclaré que «l’Ukraine a remis au gouvernement canadien une liste des produits et technologies canadiens dont elle a besoin». Il a souligné que Kiev suivait de près la révision de la politique de défense du gouvernement libéral, en cours depuis plus d’un an. «Nous nous attendons à ce qu’un volume substantiel d’assistance technique soit fourni à l’Ukraine dans le cadre de la révision de la politique de défense», a déclaré Reznikov. Le ministre ukrainien de la Défense a ensuite affirmé que l’examen serait «publié en juillet», bien que le gouvernement Trudeau n’en ait pas encore informé le public canadien.
Alors même que le gouvernement Trudeau place le Canada au premier rang des puissances impérialistes responsables de l’escalade de la guerre avec la Russie, Ottawa renforce son implication dans les préparatifs de guerre avec la Chine menés par les États-Unis. À la fin de l’année dernière, le gouvernement libéral a publié la stratégie «Indo-Pacifique» du Canada. Élaborée en étroite collaboration avec la Maison-Blanche, cette stratégie repose sur le concept du Pentagone selon lequel la lutte contre la Chine nécessite des préparatifs militaires dans une vaste arène géostratégique, comprenant l’ensemble de l’océan Indien et de l’Asie-Pacifique. La stratégie prévoit que le Canada étende systématiquement ses efforts militaires et économiques dans la région pour faire face à Pékin, avec laquelle les principaux experts militaires américains déclarent publiquement que l’impérialisme américain pourrait être en guerre dès 2025. La semaine dernière, un incident grave a été évité de justesse après que Washington et Ottawa ont fait naviguer de manière provocatrice un contre-torpilleur américain et une frégate canadienne dans le détroit de Taïwan, qui sépare la Chine continentale de Taïwan. Pékin a réagi en envoyant un navire de guerre en travers de la route des deux navires militaires.
Des sections de l’élite dirigeante, mécontentes du fait que le gouvernement Trudeau n’adopterait apparemment pas une ligne suffisamment dure à l’égard de la Chine, ont réclamé de plus en plus fermement que le Canada aille encore plus loin, notamment en demandant à être admis dans le pacte militaire anti-chinois AUKUS impliquant l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Au cours des derniers mois, le principal mécanisme de cette campagne a été le tollé provoqué par les allégations sensationnalistes d’ingérence chinoise dans les élections canadiennes, fondées sur des fuites illégales et anonymes émanant de sources haut placées au sein des agences de renseignement. Ces fuites, qui ont été présentées par les grands médias comme une vérité absolue, ont servi non seulement à attiser l’animosité contre la Chine, mais aussi à déstabiliser le gouvernement Trudeau, dans le but de pousser la politique de l’establishment nettement plus à droite, en affirmant qu’il avait manqué à son devoir de «défendre le Canada».
À la fin du mois dernier, l’ancien gouverneur général David Johnston, nommé par le gouvernement Trudeau pour enquêter sur les allégations d’ingérence, a publié un rapport provisoire dans lequel il affirme que la plupart des informations citées dans les rapports des médias alimentés par les agences de renseignement sont soit partiales, soit non fondées, soit mal interprétées. Il s’est également opposé à la demande d’enquête publique formulée par les partis d’opposition et les grands médias.
Cela a provoqué un tollé. Vendredi, Johnston a démissionné de son poste de rapporteur spécial du gouvernement sur l’ingérence chinoise après une campagne de dénigrement soutenue menée par les conservateurs de l’opposition officielle et leur chef d’extrême droite Pierre Poilievre, et appuyée par le Bloc Québécois et le NPD.
(Article paru en anglais le 12 juin 2023)
