Une vague dévastatrice d'infections au COVID-19 et d'hospitalisations déferle actuellement sur l'île d'Okinawa au Japon. Il s'agit de la pire vague de COVID-19 que l'île ait connue, avec des taux d'hospitalisation désormais de 48,39 par hôpital, dépassant le précédent pic atteint en janvier 2023.
Un employé d'hôpital a récemment déclaré au Okinawa Times: « Même après avoir contacté sept ou huit hôpitaux, nous sommes toujours incapables de trouver un lit pour accueillir des patients. La situation n'est pas tant une crise médicale qu'un effondrement du système. »
Ce développement alarmant, qui soulève la possibilité qu'un nouveau variant beaucoup plus dangereux puisse se propager à Okinawa, n'a jamais été signalé par aucun média en dehors du Japon. Il n'a été porté à l'attention du monde que par le biais d'une série de tweets largement partagés par le Dr Hiroshi Yasuda, professeur à l'Institut de recherche pour la biologie et la médecine des rayonnements de l'Université d'Hiroshima.
Extrapolant sur le dernier rapport de données COVID-19 d'Okinawa, qui a révélé qu'il y avait eu environ 12 260 infections pour la semaine du 26 juin au 2 juillet, le Dr Yasuda a noté: «Comme la population d'Okinawa est d'environ 1,4 million, le nombre hebdomadaire ci-dessus est équivalent à environ 1 million de malades au Japon et près de 3 millions aux États-Unis ».

Le même rapport de données montre que 1 130 personnes sont actuellement hospitalisées avec le COVID-19 à Okinawa. Extrapolé à la population américaine, cela équivaudrait à environ 257 000 hospitalisations liées au COVID-19, éclipsant le pic américain d'environ 155 000 atteint le 19 janvier 2022, lors de la première poussée d'Omicron.
Okinawa est l'île la plus pauvre du Japon et abrite une population majoritairement ouvrière. C'est également le site de la plupart des bases militaires de l'impérialisme américain dans ce pays, qui sont largement dénoncées par les habitants et ont été liées à des épidémies majeures de COVID-19 à Okinawa.
Il n'y a presque pas de séquençage génomique COVID-19 effectué à Okinawa, et par conséquent, on ne sait pas quel variant ou quels variants alimentent la vague en cours. Les seules données disponibles sur les variants sont un tweet du 24 juin d'une source non vérifiée, qui proviendrait d'un médecin travaillant au service COVID-19 de l'un des plus grands hôpitaux d'Okinawa. Ces données ont montré comme sous-variants dominants d'Omicron à Okinawa pour la semaine du 5 au 12 juin : XBB.1.9.1 (31,1 %), XBB.1.5 (24,4 %), XBB.1.16 (15,6 %) et XBB.2.3 (11,1 pour cent).
Selon les données nationales les plus récentes, les variants dominants au Japon dans son ensemble du 5 au 19 juin étaient Omicron XBB, XBB.1.5 et XBB.1.16, qui représentaient collectivement 87 pour cent des cas séquencés.
Compte tenu de ces données disponibles limitées, on ne peut pas savoir avec certitude si la poussée actuelle à Okinawa est le produit d'un nouveau variant qui est soit plus infectieux, immuno-évasif, pathogène ou une combinaison des trois. Cependant, cela est tout à fait possible, et le principe de précaution dicte qu'une réponse coordonnée à l'échelle mondiale pour faire face à cette crise doit commencer immédiatement. Des ressources massives doivent être allouées pour enquêter sur la situation médicale à Okinawa, séquencer génétiquement autant de cas que possible et traiter en toute sécurité tous les patients concernés.
Les développements objectifs à Okinawa et leur contexte mondial plus large révèlent le caractère prématuré et non scientifique de l'annonce par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de mettre fin à l'urgence sanitaire (initiales anglaises PHE) pour le COVID-19 le 5 mai, ainsi que la propagande incessante des politiciens capitalistes et les grands médias prétendant à tort que la pandémie est terminée..
En fait, la poussée actuelle de COVID-19 à Okinawa a lieu deux mois après que le gouvernement japonais du Premier ministre Fumio Kishida a officiellement rétrogradé le COVID-19 d'une maladie de classe 5 à une maladie de classe 2, équivalente à la grippe saisonnière. Cette décision a été prise le 8 mai, trois jours après que l'OMS a mis fin au PHE. Cela a entraîné la fin de toutes les mesures d'atténuation restantes au Japon, y compris les exigences d'isolement de cinq jours pour les patients infectés, contribuant sans aucun doute à la flambée actuelle d’Okinawa. Alors que de nombreuses personnes portent encore des masques au Japon, ce sont souvent des masques chirurgicaux, qui sont largement inefficaces pour se protéger contre la transmission aérienne.
Le même processus s'est déroulé à l'échelle mondiale, pratiquement tous les gouvernements du monde profitant de la décision de l'OMS pour mettre fin à leurs propres PHE et lever les mesures d'atténuation limitées et le suivi des données encore en place. En conséquence, la société mondiale n'est plus du tout préparée à l'évolution de variants plus dangereux et aux futures vagues de la pandémie.
L'administration Biden aux États-Unis, qui dans les coulisses a sans aucun doute fait pression sur l'OMS pour qu'elle lève le PHE, a incarné ce processus. Après que Biden a mis fin au PHE aux États-Unis le 11 mai, les Centres pour le contrôle des maladies (CDC) ont brusquement cessé de signaler les infections au COVID-19. L'équipe de réponse COVID-19 de la Maison Blanche dirigée par Ashish Jha a été discrètement dissoute et la directrice du CDC, Rochelle Walensky, a démissionné de son poste, emboîtant le pas à Anthony Fauci, qui démissionna en décembre dernier.
Au cours des deux derniers mois, les grands médias américains – les plus serviles du monde – ont consciencieusement accepté les mensonges de l'administration Biden selon lesquels le COVID-19 avait disparu comme par magie. Ils ont joué le rôle le plus déterminant dans cette campagne de propagande en abandonnant tous les reportages sur la pandémie, désarmant efficacement la population face au danger continu. Tous les articles qui paraissent dans le New York Times, le Washington Post ou d'autres médias font généralement référence à la pandémie au passé.
En raison de la suppression des tests COVID-19 et de la communication des données aux États-Unis et dans la majeure partie du monde, la société mondiale navigue désormais à vue dans une pandémie toujours d’actualité.
Malgré leurs limites, les estimations de surmortalité et de la surveillance des eaux usées prouvent que le COVID-19 continue de se propager à un niveau élevé et de causer des milliers de décès inutiles chaque jour, tout en affaiblissant probablement chaque semaine des millions de gens en raison du COVID long.
Le dépistage américain des eaux usées Biobot indique que si la transmission virale a diminué depuis janvier, elle reste bien supérieure aux creux entre les vagues de 2020 et 2021. À l'aide de ces données, le modélisateur de maladies infectieuses @JPWeiland a calculé qu'à l'heure actuelle, environ 200 000 personnes sont infectées par COVID-19 aux États-Unis chaque jour, soit environ un Américain sur 1 650.
Le seul dépistage mondial fiable de surmortalité est The Economist qui a estimé qu'au cours de la première semaine de juillet, il y avait encore une surmortalité de 11 300 décès quotidiens attribuables à la pandémie. Leur total cumulé estime maintenant qu'il y a eu une surmortalité de 24 millions de décès dans le monde, soit plus du triple du nombre officiel de 6,9 millions de décès dus au COVID-19.
Lors d'une récente discussion à la conférence annuelle de l'American Society for Virology, le biologiste évolutionniste Trevor Bedford a parlé de la vitesse rapide à laquelle le SRAS-CoV-2 continue d'évoluer. Il a déclaré que le virus « évolue aussi vite qu'en 2021, évoluant environ deux fois et demie plus vite que la grippe H3N2, pour laquelle nous devons mettre à jour nos vaccins tous les ans ou tous les deux ans, et ne montre pas vraiment des signes de ralentissement ».
Les semaines à venir montreront si le variant à l'origine de la flambée d’Okinawa est ou non un variant qualitativement plus dangereux qui se répercute à l'échelle mondiale. Que cela se produise ou non, cette expérience doit être considérée comme un avertissement retentissant. La façon dont cela s'est déroulé est précisément comment un tel scénario se déroulerait, sans pratiquement aucune couverture médiatique, où on laisse les gens se débrouiller seuls alors que des milliards sont infectés, que les hôpitaux saturés et les morgues incapables de prendre en charge les personnes décédées.
Dans une interview très significative avec le World Socialist Web Site le mois dernier, le biologiste Arijit Chakravarty a décrit précisément ces dangers. Tout au long de la pandémie, l'équipe de recherche dirigée par Chakravarty s'est continuellement avérée correcte dans ses analyses et ses projections. Caractérisant la politique actuelle comme n'ayant essentiellement « aucun plan » et étant entièrement réactive, Chakravarty a souligné :
Dans ce type de stratégie réactive, ce qui se passera, c'est que des milliards de personnes seront infectées avant que nous réalisions que quelque chose ne va pas. Et ce sera alors trop tard pour faire quoi que ce soit. Ainsi, non seulement la pandémie n'est pas terminée, mais en donnant l'impression qu’elle est terminée face à une propagation virale galopante et à une évolution virale rapide et continue, cela revient en substance à nous jeter dans la gueule du loup du virus en lui demandant de montrer ce dont il est capable.
Il a ensuite lancé cet avertissement sévère :
Je ne peux pas prédire le résultat de la prochaine vague. Je ne peux pas prédire le résultat des cinq prochaines vagues. Mais, au rythme où nous allons, on peut faire une prédiction avec un degré élevé de certitude que quelque chose de mauvais se produira plus tôt que plus tard dans ce sens. En assurant la continuation de cette pandémie pendant encore cinq ans, on sera confronté à une débâcle d'une ampleur qu’on n'a pas encore vue. C'est une évidence. Cela ne peut qu'empirer si on ne veut rien faire contre.
Il est essentiel que la classe ouvrière internationale comprenne la menace continue posée par le COVID-19 et construise un mouvement mondial, en unité avec les scientifiques et les couches progressistes de la classe moyenne, pour une lutte pour les principes de la santé publique.
Le système capitaliste mondial s'est révélé totalement incapable de résoudre cette pandémie et de prévenir d'autres menaces existentielles telles qu’une guerre nucléaire, le changement climatique et de futures pandémies. Ce n'est que par la révolution socialiste internationale et la reconstruction de la société sur la base de la planification économique que les problèmes sociaux auxquels l'humanité est confrontée pourront être résolus.
(Article paru en anglais le 8 juillet 2023)
