L'amiante dans les écoles britanniques responsable de 10 000 décès en quatre décennies

Selon une enquête menée par le Sunday Times, pas moins de 10 000 enseignants, élèves et membres du personnel scolaire britanniques sont morts d'un cancer du poumon causé par une exposition à l'amiante dans les bâtiments scolaires au cours des 40 dernières années.

Un bâtiment scolaire britannique en 2015 [Photo by PeterMHertsHeritage100 / Wikimedia / CC BY-SA 4.0]

L'amiante est un matériau de construction utilisé comme ignifuge et isolant thermique. Il a été largement utilisé pendant le boom de la reconstruction d'après-guerre lorsque de nombreuses maisons et écoles furent construites au Royaume-Uni. Une enquête menée en 2019 par le Département de l'éducation (DfE) auprès de 20 000 écoles du Royaume-Uni a estimé qu'environ 81 pour cent d'entre elles contenaient de l'amiante.

Malgré ses propriétés utiles, l'amiante présente des risques importants pour la santé humaine, en particulier après une exposition prolongée, bien qu'il n'y ait pas de niveau « sûr » d'exposition à l'amiante. Lorsqu'elles sont inhalées, les fibres d'amiante endommagent les poumons et peuvent entraîner des cicatrices et une inflammation et, dans de nombreux cas, un mésothéliome malin, une tumeur agressive pour laquelle il n'existe aucun traitement efficace.

Bien que le délai entre l'exposition à l'amiante et l'apparition de la maladie réelle puisse être assez long (jusqu'à 40 ans), une fois le mésothéliome diagnostiqué, l'espérance de vie moyenne est d'environ 12 mois. Plus de 4 000 personnes au Royaume-Uni décèdent chaque année de cette maladie.

Les effets de l'amiante sont connus depuis longtemps (le premier décès documenté lié à la substance remonte à 1906), mais le matériau n'a été interdit au Royaume-Uni qu'en 1999. La Grande-Bretagne a l'incidence de mésothéliome la plus élevée au monde – plus de deux fois celle de la France, de l'Allemagne ou des États-Unis.

Le type d'amiante le plus couramment utilisé dans les écoles britanniques, généralement connu sous le nom d'amiante «blanc », n'émet pas de fibres à moins qu'il ne soit dérangé. Cependant, comme de plus en plus d'écoles tombent en ruine (article en anglais), le risque que des parties de bâtiments contenant de l'amiante soient endommagées, soit par l'effondrement du toit, soit par des travaux de rénovation, augmente. Il n'y a pas de registre indiquant quelles écoles contiennent de l'amiante et où dans le bâtiment.

De nombreux enseignants et enfants sont quotidiennement exposés à l'amiante à l'école, garantissant pratiquement qu'un nombre important d'entre eux contracteront un mésothéliome plus tard dans la vie. Ceci est doublement vrai pour les enfants, qui sont plus vulnérables au cancer du poumon lié à l'amiante que les adultes.

Étant donné que le risque de mésothéliome s'accumule avec le temps, on estime qu'un enfant de cinq ans exposé à l'amiante est, selon un rapport du DfE de 2013, cinq fois plus susceptible de développer un mésothéliome au cours de sa vie qu'un adulte exposé pour la première fois à l'âge de 30 ans. Malgré cela, les écoles du Royaume-Uni ne sont pas obligées d'informer les parents si l'école contient de l'amiante – et dans de nombreux cas, elles ne sauront même pas que leurs bâtiments sont des pièges mortels potentiels.

Le Times a rapporté le cas du professeur d'éducation physique Chris Willis, qui reçut un diagnostic de mésothéliome à 29 ans après avoir été exposé à l'amiante alors qu'il fréquentait l'école Kenton à Newcastle dans son enfance. « Vous ne vous attendez pas à aller à l'école, à faire des études et à en sortir avec ce que j'ai », a-t-il déclaré. Il est mort l'an dernier, à seulement 34 ans.

En avril 2022, un rapport de la Commission parlementaire du travail et des retraites (Work and Pensions Select Committee – WPSC) recommandait au gouvernement d'établir un registre de l'amiante et de lancer un programme de désamiantage progressif de tous les bâtiments, en commençant par ceux « à haut risque » comme les écoles. L’organisme de la santé et de la sécurité du gouvernement a rejeté les deux recommandations, qui auraient coûté environ 11,4 milliards de livres sterling, affirmant que le risque d'exposition est minime si ce dernier est correctement géré et que la « ruée vers l'élimination de l'amiante » poserait plus de risques que de le laisser intact.

Cette affirmation a été contredite quelques mois plus tard lorsqu'un rapport de l'Asbestos Testing and Consultancy Association a révélé que « sur les 710 433 sites d'amiante repérés, 507 612 (71%) ont été caractérisés comme ayant un certain niveau de détérioration ».

Le gouvernement a ajouté qu'il est de la responsabilité du personnel scolaire de « gérer » le risque, en « recouvrant » les zones contenant de l'amiante et en veillant à ce qu'elles ne soient pas dérangées. Des tests ont cependant montré que cette stratégie n'est pas efficace, car l'amiante est souvent en mauvais état, ou il est non-protégé et caché. Ils ont également montré qu'il peut être perturbé par une activité scolaire normale, des fibres d'amiante étant libérées sur de nombreuses années sans que personne ne s'en aperçoive.

Les propres directives du gouvernement sur la façon de « gérer » l'amiante dans les écoles relatent un incident où « dans une école, un technicien de laboratoire a installé un câble informatique à travers un vide de plafond, perçant des trous à travers les barrières coupe-feu et les murs et contaminant la plupart des vides de plafond dans tout le bâtiment. Il a fallu 9 mois avant que l'exposition ne soit repérée par un géomètre. »

Des travaux d'électricité effectués dans une autre école ont entraîné la contamination par l'amiante de « tout, les ordinateurs, les dossiers et les fichiers sans épargner les devoirs à la maison des élèves ».

Des milliers d'enseignants et d'élèves sont condamnés à une mort prématurée à cause de cette indifférence cruelle et avare. On peut supposer sans risque que des cas comme ceux décrits ci-dessus se sont produits de nombreuses fois et continueront de se produire. Il s'agit là ni plus ni moins d'un meurtre social.

L’enquête du Times conclut en proposant un plan en cinq points pour faire face à cette crise et en appelant le gouvernement à le mettre en œuvre. Ses suggestions sont pour la plupart une refonte des recommandations de la Commission travail et retraites, à savoir: « élaborer une stratégie nationale pour le désamiantage planifié de tout l'amiante au cours des 40 prochaines années », créer un registre numérique permettant de vérifier si un bâtiment contient de l'amiante et l'introduction de contrôles de la qualité de l'air autour des bâtiments qui surveillent les fibres d'amiante.

Bien qu'il s'agisse de mesures importantes, bien qu'insuffisantes, il est futile d'attendre d'un gouvernement qui a laissé 220 000 personnes mourir dans la pandémie de Covid-19 qu'il dépense quoi que ce soit pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs et des enfants, surtout quand cet argent pourrait être utilisé pour la guerre menée par l'OTAN contre la Russie en Ukraine.

Les syndicats d'enseignants ont fait des déclarations pour la forme critiquant le gouvernement mais n'ont proposé aucun plan pour que les enseignants et le personnel scolaire se battent pour leur santé et leur vie.

Le secrétaire général du syndicat enseignant NASUWT, le Dr Patrick Roach, a déclaré: « Cela transmet inutilement et de manière évitable un héritage potentiellement mortel au personnel et aux enfants qui travaillent et apprennent dans nos écoles aujourd'hui. » Pourtant, la seule proposition du syndicat est de collaborer avec le président de la Commission santé et sécurité (WPSC), Sir Stephen Timms, pour soulever des revendications au parlement.

Que le Times, un journal de droite du magnat Murdoch, ait plus remué la controverse sur cette question que la bureaucratie syndicale est révélatrice de l’attitude méprisante de celle-ci envers ses membres. Pour les syndicats, tant qu'ils peuvent percevoir leurs cotisations, rien d'autre n'a d'importance, même si les travailleurs finissent par mourir prématurément d'une cause évitable.

La seule façon pour le personnel scolaire et les parents d'obtenir les ressources nécessaires pour protéger leur santé et leur vie – ainsi que leurs salaires et conditions de travail – est d’organiser leurs propres comités de la base indépendants comme fondement d'une lutte contre le gouvernement. Pour plus d'informations, inscrivez-vous au Bulletin des personnels scolaires et contactez le comité des enseignants de la base.

(Article paru en anglais le 12 juillet 2023)

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