Le président Joe Biden et les membres démocrates et républicains du Congrès se sont unis cette semaine pour rendre un hommage bipartisan à l’État d’Israël et à son président, Isaac Herzog. Ils ont rejeté les suggestions selon lesquelles Israël est un État raciste et ont minimisé tout désaccord politique avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le chef actuel du gouvernement d’ultra-droite à Jérusalem.
Biden a commencé la semaine en téléphonant à Netanyahu pour l’inviter à le rencontrer lors de son prochain voyage aux États-Unis, probablement à l’occasion d’une session de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre. Il n’a pas été précisé si la rencontre Biden-Netanyahu, longtemps reportée, se tiendrait à la Maison-Blanche ou en marge de la réunion de l’ONU à New York.
L’invitation est intervenue quelques jours seulement après une opération militaire israélienne meurtrière sur la ville de Jénine, en Cisjordanie occupée, qui a vu les militaires tuer au moins une douzaine de Palestiniens. Pendant que Herzog papotait à la Maison-Blanche, des centaines de milliers d’Israéliens manifestaient contre la «réforme» du système judiciaire de Netanyahou, qui subordonnerait la seule branche indépendante de l’État sioniste aux exigences de la courte majorité de Netanyahou à la Knesset, le parlement israélien.
Netanyahou cherche à paralyser la Cour suprême israélienne pour deux raisons: l’empêcher de disqualifier des ministres pour corruption, comme Aryah Deri, chef du parti religieux de droite Shas, partenaire de la coalition, et Netanyahou lui-même; et consolider tout l’appareil d’État sous la domination de sa coalition d’ultradroite, qui serait alors en mesure d’aller de l’avant avec des mesures telles que la dépossession systématique des Palestiniens à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, et des frappes militaires contre l’Iran ainsi que les forces pro-iraniennes au Liban, en Syrie et en Irak.
La visite du président Herzog, un opposant politique de Netanyahou qui occupe une position purement symbolique dans l’État israélien, a permis à Biden et au parti démocrate d’afficher leur soutien à Israël tout en se distançant de Netanyahou et de sa coalition d’ultradroite, qui comprend à la fois des partis religieux extrémistes et des groupes carrément fascistes basés dans la population des colons de Cisjordanie, qui prônent l’expulsion massive des Palestiniens et l’annexion pure et simple des territoires occupés.
Ces divergences sont toutefois purement tactiques, même si elles ont été exacerbées par le soutien inconditionnel de Netanyahou au Parti républicain américain et sa préférence ouverte pour la réélection de Donald Trump, une intervention sans précédent d’un pays étranger dans la politique américaine – et bien plus manifeste et conséquente que l’ingérence supposée du président russe Vladimir Poutine dans l’élection présidentielle de 2016.
Le président Herzog a bénéficié de tout le faste d’une visite d’État: une réunion à la Maison-Blanche avec Biden, un discours devant une session conjointe du Congrès et des réunions ultérieures avec la vice-présidente Kamala Harris et le secrétaire d’État Antony Blinken.
Au début de la réunion à la Maison-Blanche, le président Biden a déclaré à propos d’Israël et des États-Unis: «C’est une amitié que je crois tout simplement indéfectible… Comme je l’ai confirmé hier au premier ministre Benjamin Netanyahu, l’engagement des États-Unis envers Israël est ferme et inébranlable». Washington fournit à Israël une aide militaire de près de 4 milliards de dollars par an.
Avant le discours de Herzog, la Chambre des représentants a voté à la quasi-unanimité une résolution républicaine qui déclare l’engagement inébranlable des États-Unis en faveur de la sécurité d’Israël et répudie toute idée selon laquelle Israël serait un État raciste ou pratiquant l’apartheid. La Chambre des représentants a adopté la résolution par 419 voix contre 9, avec une abstention.
Les dix dissidents étaient tous des démocrates libéraux, y compris les membres du groupe dirigé par Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Jamal Bowman et Cori Bush, tous affiliés aux Démocrates socialistes d’Amérique (DSA). Le cinquième membre des DSA à la Chambre, Greg Casar, du Texas, a voté en faveur de la résolution pro-israélienne.
La résolution a été déclenchée par la controverse suscitée par les remarques de la représentante Pramila Jayapal, présidente du Caucus progressiste du Congrès, lors de la conférence «Netroots Nation» des activistes libéraux et de la pseudogauche à Chicago au cours du week-end. En réponse à une manifestation d’un groupe propalestinien, Jayapal a dit une vérité évidente, à savoir qu’Israël est un État raciste, en raison de sa politique de discrimination à l’égard des Palestiniens et d’élévation de la population juive au-dessus des Arabes qui sont nés et ont grandi sur la même terre.
Après une levée de boucliers de la part des démocrates pro-sionistes, qui ont fait circuler une lettre qui dénonce Jayapal, celle-ci est revenue sur ses propos et a présenté des excuses. La résolution républicaine a ensuite été rédigée pour remuer le couteau dans la plaie. Quelque 195 démocrates ont voté en faveur de la résolution, dont l’ensemble de la direction du parti à la Chambre.
Après cette débâcle, le décor était planté pour le discours de Herzog devant le Congrès mercredi, censé marquer le 75e anniversaire de la fondation de l’État d’Israël et le début de l’alliance américano-israélienne. Une poignée de représentants démocrates ont boycotté le discours, essentiellement le même groupe qui s’est opposé à la résolution pro-israélienne, mais les membres du Congrès qui ont assisté au discours ont été presque unanimes dans leurs louanges, se levant à plusieurs reprises pour ovationner le président israélien.
Herzog a répété l’amalgame scandaleux développé par les groupes sionistes au cours des dernières années, selon lequel quiconque critique l’État d’Israël est un antisémite. «La critique d’Israël ne doit pas aller jusqu’à la négation du droit à l’existence de l’État d’Israël», a-t-il déclaré. «Remettre en question le droit du peuple juif à l’autodétermination n’est pas de la diplomatie légitime, c’est de l’antisémitisme».
Cet argument ne tient évidemment pas compte du peuple palestinien, dont les droits sont systématiquement violés par l’État sioniste et qui est attaqué chaque jour par des mesures telles que la violence militaire, l’exploitation de routes et autres infrastructures réservées aux Juifs, et la dépossession continue des Palestiniens par la construction de colonies de peuplement dans les territoires occupés.
(Article paru d’abord en anglais le 21 juillet 2023)
