Les problèmes de l’économie mondiale s’aggravent

Les quatre plus grandes économies du monde – les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne – manifestent, chacune à sa manière, les problèmes de plus en plus sérieux en train de se développer dans l’économie capitaliste mondiale.

Des piétons devant l’écran électronique de la Bourse de Hong Kong, jeudi 29 juin 2023. [AP Photo/Louise Delmotte]

À l’heure actuelle, l’attention se porte principalement sur la Chine. La déflation, le ralentissement de la croissance, le marasme croissant du marché immobilier, l’affaiblissement de la monnaie et les problèmes du système bancaire parallèle y ont accru la pression sur le gouvernement de Xi Jinping pour qu’il mette en place un plan de relance.

Mais les mesures prises par la Banque populaire de Chine (PBoC) ces derniers jours pour assouplir les conditions financières et donner un coup de pouce à l’économie réelle ont été généralement rejetées, car elles étaient loin de répondre aux besoins.

Hier, la PBoC a abaissé le taux de prêt préférentiel à un an de 10 points de base à 3,45 %. Toutefois, à la surprise générale, le taux équivalent à cinq ans a été maintenu à 4,2 pour cent alors qu’on prévoyait un abaissement des deux taux en vue de stimuler le marché de l'immobilier.

L’économiste en chef de Goldman Sachs pour la Chine a décrit cette décision limitée comme «assez surprenante et franchement un peu déroutante».

On s’attendait à plus en raison des dernières données sur l’économie, qui montraient que la croissance au 2e trimestre n’avait été que de 0,8 pour cent par rapport aux trois mois précédents, dans des conditions où semble s’installer un environnement déflationniste.

Julian Evans-Pritchard, économiste en chef pour la Chine chez Capital Economics, a déclaré au Financial Times (FT) que la décision «peu convaincante» de la PBoC signifiait qu’il était «peu probable qu’elle adopte des réductions de taux bien plus importantes, qui seraient nécessaires pour relancer la demande de crédit».

Immédiatement après la décision, Citigroup a réduit ses prévisions de croissance pour la Chine cette année à 4,7 pour cent, alors que l’objectif officiel du gouvernement est de 5 pour cent. Deux autres grandes banques ont également ramené leurs prévisions de croissance à moins de 5 pour cent.

On considère de plus en plus le ralentissement marqué que connaît actuellement l’économie chinoise comme signifiant la fin d’une époque. Comme l’a récemment titré le Wall Street Journal (WSJ), «Les quarante ans de boom de la Chine sont finis. Qu’est-ce qui vient après»?

«Les économistes estiment désormais que la Chine entre dans une ère de croissance beaucoup plus lente, aggravée par une démographie défavorable et un fossé grandissant avec les États-Unis et leurs alliés, qui met en péril investissements étrangers et commerce. Plutôt qu’une simple période de faiblesse économique, il pourrait s’agir de la fin d’une longue ère».

Résumant la situation actuelle, l’article remarque: «Les perspectives se sont considérablement assombries ces derniers mois. L’activité manufacturière s’est contractée, les exportations ont diminué et le chômage des jeunes a atteint des niveaux record.

Au cours des dix dernières années ou plus, en particulier depuis la crise financière de 2008, l’économie chinoise est devenue de plus en plus dépendante du marché du logement et de l’immobilier. Si l’on tient compte des effets d’entraînement, ceux-ci représentent entre 25 et 30 pour cent du PIB.

Cette croissance a été alimentée par les crédits bon marché accordés aux géants de la promotion immobilière ainsi qu’aux municipalités pour le développement de projets d'infrastructure. Mais à la mi-2020, craignant que la création de dettes ne devienne incontrôlable, le gouvernement a renforcé la réglementation.

Cela a entraîné une crise chez le géant de l’immobilier Evergrande, qui fait actuellement l’objet d’un processus de restructuration, et la faillite subséquente de nombreux autres promoteurs. Selon l’agence de notation Standard and Poor’s, plus de 50 promoteurs immobiliers ont fait défaut ou n’ont pu rembourser leurs dettes dans les trois dernières années.

Même si le crédit est assoupli, il n’aura pas l’effet qu’il a eu dans le passé. On estime qu’il faut aujourd’hui environ 9 dollars d’investissement pour produire une augmentation d’un dollar du PIB, contre 5 dollars il y a moins de dix ans et 3 dollars dans les années 1990.

La détérioration de l’économie chinoise soulève de graves questions pour la croissance mondiale. Le Fonds monétaire international estimait que la Chine représenterait, même avec un taux de croissance réduit, environ 35 pour cent de la croissance mondiale cette année. Cette estimation est maintenant remise en question dans des conditions où il n’y a pas d’autre source de croissance.

On ne la trouvera certainement pas en Europe où l’Allemagne – la quatrième économie mondiale – devrait être l’économie la moins performante du monde cette année. L’économie allemande a stagné au cours du 2e trimestre, après s’être contractée au cours des deux trimestres précédents.

L’une des principales raisons de cette détérioration est le ralentissement d’une industrie manufacturière touchée par la hausse des prix de l’énergie, due elle, à la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN en Ukraine. Mais les problèmes de cette industrie remontent à bien plus longtemps.

Comme l’a déclaré Jörg Krämer, économiste en chef de la Commerzbank, au FT: «Si l’on exclut le coronavirus, les contre-performances ont commencé en 2017, donc les problèmes structurels sont là depuis un bon moment déjà».

Il s’agit notamment du manque de compétitivité, de la hausse des coûts de main-d’œuvre et des pertes de parts de marché dans le secteur très important de l’industrie automobile.

Selon une récente enquête menée par Consensus Economics, le PIB allemand devrait diminuer de 0,35 pour cent cette année par rapport à la croissance prévue il y a trois mois.

La troisième économie mondiale, le Japon, semble être un point positif. Le PIB y a augmenté de 1,5 pour cent au cours du 2e trimestre, contre 0,9 pour cent au trimestre précédent. Une augmentation due en grande partie à la hausse des exportations, qui ont bénéficié de la baisse de la valeur du yen sur le marché des changes.

Mais les exportations pourraient commencer à diminuer en raison de la faiblesse des États-Unis et de la Chine. Takuji Aida, économiste au Crédit Agricole, a déclaré au WSJ que la reprise économique japonaise était principalement soutenue par les mesures de relance du gouvernement.

Il a averti que «le Japon pourrait à nouveau sombrer dans les ténèbres de la déflation» si les dépenses publiques s’arrêtaient et si la Banque du Japon commençait à relever ses taux d’intérêt. Une éventualité envisageable vu l’augmentation de l’inflation, d’actuellement 3 pour cent, et la baisse de la valeur du yen due aux taux d’intérêt bas du pays.

En tout état de cause, le taux de croissance relativement plus élevé du deuxième trimestre ne devrait pas durer. Selon SMBC Nikko Securities, l’économie pourrait se contracter au taux annualisé de 3 pour cent au 3e trimestre, car le ralentissement de l’économie mondiale réduira les exportations.

On a rapporté la semaine dernière que les exportations japonaises avaient chuté en juillet pour la première fois depuis février 2021, en grande partie dû à la baisse de la demande chinoise, les livraisons vers ce pays ayant diminué de 13,4 pour cent.

L’économie américaine n’offre pas non plus de perspective, les prévisions faisant état d’un ralentissement, voire d’une récession, l’an prochain. Même une croissance limitée des États-Unis signifie que la Réserve fédérale maintiendra son régime de taux d’intérêt élevés, car elle cherche à faire baisser les salaires réels. Cette situation risque d’aggraver l’instabilité financière suite aux trois faillites bancaires du mois de mars, qui comptèrent parmi les quatre plus grandes de l’histoire des États-Unis.

(Article paru d’abord en anglais le 22 août 2023)

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