Pologne : la campagne électorale dominée par l'hystérie guerrière et la xénophobie

Il reste moins de deux mois jusqu’aux élections législatives du 15 octobre en Pologne. Plus la date des élections approche, plus les élites politiques du pays se livrent à une véritable frénésie réactionnaire. Plus de réarmement, plus de nationalisme, plus de racisme et surtout plus d’hystérie guerrière anti-russe sont les piliers centraux de leur campagne. Derrière tout cela se cache la crainte de la bourgeoisie polonaise, indépendamment des conflits entre factions, d'une éruption d'opposition de la classe ouvrière. Leur solution est la guerre.

Les troupes polonaises chantent l'hymne national lors de la cérémonie marquant la Journée de l'armée polonaise à Varsovie, en Pologne, le lundi 15 août 2022. [AP Photo/Michal Dyjuk]

La Pologne joue un rôle central dans le renforcement militaire de l’OTAN contre la Russie et devrait, selon la volonté des partis au pouvoir et de l’opposition, le développer encore plus. En tant que pilier du flanc oriental de l'OTAN avec sa « force de réaction rapide », qui a été portée à 300 000 hommes, la Pologne relie les États baltes et la région de la mer Baltique au nord avec les Balkans et la région de la mer Noire au sud et les États de l’OTAN dans l’ouest de l’Europe.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Pologne est devenue la plaque tournante la plus importante de toute la logistique militaire. Qu'il s'agisse d'armes ou de visiteurs étrangers, tout atterrit près de la petite ville polonaise de Rszeszow et parcourt les 100 derniers kilomètres jusqu'en Ukraine par voie terrestre.

La Pologne elle-même a déjà livré à l’Ukraine des armes et du matériel d’une valeur de plus de trois milliards d’euros, dont environ 250 chars. Avant la livraison des chars allemands, cela le plaçait devant l'Allemagne au troisième rang des fournisseurs d'armes. Depuis le début de la guerre en février 2022, elle a presque doublé son propre budget militaire, qui est passé de 2,3 pourcent à plus de 4 pourcent du produit intérieur brut, soit environ 28 milliards d'euros. La Pologne s'est fixée pour objectif de constituer la plus grande armée terrestre d'Europe, avec 300 000 soldats.

Alors que les représentants de tous les partis répètent le mantra qu’il s’agit là d’une réaction nécessaire à « l’agression russe », la Pologne elle-même a joué un rôle de premier plan pour provoquer l’attaque russe contre l’Ukraine.

Dès 2008, Donald Tusk, alors Premier ministre et aujourd'hui chef de l'opposition, s'était mis d'accord avec le président américain George W. Bush sur l'installation d'un bouclier antimissile américain en Pologne, intensifiant ainsi délibérément la confrontation avec la Russie.

La Pologne a ensuite joué un rôle décisif dans le coup d’État du Maïdan en 2014. Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski se rendit à Kiev avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius pour forcer le président élu Viktor Ianoukovitch à démissionner. Sikorski est membre de la Plateforme civique (PO) – à laquelle appartient également Tusk – et est marié à l'historienne et journaliste anticommuniste américaine Anne Applebaum.

Au début de la guerre civile en Ukraine, le gouvernement polonais a recentré son armée de l’ouest vers la frontière orientale. En avril 2014, Tusk exigea que l’OTAN envoie davantage de troupes en Pologne. Depuis lors, la politique polonaise s’est tournée de plus en plus vers la droite, tant sous le règne du PO que sous celui du PiS, nationaliste et conservateur, au pouvoir depuis fin 2015.

Crise sociale et xénophobie

Bien que le gouvernement et l’opposition à Varsovie soutiennent tous deux la position pro-guerre dominante, le PiS au pouvoir craint apparemment que l’opposition à la politique de guerre et à ses conséquences sociales dévastatrices n’éclate ailleurs.

Ce sont les travailleurs qui doivent supporter de plein fouet les coûts énormes du réarmement et de la guerre. Depuis le début de la guerre, l’inflation a augmenté rapidement. À un moment donné, elle était d'environ 18 pourcent ; les prix de certaines denrées alimentaires ont même doublé l'année dernière. Entre-temps, le taux d'inflation officiel est tombé à 11 ou 12 pour cent et celui de l'alimentation à un peu moins de 20 pour cent. Selon les chiffres officiels de l'OCDE, le pouvoir d'achat moyen des salariés polonais a chuté de 7 pour cent rien qu'au cours de l'année écoulée.

Le gouvernement a tenté d’atténuer les conséquences sociales de l’inflation par une série de subventions et de réductions d’impôts, mais il les a tout aussi rapidement retirées à mesure que l’inflation baissait. La seule mesurette qui reste en place est la suspension de la TVA sur les produits alimentaires. Néanmoins, la nourriture en Pologne est à peine moins chère que chez le voisin allemand, et avec des salaires deux fois moins élevés. Les loyers ont également explosé récemment, atteignant les niveaux de l’Europe occidentale dans les grandes villes comme Varsovie et Cracovie.

Des manifestations massives et répétées ont déjà eu lieu en Pologne ces dernières années contre les conditions sociales et politiques intenables. En septembre 2021, par exemple, des dizaines de milliers de médecins, infirmiers et autres agents de santé se sont battus pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail. Et en juin de cette année, près d’un demi-million de personnes ont manifesté à Varsovie contre les efforts du PiS visant à établir un régime dictatorial.

Le gouvernement PiS répond à la crise sociale et à la résistance contre elle avec les méthodes éprouvées de l’extrême droite. Il déclenche une campagne nationaliste et tente de détourner les tensions sociales en faisant des plus faibles de la société des boucs-émissaires, les réfugiés et les immigrants. Parallèlement aux élections législatives, il prévoit un référendum au cours duquel les électeurs seront invités à répondre à quatre questions suggestives qui serviront, entre autres, à attiser le racisme et l'hostilité envers les réfugiés.

Une partie de la démagogie du gouvernement PiS est également dirigée contre l'Union européenne, avec laquelle il est en conflit juridique sur plusieurs questions. Dans le même temps, la Pologne dépend économiquement des fonds européens et du marché européen. Le chef de l’opposition, Tusk, fut président du Conseil européen pendant cinq ans.

L’une des questions du référendum est : « Soutenez-vous l’admission de milliers d’immigrés illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique dans le cadre du mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne ? »

Dans la vidéo électorale qui l'accompagne, le PiS mélange les voix des politiciens de l'opposition avec des scènes de voitures en feu, de vandalisme et d'un homme noir en sweat à capuche et armé d'un couteau. Le chef du gouvernement, Mateusz Morawiecki, demande : « Voulez-vous que cela se produise en Pologne ? Voulez-vous cesser d’être les maîtres de votre propre pays ? » Cette imagerie primitive et répugnante évoque des associations avec le torchon haineux nazi Der Stürmer.

Mais quiconque pense que ces saletés viennent uniquement du PiS se trompe lourdement. Auparavant, le leader de l'opposition Tusk avait déjà utilisé les émeutes en France suite à un meurtre policier comme une opportunité pour exiger sur Twitter: « Le peuple polonais doit reprendre le contrôle de son pays et de ses frontières! Tusk a accusé le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski, d'avoir laissé entrer dans le pays « rapidement et facilement » 130 000 travailleurs migrants venus d'Inde, du Nigeria et du Pakistan l'année dernière.

Mais ce n’est pas seulement en Pologne que la politique d’asile revêt de plus en plus des traits fascistes. Une campagne anti-réfugiés fait rage dans toute l’Europe, coûtant la vie à des milliers de réfugiés.

La deuxième question référendaire a également une cible anti-réfugiés: « Soutenez-vous la suppression de la barrière à la frontière entre la République de Pologne et la République de Biélorussie ? »

Il s'agit de la barrière frontalière de 5,5 mètres de haut et de 186 km de long, achevée en 2022, surveillée par des caméras vidéo et des patrouilles militaires armées, et qui a coûté 350 millions d'euros. La Pologne et l’UE accusent la Biélorussie de mener une « guerre hybride » – un langage inhumain – en permettant aux réfugiés d’atteindre la frontière. Le rempart fait partie des 2 000 kilomètres en tout de clôtures frontalières érigés par la « Forteresse Europe ».

Armement et plans de guerre

L'agitation fasciste contre les réfugiés est complétée par une intensive campagne militariste.

Le 15 août, le plus grand défilé militaire depuis la fin de la République populaire polonaise stalinienne a eu lieu lors de la traditionnelle « Journée de l'armée » à Varsovie, sous la devise « Rouge et blanc forts ». Deux mille soldats de l'armée polonaise et des alliés de l'OTAN ont défilé au son d’une musique martiale et dans une mer de drapeaux nationaux devant la scène principale, où le président Duda, le Premier ministre Morawiecki et le ministre de la Défense Blaszczak ont passé le défilé en revue. Ce spectacle martial fut complété par 200 véhicules au sol et environ 100 avions dans le ciel.

Le site Internet du ministère de la Défense répertorie fièrement les derniers équipements acquis dans le cadre du programme massif de modernisation militaire (article en anglais). Le gouvernement a finalisé des contrats de défense d’une valeur de 15 milliards de dollars l’année dernière, rien que pour 1 300 chars américains Abrams et sud-coréens K2.

Environ 70 « pique-niques militaires » ont également été organisés à travers le pays, où du matériel militaire a été présenté, et des hommes politiques locaux, accompagnés de représentants de l'armée et de la milice, d'anciens combattants et de scouts mineurs, ont prononcé des discours « patriotiques ».

L'Association des scouts et la milice nationale WoT ont signé un accord de coopération en 2020 et une nouvelle matière, « l'éducation à la sécurité », comprenant l'entraînement au tir, a été introduite dans les écoles polonaises à partir de 13 ans. Cela souligne le degré auquel la militarisation touche l'ensemble de la société.

Là aussi, l’opposition suit la même voie que le gouvernement et l’attaque parfois depuis la droite. La « Loi sur le serment de la patrie » sur le réarmement militaire a par exemple été adoptée à la quasi-unanimité dans les deux chambres du parlement polonais.

Là encore, l'opposition a émis des critiques de droite. L'une des critiques était que l'augmentation quantitative de l'armée à 300 000 hommes n'était pas opportune et qu'il fallait davantage de qualité. Une autre critique était que les dépenses militaires, qui ont récemment augmenté à 4,0 pour cent du PIB, ne devraient pas être financées par la dette, mais devraient être accompagnées de coupes des dépenses sociales.

Il est de plus en plus clair que la Pologne non seulement s’arme massivement, mais se prépare à être la première puissance de l’OTAN à intervenir avec ses propres soldats dans la guerre en Ukraine ou à ouvrir un nouveau front contre la Biélorussie.

Depuis quelque temps, la Pologne a déployé 2 000 soldats ainsi que 5 000 gardes-frontières militarisés à sa frontière avec la Biélorussie, pour parer aux « attaques hybrides ». En juin, elle a quintuplé le nombre de ses soldats à la frontière: 4 000 y seront stationnés en permanence dans le cadre de la nouvelle force opérationnelle « Rengaw », les 6 000 restants tenus en réserve. L’«asile» offert par la Biélorussie aux mercenaires de Wagner et à leur chef Prigojine après leur tentative de coup d’État manquée a servi de prétexte.

Depuis, les informations faisant état d'une menace présumée des mercenaires de Wagner se sont multipliées ; on a affirmé que déguisés en réfugiés ils pourraient infiltrer la Pologne et déstabiliser le pays. En fait, l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW) faisait, dans un rapport de situation fin juin, seulement référence à un nouveau camp de tentes militaires pouvant accueillir 30 à 50 personnes près d'Assipovichy, à plus de 300 kilomètres de la frontière. Des informations plus récentes de l'ISW font même état d'un retrait du personnel de Wagner.

Récemment, la violation présumée de l’espace aérien par deux hélicoptères biélorusses a été transformée en provocation militaire majeure par la presse en s’appuyant sur le contenu des messages postés sur les réseaux sociaux.

Il devient de plus en plus clair que les plans d’intervention de l’armée polonaise sont mis frénétiquement en œuvre. Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti au pouvoir PiS, avait déjà appelé à une « mission de paix » de l’OTAN pour soutenir l’Ukraine peu après le début de la guerre. En mai 2022, le général américain à la retraite Jack Keane avait soulevé la question d’une « coalition internationale » pour assurer le contrôle de la mer Noire contre la Russie.

En mars de cette année, l'ambassadeur de Pologne à Paris, Jan Emeryk Rościszewski, a ouvertement menacé d'une intervention militaire dans une interview à la chaîne de télévision française LCI. « Si l'Ukraine ne parvient pas à défendre son indépendance, nous n'aurons pas le choix, nous serons obligés de rentrer dans le conflit. » Le récent échec désastreux de l’offensive d’été ukrainienne, reconnu par le Washington Post, donne à cette menace une pertinence renouvelée.

Le Corps des Volontaires Polonais (Polski Korpus Ochotniczy – PDK) combat déjà ouvertement en Ukraine aux côtés du Corps des Volontaires russes d'extrême droite. Récemment, des accusations ont été émises par la Russie selon lesquelles la brigade lituano-polonaise-ukrainienne, fondée en 2009, pourrait jouer un rôle clé lors d’une intervention, car elle est composée de soldats de l'OTAN et de pays non membres de l’OTAN.

Ainsi, le scrutin de cet automne restera dans l’histoire comme une « élection de guerre ». Quel que soit le parti droitier discrédité qui en sortira vainqueur, cela ne changera pas le développement de la guerre. Seul un mouvement indépendant de la classe ouvrière internationale peut mettre fin à la folie guerrière.

(Article paru en anglais le 25 août 2023)

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