Unifor sabote la grève des travailleurs de l’automobile chez Ford Canada en prolongeant leur contrat de travail de 24 heures

Êtes-vous un travailleur de l’automobile employé dans une usine reliée à l’un des trois grands de l’automobile au Canada? Contactez-nous pour nous dire ce que vous pensez du report de la grève par Unifor. Tous les commentaires sont et resteront anonymes.

Participez à la prochaine réunion en ligne du réseau des comités de base des travailleurs de l’automobile pour discuter des derniers développements dans la lutte contractuelle et de la stratégie de la base pour que les travailleurs obtiennent gain de cause dans leurs revendications. Inscrivez-vous ici pour participer.

Inscrivez-vous pour recevoir des mises à jour par SMS sur la lutte contractuelle contre les trois grands de l’automobile en textant AUTO au (866) 847-1086 (seulement pour un numéro aux États-Unis).

Près de deux heures après l’expiration du contrat de travail qui venait à échéance lundi à 23 h 59 pour plus de 5600 travailleurs des opérations canadiennes chez Ford, le syndicat Unifor a annoncé dans un communiqué laconique qu’il prolongeait arbitrairement de 24 heures leur contrat. Le but de cette manœuvre minable est de bloquer le déclenchement d’une grève à l’usine d’assemblage Ford d’Oakville, ainsi que dans deux usines de moteurs plus petites de Windsor et plusieurs centres de distribution de pièces en Ontario et en Alberta, qui aurait vu les travailleurs canadiens et américains de l’automobile se mettre en grève ensemble pour la première fois depuis des dizaines d’années.

La présidente d’Unifor, Lana Payne, lors de l’ouverture des négociations contractuelles avec Ford [Photo: Unifor/Twitter]

Publiée vers 1 h 40 du matin, la déclaration se lit en partie comme suit : «Le syndicat a reçu une offre substantielle de l’employeur quelques minutes avant la date limite et les négociations vont se poursuivre toute la nuit». Un jour plus tôt, la présidente d’Unifor, Lana Payne, affirmait que l’équipe de négociation d’Unifor et la direction de Ford restaient «très éloignées» à la table des négociations. Plus tôt dans la soirée de lundi, elle avait indiqué qu’une grève serait déclenchée si aucun accord n’était conclu avant 23 h 59.

La prolongation tardive du contrat de travail a suscité une vague de colère et de frustration sur les médias sociaux de la part des travailleurs de l’automobile au Canada et aux États-Unis, où 12.000 des 146.000 membres du syndicat des United Auto Workers (UAW) ou Travailleurs unis de l’automobile travaillant pour les trois grands de l’automobile (Ford, GM et Stellantis) sont actuellement en grève.

«Non seulement vous avez sapé le droit syndical fondamental de chaque travailleur de faire légalement la grève, mais vous avez compromis notre outil de négociation le plus précieux, tout en crachant au visage de la solidarité avec l’UAW. Beau travail…», écrit un travailleur sur Twitter (X).

«WOW Après un silence total de la part du syndicat pour soutenir notre lutte avec cette grève, ils ont maintenant le courage de prolonger les négociations à la DERNIÈRE SECONDE. Bravo @UniforTheUnion!!! Honte à votre direction.», fait remarquer un travailleur de Detroit.

En dépit de la déclaration d’Unifor qui dit avoir reçu une offre de dernière minute, il est plus probable que la bureaucratie poursuit une stratégie trompeuse pour éviter à tout prix une grève et démoraliser les travailleurs de la base qui ont voté massivement en faveur de la grève le mois dernier. En effet, depuis plus d’un quart de siècle, tant Unifor que son prédécesseur, le syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), n’ont jamais déclenché de grève au cours d’une négociation régulière avec les trois grands de l’automobile.

Depuis qu’ils ont annoncé à la fin du mois d’août que Ford serait leur «cible de négociation», Payne et les autres dirigeants d’Unifor tiennent les travailleurs dans l’ignorance depuis des semaines en ne fournissant pratiquement aucune information sur leurs discussions avec la direction de Ford. Leur annonce de prolongation de contrat à la dernière minute souligne une fois de plus que les travailleurs de la base des usines Ford, GM et Stellantis doivent prendre en main le contrôle de leur lutte contractuelle en créant des comités de base pour s’allier avec leurs confrères aux États-Unis.

Les directions de Ford, General Motors et Stellantis ont clairement indiqué qu’elles avaient pour objectif, dans le cadre des négociations en cours des deux côtés de la frontière, d’imposer des reculs historiques aux travailleurs de l’automobile, en leur faisant payer la transition vers la production de véhicules électriques.

Leur intention est de forcer les travailleurs plus âgés et mieux payés à quitter les usines, d’étendre le recours aux travailleurs temporaires à temps partiel (le statut «TPT») et aux travailleurs intérimaires, et d’appliquer des accords salariaux inférieurs à l’inflation. Leur programme comprend également des préparatifs visant à réduire considérablement la main-d’œuvre, en fermant notamment des installations entières, puisque les estimations suggèrent qu’il faut 40 % de travailleurs en moins pour produire des véhicules électriques (VE). Cette stratégie bénéficie du soutien total du gouvernement libéral Trudeau à Ottawa et de l’administration Biden à Washington.

L’idée suggérée par Payne et Unifor qu’une offre de dernière minute de Ford contiendrait quoi que ce soit qui puisse changer ce programme de guerre des classes et justifier que les travailleurs retardent la grève pour laquelle ils ont voté à une écrasante majorité est tout à fait absurde.

En réalité, la bureaucratie d’Unifor est du côté de la direction des entreprises et du gouvernement libéral. Elle soutient pleinement le principe selon lequel les travailleurs doivent payer pour la transition vers les VE, comme le montre son soutien aux subventions gouvernementales de plusieurs milliards de dollars accordées aux constructeurs automobiles déjà très rentables pour les aider à financer leurs installations de production de VE.

Unifor est également l’un des principaux partisans des politiques économiques protectionnistes utilisées par les élites dirigeantes du Canada et des États-Unis pour assurer leur domination du marché des véhicules électriques en croissance rapide et qui sont indissociables des guerres impérialistes menées partout dans le monde contre leurs grandes puissances rivales que sont la Russie et la Chine.

Pour la première fois en plus de deux décennies, le cycle de négociation actuel survient alors que les conventions collectives de plus de 18.000 travailleurs de l’automobile canadiens et de 150.000 travailleurs de l’automobile américains travaillant pour les mêmes entreprises arrivent à échéance presque simultanément. Cependant, Payne et l’appareil d’Unifor ne laissent planer aucun doute quant à leur hostilité acharnée à toute grève commune des travailleurs de l’automobile en Amérique du Nord pour s’opposer aux plans de restructuration mondiale des patrons.

Mettant de l’avant le slogan «Tracer notre propre voie», Payne insiste à chaque occasion possible sur le fait que les conditions au Canada sont fondamentalement différentes de celles aux États-Unis. Dans une vidéo habilement produite et portant le même titre, elle applaudit la scission réactionnaire des TCA, le syndicat prédécesseur d’Unifor, d’avec l’UAW en 1985. Cette manœuvre nationaliste n’avait rien à voir avec la lutte contre les politiques pro-entreprises appliquées par le Solidarity House, le siège du syndicat. Au contraire, elle a créé les conditions nécessaires pour que les salaires, les emplois et les avantages sociaux fassent l’objet d’une compétition vers le bas des deux côtés de la frontière au cours des quarante dernières années, les deux factions nationalistes de la bureaucratie syndicale s’affrontant pour imposer les reculs les plus importants aux travailleurs de l’automobile.

Dans les jours qui ont précédé la date limite pour le déclenchement de la grève lundi, Payne et la bureaucratie d’Unifor ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour affaiblir la position des travailleurs de Ford au Canada. Samedi, le syndicat a annoncé sans ambages, dans une brève mise à jour, qu’il avait prolongé les échéances des contrats avec General Motors et Stellantis, qui devaient également expirer à 23 h 59 lundi.

La bureaucratie s’efforce de rassurer les travailleurs en leur expliquant qu’il s’agit simplement d’une «pratique normale» dans le cadre de «négociations collectives types», dans lesquelles l’accord conclu avec Ford servira de base aux contrats des deux autres membres des trois grands de l’automobile de Detroit. Tout ce que cela prouve, c’est que la bureaucratie d’Unifor a pris l’habitude de trahir ses membres en les isolant les uns des autres à chaque cycle de négociation, afin d’imposer plus efficacement les diktats des patrons.

Dans une tentative désespérée de conserver une certaine crédibilité militante, la direction d’Unifor a publié vendredi une «lettre de solidarité» avec les travailleurs de l’automobile en grève aux États-Unis.

Au sud de la frontière, le président de l’UAW, Shawn Fain, bloque une grève totale des travailleurs des usines Ford, GM et Stellantis depuis l’expiration de leurs contrats le 14 septembre. Dans le cadre de ce qu’il appelle malhonnêtement une «grève debout», Fain n’a plutôt appelé que moins de 10 % des travailleurs à se mettre en grève, paralysant ainsi seulement deux usines et demie.

Cette grève, que les travailleurs de la base qualifient à juste titre de «grève de soumission», oblige la grande majorité des travailleurs des trois grands de l’automobile à continuer de pomper des profits pour les constructeurs automobiles pendant que Fain et la bureaucratie des UAW conspirent en coulisses avec les patrons et l’administration Biden pour imposer un contrat favorables aux conditions des patrons.

Selon la lettre de «solidarité» d’Unifor, «Les travailleurs de l’automobile au Canada et en Amérique du Nord ont eu l’habitude historiquement d’établir des normes industrielles qui étaient bénéfiques au-delà du cadre restreint des trois grands de l’automobile. Ce que nous gagnons à la table des négociations hausse la barre de ce qui est acceptable pour tous les travailleurs».

La tentative de la bureaucratie d’Unifor de mettre sur un pied d’égalité les luttes historiques menées dans les années 1930 et les décennies qui ont suivies par les travailleurs de l’automobile en Amérique du Nord, au cours desquelles des gains véritables ont été réalisés, avec les séries de concessions successives acceptées aux «tables de négociation» des 40 dernières années par des bureaucrates bien rémunérés est grotesque.

Plutôt que de «hausser la barre», les travailleurs ne savent que trop bien que tous ces reculs imposés par Unifor et son prédécesseur les TCA, n’ont fait qu’ouvrir la porte à un assaut sauvage sur les conditions de travail allant bien au-delà de l’industrie automobile. Il suffit de mentionner comme exemple la crise financière de 2008 et ses conséquences, lorsque les TCA ont accepté des réductions salariales massives pour les nouveaux embauchés, ou encore l’introduction du système salarial à plusieurs vitesses détesté qu’Unifor a travaillé avec diligence à mettre en place.

Ce bilan peu reluisant ainsi que l’annonce du report de la grève par Unifor au milieu de la nuit soulignent que les travailleurs ne pourront obtenir gain de cause dans leurs revendications dans le cadre des négociations actuelles qu’en prenant le contrôle de leur lutte. Pour cela, ils doivent mettre en place des comités de base indépendants pour s’opposer à l’appareil bureaucratique d’Unifor.

Ces comités permettront de préparer une grève totale dans l’ensemble des activités canadiennes des trois grands de l’automobile et d’établir des liens étroits de coopération par l’entremise du réseau des comités de base des travailleurs de l’automobile afin de coordonner leur grève avec les travailleurs de l’automobile aux États-Unis et au Mexique. Ce n’est qu’en unifiant la lutte des travailleurs de l’automobile au niveau international sur la base d’un programme socialiste que l’on pourra mettre fin à la volonté mondiale des constructeurs automobiles d’augmenter les profits des entreprises et donner la priorité aux besoins des travailleurs et de la société dans son ensemble.

Nous appelons tous les travailleurs de l’automobile prêts à mener ce combat à nous contacter.

(Article paru en anglais le 19 septembre 2023)

Loading