Le Pentagone a confirmé lundi que des chars M1 Abrams étaient arrivés en Ukraine en provenance des États-Unis dans le cadre de la dernière escalade de l’engagement américain dans la guerre menée contre la Russie.
Les États-Unis avaient promis en janvier d’envoyer près de trois douzaines de ces chars à l’Ukraine. Au départ, la livraison de telles armes n’était pas prévue avant l’année prochaine, mais le Pentagone avait annoncé en mars que le plan serait accéléré.
«C'est la première livraison d'Abrams à arriver», a déclaré Sabrina Singh, porte-parole du Pentagone.
Singh a confirmé une déclaration du président ukrainien Volodymyr Zelensky selon laquelle «les Abrams [étaient] déjà en Ukraine et se préparent à renforcer nos brigades».
Chaque char M1 Abrams coûte 15 millions de dollars. Malgré le déploiement de centaines de chars et de véhicules blindés occidentaux, l’«offensive de printemps» de l’Ukraine n’a pas permis de réaliser de percées significatives. Des dizaines de ces véhicules de pointe envoyés par l’OTAN ont été détruits au cours de l’été. Face à ce désastre, les États-Unis suppriment les dernières restrictions à leur engagement dans le conflit.
La semaine dernière, les médias américains ont confirmé que le président américain Joe Biden avait déclaré à Zelensky que les États-Unis fourniraient à l’Ukraine le missile à longue portée ATACMS. Ce dernier est capable de frapper à des centaines de kilomètres au-delà du front russe.
L’annonce de la livraison des chars Abrams a eu lieu à peu près au même moment où les États-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni annonçaient qu’ils enverraient d’autres chars et véhicules de combat, comme le véhicule de combat d’infanterie Bradley et le char de combat Leopard 2.
Contrairement à ces chars cependant, l’Abrams est propulsé par une turbine à réaction et fonctionne au kérosène, ce qui nécessite une chaîne d’approvisionnement spécifique ainsi que des techniciens et experts capables d’assurer la maintenance de son système de propulsion extrêmement complexe.
Le déploiement de ces véhicules soulève des questions sur comment ils seront entretenus et maintenus en état. L’armée de terre américaine, la seule branche des forces armées américaines à utiliser l’Abrams, s’appuie sur une équipe mondiale de sous-traitants civils pour en assurer la maintenance. En janvier, le général Barry McCaffrey, quatre étoiles, avait déclaré sur MSNBC: «Bien sûr que les Ukrainiens, avec l’aide de sous-traitants civils, peuvent entretenir ces Abrams».
À l’époque, le World Socialist Web Site avait demandé: «Qui sont ces “sous-traitants civils” si ce ne sont pas des “Ukrainiens”»?
Quelques jours avant l’arrivée des chars Abrams en Ukraine, RIA Novosty, une des agence de presse d’État russes, a publié un article alléguant que «des officiers de reconnaissance de l’armée russe avaient détruit un char Leopard fourni à l’Ukraine avec un équipage entièrement allemand composé de membres de l’armée allemande».
En réponse, le ministère allemand de la Défense a apporté un démenti général par le biais de Deutsche Welle, déclarant: «Il n'y a pas d’équipages de chars allemands en Ukraine».
Le déploiement de chars Abrams en Ukraine intervient alors que les médias américains réclament de plus en plus le déploiement direct de «bottes sur le terrain» en Ukraine.
Vendredi, Foreign Affairs a publié un article intitulé «Pourquoi l’Amérique devrait envoyer des conseillers militaires en Ukraine».
L’article, dont l’un des auteurs est un lieutenant-colonel américain en service actif, affirme que «Washington devrait donc lever les restrictions strictes sur le nombre de membres du personnel du gouvernement américain autorisés en Ukraine et commencer à stationner des conseillers militaires dans le pays et dans tout son appareil de défense».
L’article poursuit: «Les conseillers américains pourraient, bien sûr, toujours être attaqués: personne en Ukraine n’est vraiment à l’abri de la Russie».
En juillet, le Pentagone a approuvé le versement d’une prime de risque aux troupes américaines servant en Ukraine. En novembre dernier, le général de brigade Pat Ryder, de l’armée de l'air américaine, a reconnu que des troupes du Pentagone étaient déjà déployées en Ukraine.
Alors même que les États-Unis continuent d’envoyer des moyens militaires en Ukraine pour soutenir son offensive terrestre qui piétine, l’Ukraine utilise de plus en plus les armes fournies par l’OTAN pour frapper les installations navales russes en Crimée.
Le 13 septembre, des missiles ont été utilisés pour détruire un navire de débarquement amphibie russe et un sous-marin qui se trouvaient en cale sèche dans le port de Sébastopol. Un peu plus d’une semaine plus tard, vendredi, l’Ukraine a lancé une attaque massive sur le quartier général de la marine russe en Crimée.
Les autorités ukrainiennes ont affirmé que 35 officiers de haut rang avaient été tués lors de cette dernière attaque, dont Viktor Sokolov, commandant de la flotte russe de la mer Noire. Bien que les autorités russes aient contesté que Sokolov ait été tué, il s’agit clairement d’une attaque majeure contre un centre de commandement de l’armée russe menée avec des armes de l’OTAN et coordonnée avec le soutien logistique des États-Unis.
En réponse à ces événements, le ministère britannique de la Défense a publié une déclaration dans laquelle il se réjouit de l’utilisation d’armes fournies par lui pour des frappes directes sur des cibles militaires à l’intérieur de territoires revendiqués par la Russie.
«La flotte russe de la Mer Noire a subi ces dernières semaines une série d’attaques majeures dont le point culminant ont été les frappes sur son quartier général les 20 et 22 septembre 2023», a déclaré le ministère de la Défense. «Ces attaques ont été plus dommageables et mieux coordonnées que jusqu’à présent dans la guerre».
Et de poursuivre : « Les dommages physiques subis par la flotte russe sont presque certainement graves, ajoute le ministère, et il est probable que sa capacité à défendre ses actifs dans les ports soit également détériorée »
Le ministère conclut: «Une bataille dynamique de frappe en profondeur est en cours en mer Noire. Elle contraint probablement la Russie à une posture réactive tout en démontrant que l’armée ukrainienne peut saper la projection de puissance symbolique et stratégique du Kremlin à partir de son port en eaux chaudes de Sébastopol occupé ».
Ces déclarations font écho à un article de l’Economist intitulé «La guerre est arrivée en Crimée». Selon ce magazine, «l’Ukraine a considérablement dégradé le “ratio de puissance navale” de la Russie, une mesure opérationnelle qu’elle utilise pour prendre en compte les drones, les radars, l’artillerie basée à terre et ainsi de suite, ainsi que les navires de guerre. Mais on est encore loin de la parité. Au début de la guerre, sa marine évaluait ce ratio à 12:1. Aujourd’hui, il est de 4:1».
L’attention exceptionnelle accordée par l’Ukraine et les puissances de l’OTAN aux ressources navales russes en mer Noire ne peut être comprise simplement dans le cadre des objectifs déclarés de l’offensive actuelle de l’Ukraine. Cette évolution laisse bien plutôt entrevoir la possibilité d’une intervention directe des États-Unis et de l'OTAN dans le conflit, y compris d’une tentative de blocus naval ou d'attaque directe de la Crimée même.
La doctrine militaire russe autorise l’utilisation d’armes nucléaires pour défendre le territoire revendiqué par la Russie, qui comprend la Crimée.
(Article paru d’abord en anglais le 27 septembre 2023)
