La guerre génocidaire menée par le régime israélien de Netanyahou contre les Palestiniens de Gaza, avec le soutien des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et d'autres puissances impérialistes de l'OTAN, révèle la faillite des nationalistes tamouls du Sri Lanka.
Pendant près de deux semaines après le début des combats le 7 octobre, ces organisations ont gardé le silence. Ayant travaillé en étroite collaboration avec l'impérialisme américain pendant près de 15 ans, depuis la fin de la guerre communautaire au Sri Lanka en 2009, ils ne voulaient pas couper les ponts avec le principal bailleur de fonds d'Israël. Lorsqu’ils ont finalement parlé publiquement de l’attaque israélienne, ils ont tenté de mêler des déclarations trompeuses de sympathie pour Gaza à leur soutien à Israël.
Après le bombardement israélien du 17 octobre contre l’hôpital arabe Al-Ahli à Gaza, le chef du Parti fédéral tamoul sri-lankais (ITAK), MA Sumanthiran, a tweeté: «Un crime de guerre des plus ignobles! Même s’il y avait provocation, les hôpitaux ne peuvent pas être des cibles. J’ai un sentiment de déjà vu: l'attaque militaire du SL contre l'hôpital #PTK en 2009 a été justifiée exactement par la même piètre excuse tordue! Les attaques contre les civils doivent cesser maintenant! »
Le 20 octobre, Gajendrakumar Ponnambalam, leader du Front populaire national tamoul (TNPF), s'est adressé au Parlement sri-lankais pour déclarer son soutien à Israël. Il a déclaré : «Les Juifs devraient avoir leur pays. Ils devraient vivre en paix. De la même manière, une injustice est arrivée à la Palestine. Quel que soit le parti auquel adhère le peuple tamoul, nous ne sommes pas contre l’État d’Israël.»
L'Organisation populaire de libération de l'Eelam tamoul (initiales anglaises PLOTE), une autre organisation nationaliste bourgeoise tamoule, a publié une déclaration sur la guerre à Gaza. Faisant écho aux dénonciations des Palestiniens dans les médias impérialistes comme étant des fanatiques islamistes, PLOTE a déclaré: «Les forces palestiniennes, qui avaient des idées et des actions progressistes, ont été prises dans le tourbillon de la compétition régionale et sont maintenant parvenues au stade de la coopération avec des organisations islamiques extrêmes.
Les discours et déclarations de ces politiciens capitalistes, qui travaillent comme larbins de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et des autres puissances impérialistes, sont politiquement frauduleux. Ils visent à semer la confusion et à démoraliser l’écrasante sympathie populaire envers les Palestiniens et l’indignation face à la politique génocidaire des Forces de défense israéliennes (FDI), qui se développe au Sri Lanka et dans toute l’Asie.
Les travailleurs, les jeunes et les étudiants doivent rejeter les déclarations banqueroutières des nationalistes tamouls, condamner la guerre génocidaire de l’armée israélienne et lutter pour soutenir le peuple palestinien.
Les travailleurs sri-lankais ont vécu une expérience amère et sanglante semblable à ce qui se passe aujourd’hui à Gaza. La guerre communautaire du régime capitaliste sri lankais contre le peuple tamoul a pris fin en 2009 avec le massacre systématique des combattants des LTTE (Tigres de libération de l'Eelam tamoul) et des civils tamouls piégés avec eux dans une zone étroite encerclée par l'armée sri lankaise. Au moins 40 000 personnes furent tuées et 250 000 placées dans des camps d'internement.
Les nationalistes tamouls du Sri Lanka refusent de condamner le génocide contre les Palestiniens pour la même raison qu'ils ont tourné le dos aux victimes du massacre des LTTE. En raison de leur orientation vers le système d'État-nation capitaliste, ils ont réagi à la défaite des LTTE en 2009 en se précipitant pour trouver des positions privilégiées dans la machine d'État capitaliste sri lankaise et ont embrassé l'impérialisme contre la classe ouvrière. En proche collaboration avec Washington, Londres et le régime indien suprémaciste hindou, ils sont les principaux défenseurs des intérêts impérialistes américains contre la Chine dans la région de l’océan Indien.
L'hypocrisie de la critique de Sumanthiran sur le bombardement de l'hôpital arabe Al-Ahli réside dans ceci: il déplore le crime de guerre mais il tient des réunions amicales avec les criminels de guerre.
Quelques jours seulement avant de verser ses larmes de crocodile sur le sort de centaines de victimes innocentes de cet horrible attentat, Sumanthiran s'est vanté publiquement sur X/Twitter de ses discussions amicales avec des représentants de l'impérialisme américain au Sri Lanka. Il a écrit: «Bonne rencontre avec le secrétaire adjoint américain pour l'Asie du Sud et l'Asie centrale, Afrin Akhtar, à Colombo aujourd'hui. »
Les autres groupes nationalistes tamouls jouent tous un rôle similaire. Le leader de PLOTE, T. Siddharthan, le chef de file de l'ITAK, Sivagnanam Sreedharan, et le chef du parti de l'Alliance nationale du peuple tamoul (TPNA), CV Wigneswaran, ont tous rencontré la ministre britannique de l'Inde-Pacifique Anne-Marie Trevelyan et l'ambassadeur britannique au Sri Lanka Andrew Patrick à Jaffna le 10 octobre. Lors de cette réunion, « ils ont partagé leurs points de vue sur les principales préoccupations tamoules et nous avons discuté des attentes et des opportunités de progrès », a tweeté l'ambassadeur britannique Andrew Patrick.
L’impérialisme plonge le monde dans une troisième guerre mondiale : il mène une guerre contre la Russie en Ukraine et menace d’intensifier la guerre par procuration de l’OTAN avec la Russie et l’Iran en Syrie, en faisant un conflit mondial pour la domination de l’Eurasie et ciblant la Chine. Dans cette guerre, les nationalistes bourgeois tamouls du Sri Lanka défendent leurs intérêts capitalistes à travers des alliances avec l’impérialisme contre les opprimés et en particulier contre la classe ouvrière.
Le 1er février 2023, la sous-secrétaire américaine aux Affaires politiques, Victoria Nuland, se rendit au Sri Lanka et y rencontra les dirigeants de tous les principaux partis nationalistes tamouls et musulmans du Sri Lanka. Sumanthiran, Ponnambalam, le chef de l'Alliance progressiste tamoule Mano Ganesan, le chef du Congrès musulman du Sri Lanka Rauff Hakeem, le chef du Congrès populaire de Tout-Ceylan Rishad Bathuideen et le chef de PLOTE T. Siddarthan étaient tous présents. Nuland cherchait à les impliquer plus profondément dans l’alliance stratégique américano-indienne contre la Chine.
Nuland, l’un des principaux cerveaux de la guerre contre la Russie en Ukraine, est tristement célèbre pour sa poursuite hargneuse de la marche de Washington vers une guerre mondiale. Elle a joué un rôle déterminant dans le coup d’État de 2014 renversant le gouvernement ukrainien pro-russe du président Viktor Ianoukovitch avec l’aide des forces néofascistes telles que Svoboda. Après qu'un coup d'État militaire eut renversé le régime pro-OTAN de Mohammed Bazoum au Niger le 26 juillet, elle s'est rendue à Niamey le 7 août pour s'entretenir avec les dirigeants de la junte et négocier le maintien de la présence militaire américaine sur l'immense base aérienne nigérienne d'Agadez.
L'année dernière, de hauts responsables américains ont effectué six visites au Sri Lanka, dont deux par Nuland. Ces visites montrent que le Sri Lanka est la clé de la stratégie de guerre mondiale de l'impérialisme américain dans la région Inde-Pacifique. Cette alliance est également au cœur de la politique du nationalisme tamoul.
En conséquence, les groupes de réflexion nationalistes tamouls de l’Université de Jaffna et les groupes séparatistes pro-LTTE de la diaspora sont restés jusqu’à présent silencieux sur la guerre génocidaire contre Gaza. Le gouvernement transnational de l'Eelam tamoul basé aux États-Unis, le Forum tamoul mondial, le Forum tamoul britannique et les Forums tamouls de France, d'Allemagne, du Canada et d'Australie n'ont pas ouvert la bouche sur la guerre de génocide menée par Israël contre le peuple palestinien.
Le soutien de Washington et des autres puissances impérialistes de l’OTAN au génocide révèle lui aussi clairement leur rôle. En 2009, alors que les derniers combattants des LTTE étaient encerclés par l’armée sri lankaise, ils ont organisé des manifestations dans les pays impérialistes, brandissant des banderoles « Aidez-nous » et des photos du président américain de l’époque, Barack Obama, du Premier ministre britannique Gordon Brown, de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Nicolas Sarkozy. Depuis lors, ils ont cherché à se présenter comme des amis du peuple tamoul en faisant pression sur les grandes puissances pour qu'elles enquêtent sur les crimes de guerre sri-lankais auprès des Nations Unies.
Le génocide de Gaza soutenu par l’OTAN révèle la raison essentielle pour laquelle les puissances impérialistes n’ont organisé aucune enquête sérieuse au cours des 14 années écoulées depuis 2009. Les puissances de l’OTAN n’ont pas tenu les responsables sri lankais pour responsables des meurtres de masse parce qu’elles-mêmes soutiennent les meurtres de masse. C’est là un avertissement on ne peut plus sévère quant à la nécessité urgente d’une rupture politique avec la politique contre-révolutionnaire du nationalisme tamoul.
Une vague de manifestations massives contre le génocide à Gaza se déroule à présent dans le monde entier. La voie à suivre pour ce mouvement est de développer le soutien dans chaque pays pour une lutte unie de la classe ouvrière contre l’impérialisme, le génocide et la guerre. La base essentielle d’une telle lutte est l’internationalisme socialiste, qui lutte pour l’unité des travailleurs arabes et juifs en Palestine et pour l’unité des travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans au Sri Lanka.
(Article paru en anglais le 4 novembre 2023)
