Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est rendu dimanche à Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, pour y rencontrer le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas.
Son objectif déclaré était de discuter du rôle que pourrait jouer l’Autorité palestinienne dans la gestion de la bande de Gaza une fois que le Hamas aura été chassé du pouvoir. Le fait qu’Abbas ait accepté une telle rencontre avec un membre du gouvernement Biden prouve – s’il en était encore besoin – que le gouvernement dirigé par le Fatah fonctionne comme une force de police pour Israël et ses soutiens impérialistes.
Le gouvernement Biden a apporté son soutien total au meurtrier tapis de bombes lancé par Netanyahou sur Gaza et à l’invasion terrestre en cours visant au meurtre de masse et au nettoyage ethnique de l’enclave palestinienne. La férocité de l’offensive israélienne contre l’une des zones les plus densément peuplées du monde, soutenue par 350.000 réservistes de l’armée israélienne, a déjà coûté la vie à plus de 10.000 personnes, dont 4.000 enfants, 2.500 femmes et 500 personnes âgées. Cela signifie qu’au moins 70 pour cent des victimes sont des civils.
En outre, 25.000 personnes ont été blessées. Israël a empêché le carburant, la nourriture, l’électricité et même l’eau potable d’atteindre l’enclave assiégée, ce qui fera des milliers de victimes supplémentaires. Son armée a coupé Gaza en deux, interrompu les communications, bombardé les maisons d’un quart des habitants de Gaza, à présent sans abri, ainsi que les installations des Nations unies où les Palestiniens avaient trouvé refuge, les hôpitaux, les écoles et les mosquées.
Toute cette mort et cette destruction a été perpétrée à l’aide d’armes sophistiquées fournies et payées par l’impérialisme américain. Dans le même temps, colons et militaires israéliens ont intensifié leurs attaques contre les Palestiniens en Cisjordanie, tuant au moins 150 personnes depuis le 7 octobre. Cela vient s’ajouter à une escalade, depuis début 2022, des raids de l’armée et des attaques des colons armés, qui ont tué au moins 200 Palestiniens dans les neuf premiers mois de 2023.
Rien de tout cela n’a dissuadé l’éhonté Abbas de rencontrer Blinken pour discuter du rôle que l’AP pourrait jouer à Gaza après que Netanyahou et sa bande de fascistes assoiffés de sang en auront largement fait un tas de ruines. Il a au contraire exhorté les États-Unis à soutenir un cessez-le-feu, tandis que le criminel de guerre Blinken faisait des déclarations grotesques sur les efforts de Washington pour amener Israël à «minimiser les dommages aux civils».
Le gouvernement Biden sait parfaitement que le régime Netanyahou n’a pas de plan pour Gaza qui inclue les Palestiniens qu’il n’aura pas massacrés et y vivront. Les responsables israéliens ont déclaré qu’«éradiquer jusqu’à la dernière trace du Hamas», le groupe affilié aux Frères musulmans qui dirige Gaza depuis 2006, signifie «non seulement décapiter le Hamas sur le plan tactique, mais aussi anéantir sa capacité à disposer de capacités militaires ou juridictionnelles de gouvernement à Gaza».
Israël a l’intention de prendre le contrôle total de la bande de Gaza, les Forces de défense israéliennes (FDI) préparant déjà le terrain pour un pouvoir militaire direct. Des députés d’extrême droite ont évoqué la possibilité de reprendre au moins une partie de la bande de Gaza et y réimplanter des colonies.
Jusqu’à présent, les hauts responsables ont publiquement rejeté l’idée de reprendre Gaza ; le président américain Joe Biden a averti Netanyahou que réoccuper Gaza serait une «grave erreur». Mais des documents internes ayant été fuités, puis publiés, exposent des plans pour le transfert de toute la population dans le désert égyptien du Sinaï ou le Néguev israélien. Alors même que Blinken rencontrait Abbas, le ministre israélien du Patrimoine Amichai Eliyahu, membre de Pouvoir juif, a laissé entendre que lancer une bombe nucléaire sur la bande de Gaza pouvait être un moyen de faire face à la menace du Hamas. «Il n’y a pas d’innocents à Gaza», a-t-il déclaré, et ils devraient tous aller «dans le désert ou en Irlande». Netanyahou, embarrassé, a pris la décision symbolique de le suspendre du cabinet.
Pour tenter de dissimuler la sinistre réalité des plans d’Israël, les États-Unis ont évoqué la possibilité d’une force internationale – éventuellement issue des États arabes, soutenue par les États-Unis et l’Union européenne et sous égide des Nations unies – et ils sondent actuellement Abbas pour qu’il apporte un vernis palestinien à une saisie de facto de Gaza par Israël. C’est là en grande partie une tentative de faciliter la tâche des régimes arabes corrompus et de la Turquie, qui continueront à ne rien faire pendant qu’Israël ravage Gaza et que Blinken parcourt le Moyen-Orient à la recherche de soutien pour une guerre plus large visant l’Iran.
Le porte-parole d’Abbas a fait grand cas de la déclaration de Blinken que l’Autorité palestinienne n’accepterait pas de jouer un rôle à Gaza sans une «solution politique globale» au conflit israélo-palestinien. Le Fatah croit peut-être que cela lui servira à couvrir le rôle criminel qu’on lui demande de jouer, mais c’est une illusion. Israël tolère déjà à peine l’AP, malgré son rôle dans la répression de l’opposition palestinienne. Il a maintes fois bloqué ses recettes fiscales, accéléré l’expansion des colonies et soutenu les attaques de colons armés contre les Palestiniens dans le but de les chasser de leurs terres.
Le nettoyage ethnique de Gaza ne tardera pas à être suivi d’une opération similaire en Cisjordanie. Le ministre des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich, qui dirige le parti Sionisme religieux, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, qui dirige Pouvoir juif, ont tout fait en leur pouvoir pour provoquer un effondrement de l’AP comme partie de leurs plans d’annexion de la Cisjordanie. Les colons sionistes, au nombre de 700.000, ont déjà été armés de fusils d’assaut fournis par les États-Unis et ils ont intensifié leurs attaques terroristes contre les Palestiniens sous la protection de l’armée israélienne.
Ayant été l’un des négociateurs des accords d’Oslo, qui ont servi à asseoir la domination israélienne sur les Palestiniens, Abbas est considéré comme un laquais d’Israël présidant une administration corrompue et incompétente. C’est l’hostilité généralisée à l’égard de sa faction du Fatah dans l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui a conduit à la victoire du Hamas aux élections de 2006.
Avec le soutien d’Israël, Abbas a mené une guerre civile contre le Hamas dans son fief de Gaza, qui s’est soldée par un échec, et après sa défaite, il a collaboré avec Israël pour bloquer, isoler et affamer Gaza. L’AP n’a rien fait pour défendre les citoyens de Gaza contre les assauts meurtriers d’Israël en 2008-2009, 2012, 2014, 2018, 2021 ou 2023, qui ont entraîné la perte de milliers de vies. Le Fatah est devenu si impopulaire qu’Abbas a refusé d’organiser des élections après 2006.
Ce bilan de trahison deviendrait insignifiant si Abbas acceptait à présent que l’AP serve de façade à une dictature israélienne barbare à Gaza, après que celle-ci ait été renvoyée à l'âge de pierre à coup de bombardements
Les pourparlers de Ramallah montrent à quel point le projet nationaliste de construction d'un État palestinien indépendant dans les territoires occupés s'est avéré être un moyen d'opprimer les Palestiniens, de les confiner dans des bantoustans appauvris en Cisjordanie et dans une prison à ciel ouvert à Gaza. La montée du Hamas fut le résultat de la désillusion des masses à l'égard de l'OLP nationaliste, bourgeoise et laïque, mais ce mouvement islamique ne leur offre pas d'alternative viable.
La libération du peuple palestinien ne pourra jamais être obtenue à travers un État-nation avorton facilité par l’impérialisme. Seule la classe ouvrière, unie au-delà des frontières nationales et religieuses dans une lutte commune contre l’impérialisme et ses agents locaux, tant israéliens qu’arabes, luttant pour un État multinational qui garantisse l’égalité de tous ses citoyens, et pour les États socialistes unis du Moyen-Orient, peut mettre fin à l’oppression, à la pauvreté, au nettoyage ethnique et à la guerre.
Le développement de la lutte des classes au plan international fournit la base pour mettre fin à la domination impérialiste. La lutte contre la guerre à Gaza doit être reliée à la lutte mondiale des travailleurs contre l’inégalité et l’exploitation et être développée comme mouvement politique conscient pour le socialisme international.
(Article paru en anglais le 7 novembre 2023)
