L'armée israélienne tue deux enfants lors d'un raid en Cisjordanie durant le dernier jour de la trêve de Gaza

Des Palestiniens inspectent les décombres de la famille Abu Helal dans le camp de réfugiés de Rafah, dans la bande de Gaza, le lundi 9 octobre 2023. [AP Photo/Hatem Ali]

Dans ce que des habitants locaux ont décrit comme le plus grand raid militaire depuis le 7 octobre, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont tué deux enfants et rasé une rue entière dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, mercredi. La poursuite des raids quotidiens sur la Cisjordanie, pendant l’interruption de six jours du bombardement de Gaza, souligne le fait que le régime israélien reste engagé dans une politique de génocide contre le peuple palestinien, pour laquelle il a le soutien des puissances impérialistes d’Amérique du Nord et d’Europe.

Les deux victimes ont été identifiées comme étant Adam Samer al-Ghoul, 8 ans, et Basil Suleiman Abu al-Wafa, 15 ans. Tous deux ont été abattus par des soldats israéliens, l’une d’une balle dans la tête, l’autre d’une balle dans la poitrine. Les FDI ont affirmé avoir tué deux commandants de haut rang des groupes de résistance armés opérant à Jénine et ont fait appel à un drone pour démolir une maison. Des routes et des conduites d’eau ont également été détruites.

Au total, Israël a arrêté 35 Palestiniens lors de raids en Cisjordanie dans la nuit de mercredi à jeudi, soit plus que les 30 personnes libérées lors du dernier échange dans le cadre de la trêve à Gaza. Plus de 3.325 Palestiniens ont été arrêtés par Israël en Cisjordanie depuis le 7 octobre. Ces arrestations viennent s’ajouter aux plus de 5.000 Palestiniens qui croupissent déjà dans les prisons israéliennes. Sur les 300 Palestiniens identifiés pour une éventuelle libération dans le cadre de la trêve négociée par le Qatar et les États-Unis, 80 pour cent n’ont été inculpés d’aucun crime, et encore moins condamnés.

Avant la publication du bilan définitif du raid de Jénine, 242 Palestiniens avaient perdu la vie dans des raids en Cisjordanie depuis le 7 octobre, dont 57 enfants.

Les raids des FDI se sont accompagnés de violences de la part de colons d’extrême droite contre des communautés palestiniennes, divisées en bantoustans par l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Début novembre, la chaîne israélienne Channel 12 a rapporté que le chef du commandement central des FDI, le général de division Yehuda Fox, avait rédigé un rapport secret avec le chef du service de renseignement Shin Bet, indiquant que la police de Cisjordanie avait reçu l’ordre du ministre de la Sécurité nationale, d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, de ne pas réagir aux actes de violence commis par les colons. Ben-Gvir est à la tête du parti fasciste Jewish Power et chargé dans le gouvernement Netanyahou de diriger les opérations de police.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a clairement indiqué dans une déclaration vidéo mercredi que le régime israélien restait pleinement engagé à la reprise de son attaque génocidaire contre Gaza. Il a déclaré: «Ces derniers jours, j’ai entendu une question: Israël reprendra-t-il les combats une fois que la phase de restitution des otages sera terminée? Ma réponse est un oui sans équivoque. Il est impossible que nous ne reprenions pas le combat jusqu’au bout».

Il n’y a pas de situation où nous ne reprendrions pas le combat jusqu’à la fin. C’est ma politique. L’ensemble du cabinet de sécurité est derrière elle. L’ensemble du gouvernement est derrière cette politique.

Soulignant ce point, le ministre du cabinet de guerre, Benny Gantz, leader de l’opposition «Bleu et Blanc» qui a rejoint le cabinet Netanyahou au début de l’assaut contre Gaza, a déclaré aux médias mercredi que si Israël «tire le meilleur parti» de l’accord de libération des otages, «nous sommes préparés et prêts à reprendre le combat à tout moment, y compris maintenant».

L’armée israélienne a officiellement approuvée les plans de combat pour le sud de la bande de Gaza mercredi, bien que les détails n’aient pas été divulgués. «Nous savons ce qu’il faut faire et nous sommes prêts à passer à l’étape suivante», a déclaré Herzi Halevi, chef d’état-major de l’armée israélienne. L’écrasante majorité des 2,3 millions d’habitants de Gaza ont fui vers le sud de l’enclave, ce qui signifie que toute reprise de l’assaut israélien aura lieu dans des zones densément peuplées.

Les préparatifs impudents du régime israélien pour la prochaine étape de son nettoyage ethnique de Gaza sont possibles grâce au soutien inconditionnel dont il bénéficie de la part des puissances impérialistes. Pendant près de sept semaines de bombardements quotidiens de Gaza par les FDI, le gouvernement Biden a soutenu Netanyahou à bout de bras et a continué à lui fournir le matériel militaire nécessaire au massacre des hommes, des femmes et des enfants palestiniens. La pause dans les combats ayant révélé la véritable ampleur des horrifiantes souffrances humaines engendrées par les crimes de guerre d’Israël, les impérialistes sont déterminés à «maintenir le cap».

Citant trois responsables anonymes du gouvernement Biden, Politico a rapporté mercredi que l’impérialisme américain n’avait pas l’intention de restreindre le soutien apporté au régime d’extrême droite de Netanyahou. Faire pression sur Israël en posant des conditions à l’aide militaire n’est «pas quelque chose que nous envisageons actuellement», ont déclaré ces responsables.

La sauvagerie d’Israël et de ses soutiens impérialistes a provoqué l’indignation de millions de personnes dans le monde. Beaucoup ont participé à des manifestations hebdomadaires contre le génocide de Gaza depuis le début de l’assaut. En Israël, le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou est profondément impopulaire et craint que l’opposition à ses plans de nettoyage ethnique du sud de la bande de Gaza n’éclate au grand jour.

Mercredi matin, la police est intervenue pour disperser une manifestation devant la Knesset [parlement] à Jérusalem. Les manifestants appelaient à la libération de tous les otages. Selon le Times of Israel, la police est intervenue après que Maoz Inon, militant de premier plan, a demandé pourquoi on n’a pas protégé ses parents le 7 octobre. «Pourquoi personne n’a protégé mes parents», a-t-il déclaré alors que des policiers l’emmenaient. Le site «Ynet» rapporte que la police a arrêté plusieurs manifestants. Comme le World Socialist Web Site l’a précédemment documenté, les preuves s’accumulent qui montrent que beaucoup des morts israéliennes avaient été causées par la réaction aveugle des FDI au soulèvement palestinien, et que les cercles militaires et de sécurité israéliens étaient au courant de l’imminence d’une attaque avant qu’elle ne soit lancée.

L’assaut israélien a déjà coûté la vie à quelque 15.000 Palestiniens ; 7.000 sont portés disparus. Un porte-parole de la défense civile de Gaza a expliqué mercredi que celle-ci manquait de carburant et d’équipements lourds pour accéder aux milliers de gens encore ensevelis sous les décombres. «Nous souffrons d’un manque de machines lourdes capables de faire face à de telles crises. Nous avons de réelles difficultés à traiter les décombres et atteindre les corps, vivants ou morts. Nous parlons de milliers de personnes… principalement dans le nord de Gaza — Beit Hanoon et Beit Lahiya», a déclaré Khalil Abu Shammala, un membre de la défense civile, à Al-Jazeera.

L’absence de services médicaux menace la population d’une nouvelle catastrophe. Lundi, l’Organisation mondiale de la santé a averti que le nombre de ceux susceptibles de subir une «mort lente» dû à la propagation de maladies non traitées était supérieur au nombre de ceux tués dans les attaques israéliennes. Une grande partie de la population n’a aucun accès aux hôpitaux, qui ont été délibérément pris pour cible par Israël lors de ses bombardements.

Les livraisons d’aide autorisées à Gaza depuis le début de la trêve restent bien en deçà du niveau d’avant-guerre de 500 camions par jour. Bien que l’accord ait promis 200 camions par jour et quatre camions transportant du carburant, Al-Jazira a rapporté mercredi qu’une moyenne de 150 camions avait passé le poste frontière de Rafah chaque jour. Rafah n’est pas équipé pour un trafic commercial important, ce qui a rendu plus difficile la logistique du transport de l’aide dans la bande de Gaza. Israël a refusé d’ouvrir ses deux points de passage vers Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide.

L’aide parvenue à Gaza est totalement insuffisante pour faire face à des conditions qui rendent presque inévitable la propagation effrénée de maladies, notamment le manque d’eau potable pour boire et se laver, la surpopulation des camps et des zones d’habitation, le manque de nourriture, de vêtements d’hiver et de fournitures médicales.

Selon un médecin de l’hôpital al-Shiffa à Gaza-ville, aucune aide médicale n’est parvenue à cet établissement depuis le début de la trêve, vendredi dernier. Si de nombreux patients ont été évacués avec le personnel médical vers le sud, un grand nombre d’entre eux est resté sur place parce qu’il était dangereux de les déplacer. «Depuis le cessez-le-feu, rien n’arrive à l’hôpital», a déclaré Marwan Abu Sada, le chirurgien en chef d’al-Shifa. «Je pense que la plupart de l’aide médicale va aux hôpitaux du sud, mais rien n’arrive dans les zones du nord, seulement de la nourriture, de l’eau et d’autres choses.

Mohamad Zaqout, porte-parole du ministère palestinien de la Santé, a confirmé que les hôpitaux Kamal Adwan et al-Ahli n’avaient pas encore reçu de carburant.

Ces conditions sont le résultat voulu d’une politique délibérée de nettoyage ethnique, admise publiquement par les responsables gouvernementaux et confirmée dans des documents divulgués aux médias. Le recours par le régime sioniste à des méthodes associées à la persécution et à l’extermination des Juifs par les nazis en Europe durant la Seconde Guerre mondiale, montre la faillite historique de son programme nationaliste — le maintien d’un État-nation exclusivement juif par la mise en œuvre d’une «solution finale» à la question palestinienne.

Aussi terribles que soient déjà les conditions à Gaza, elles pourraient encore s’aggraver fortement dès aujourd’hui si une prolongation de la trêve des combats entre Israël et le Hamas n’était pas décidée. La trêve devant expirer à 7 heures du matin (heure locale), aucun accord n’avait été signalé aux premières heures de la matinée. Netanyahou a convoqué une réunion du cabinet de guerre alors que le secrétaire d’État américain Anthony Blinken arrivait dans la nuit à Tel-Aviv, pour sa troisième visite en Israël depuis le début de la guerre.

(Article paru d’abord en anglais le 30 novembre 2023)

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