«L’essence d'Helen Halyard, c’est qu’elle représentait le parti, qu’elle était un de ses cadres».

Nous publions ici l'hommage rendu à Helen Halyard par Cheryl Crisp, secrétaire nationale du Socialist Equality Party en Australie, lors d'une réunion à la mémoire de la camarade Helen organisée par le Socialist Equality Party (États-Unis) et le Comité international de la Quatrième Internationale le dimanche 3 décembre.

Au nom du Socialist Equality Party en Australie, je souhaite me joindre à mes camarades du SEP américain et au Comité international de la Quatrième Internationale pour leur transmettre mes plus sincères condoléances à l’occasion du décès soudain de la camarade Helen Halyard.

Le processus de vieillissement s’accompagne malheureusement d’une présence plus fréquente aux funérailles, et j’ai remarqué plus d’une fois que l’on apprend souvent plus de choses sur une personne lors de ses funérailles que ce que l’on savait d’elle auparavant, ce qui est dommage. Cela s’appliquera sans doute aussi à certains aspects de la vie d’Helen, mais l’essentiel est déjà connu.

Helen Halyard en 1992

L'essence d'Helen Halyard, c'est qu'elle représentait le parti, qu’elle était un de ses cadres. Lorsqu'elle a pris la décision de rejoindre les Jeunes socialistes en 1971, puis la Workers League, c'était pour la vie. Elle a consacré toute sa vie d'adulte à la construction du parti révolutionnaire et à l'éducation et à la formation politiques des travailleurs et des jeunes qui l'ont rejoint pour garantir qu'une perspective socialiste soit possible.

Lorsqu’il a évoqué la vie du camarade Tom Henehan, un autre cadre de la Workers League, après son assassinat en 1977, Michael Banda, alors secrétaire général du Workers Revolutionary Party (WRP) en Grande-Bretagne, a décrit les cadres de la manière suivante: «Les révolutionnaires ne naissent pas ainsi. Ils sont forgés. Ils sont formés à partir des expériences de ce mouvement, de l’intervention de ses dirigeants, de toute la lutte des générations passées». La camarade Helen est un exemple de cette formation et de cette éducation.

J'ai rencontré Helen pour la première fois en Grande-Bretagne, au Collège d’éducation marxiste du WRP à Parwich, en 1980 je crois, quelques années avant la scission de 1985-1986 d’avec le WRP. C'était ma première école internationale et, comme cela allait devenir une habitude dans les réunions d'introduction, les camarades présents des différentes sections, y compris la section britannique, ont été avertis par les dirigeants du WRP qu'il était interdit de discuter entre eux d’un quelconque aspect de l'expérience des sections. Cette interdiction était prétendument motivée par des raisons de sécurité, mais elle avait en fait beaucoup plus à voir avec la perspective nationaliste et les divisions que le WRP encourageait au sein du Comité International.

C’était une consigne extrêmement difficile à respecter, et lorsque Helen et moi nous retrouvions dans nos dortoirs, nos discussions portaient invariablement sur les interventions, les problèmes et les expériences du parti. Après tout, c’était notre vie. Si nos chemins se croisaient aux écoles suivantes, nos discussions continuaient. Ses conseils ont été immensément appréciés et nos discussions m'ont été d'une aide précieuse.

Il a fallu la défaite de l’opportunisme national du WRP par les internationalistes du CIQI, lors de la scission, pour transformer les relations entre les sections du CIQI en ce qu’elles sont aujourd’hui, celles d’une organisation véritablement internationaliste, avec un degré de collaboration sans précédent dans le mouvement socialiste. Cela a certainement été rendu possible par les progrès technologiques, mais surtout par le rétablissement du principe de base du mouvement trotskyste, à savoir qu’il est internationaliste dans son programme et dans son organisation.

Cette transformation fut exprimée de manière très marquée par la camarade Helen. En 1988, lorsque Ed Winn et Barry Grey se sont présentés pour la Workers League à la présidence et à la vice-présidence, il s’agissait d’une campagne véritablement internationale, à laquelle ont participé de nombreux camarades des sections du CI, y compris d’Australie. Les camarades ont fait remarquer que l’engagement, l’intérêt, les conseils et la collaboration de la camarade Helen avaient été un point fort de la campagne. Son explication de l’histoire de la classe ouvrière américaine et de ses luttes a été commentée par plus d’un camarade ayant participé à cette campagne.

Helen Halyard, deuxième à partir de la gauche, fait campagne pour la présidence des États-Unis lors d'une réunion de la Socialist Labour League à Melbourne, en Australie, en 1992. À droite d'Helen, Linda Tenenbaum.

En 1992, lorsque Helen s'est rendue en Australie en tant que candidate de la Workers League à la présidence, lors de la dernière étape d'une tournée internationale d'un mois qui comprenait la Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Sri Lanka, ce fut une nouvelle manifestation de l'intégration et de la collaboration étroites des sections du Comité International.

Les camarades américains avaient affirmé à juste titre que chaque personne sur terre devait pouvoir voter lors des élections américaines, car chacun dans le monde était impacté par leur résultat, au même titre que la classe ouvrière américaine.

Reportage sur l'étape australienne de la campagne présidentielle d'Helen en 1992

Outre les milliers de travailleurs et de jeunes qu’elle a rencontrés et auxquels elle a parlé dans ces pays, Helen a rencontré des centaines de postiers, de cheminots, de métallurgistes, d’enseignants, d’étudiants et de jeunes en Australie. Elle a pris la parole lors de réunions publiques bondées à Melbourne, Sydney et Brisbane. Elle a également pris soin de s’adresser aux camarades du parti. Elle s’est intéressée aux cadres, qui sont les garants de l’avenir.

La tournée d’Helen a eu lieu au lendemain de la dissolution de l’Union soviétique en décembre 1991, accueillie par une vague de triomphalisme de la part des porte-parole de la bourgeoisie et par des universitaires, qui y voyaient la «fin de l’histoire», la fin du socialisme et le triomphe du capitalisme.

Helen Halyard, candidate à l'élection présidentielle américaine pour la Workers League, est interviewée à la radio australienne en 1992.

Le Comité international opposa à ces pronostics creux celui du marxisme. En fait, la fin de l’Union soviétique aux mains de la bureaucratie stalinienne exprimait la faillite non seulement du stalinisme, mais aussi de tous les programmes politiques, organisations et économies à base nationale. La dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie vénale a confirmé l’avertissement de Léon Trotsky qu’à moins que la classe ouvrière n’élimine l’excroissance bureaucratique par une révolution politique, la bureaucratie présiderait inévitablement à la liquidation des acquis de la Révolution d’octobre 1917.

L’aggravation de la crise du capitalisme était évidente, comme l’a souligné la tournée de la camarade Helen. Cette situation s’est manifestée brutalement lors de la guerre du Golfe de 1991 contre l’Irak, qui allait devenir le premier d’une série de conflits militaires sans fin, l’impérialisme américain cherchant à résoudre sa crise par le sabre. Comme l’expliqua Helen, «la guerre impérialiste en Irak marque une nouvelle période de barbarie contre les masses du monde entier… L’attitude de la classe dirigeante américaine à l’égard des masses et des jeunes en Irak n’est pas différente de son attitude à l’égard de la classe ouvrière et des jeunes aux États-Unis».

Helen Halyard à l'école technique de Niddrie, à Melbourne, Australie, en 1992.

«Des milliers de jeunes aux États-Unis ont le choix entre rester au chômage de façon permanente, trouver un emploi dans un fast-food ou s’engager dans l’armée pour servir de chair à canon à une petite poignée de milliardaires.

«La solution pour la classe ouvrière», a-t-elle insisté, faisant référence aux soulèvements contre le meurtre de Rodney King par la police à Los Angeles, «n’est pas une rébellion spontanée, mais une lutte politique contre l’État capitaliste dans son ensemble, et c’est ce que notre campagne électorale cherche à initier et à développer».

Cette analyse reste valable. La crise du capitalisme s’est aggravée et les guerres sont de plus en plus fréquentes et terribles, comme le montre le génocide perpétré à Gaza par le gouvernement israélien, soutenu par tous les gouvernements impérialistes de la planète. Le monde voit, en temps réel, à travers les réseaux sociaux, le vrai visage du capitalisme. Il n’y a pas une règle pour les Palestiniens et une différente pour la classe ouvrière australienne, américaine ou européenne.

La perspective à laquelle Helen Halyard a consacré toute sa vie d'adulte, la lutte pour construire le Comité international de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste, pour le renversement d'un système capitaliste méprisé et en faillite et pour l'établissement d'une société socialiste, est l'exemple vers lequel des millions de travailleurs et de jeunes se tourneront au cours de la prochaine période.

Ce sont les Helen Halyard du monde qu'ils brandiront.

Merci, camarades.

(Article paru d’abord en anglais le 7 décembre 2023)

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