Starmer plaide en faveur d'un gouvernement de droite d'austérité et de guerre : Aucun vote pour les travaillistes !

Le chef du Labour [travailliste], Sir Keir Starmer, a prononcé jeudi un discours du Nouvel An pour lancer la campagne du parti pour les élections de 2024. Il a confirmé l'intention du Labour de se présenter comme une alternative de continuité à un gouvernement conservateur trop discrédité et vilipendé pour continuer.

Starmer n'a annoncé aucune nouvelle politique. Outre des discours occasionnels sur les « travailleurs », « l’équité » et la récompense des efforts, il s’agissait d’un plaidoyer sans fard en faveur de « la stabilité, de la sécurité » et du statu quo.

Le travailliste britannique, Sir Keir Starmer, prononce son discours du Nouvel An à Bristol [Photo: screenshot of video: Sky News/YouTube]

Une série d'entretiens et de tribunes libres rédigés par des membres importants du cabinet fantôme travailliste ont clairement mis en évidence le programme pro-austérité et pro-guerre du Labour.

Starmer a poursuivi cette offensive de propagande en dénonçant le « gouffre sans fond des dépenses de l’État », les « espoirs utopiques grandioses » et le « populisme » et en appelant la population « à modérer ses vœux politiques par respect pour les différentes volontés des autres ».

Cette exigence de mettre fin aux protestations sociales et aux luttes pour des salaires plus élevés afin de compenser la crise écrasante du coût de la vie a été présentée comme une politique de « renouveau national », « d'unité nationale » et de « service », un mot répété treize fois pendant le discours sans parler même des références régulières de Starmer à son expérience à la tête du ministère public et à sa collaboration avec le service de police d'Irlande du Nord.

Celles-ci constituaient les seuls contrepoints à la « politique de division et de déclin » et de « copinage » du parti conservateur. En raison de son incapacité de faire le moindre geste en faveur de la classe ouvrière, la campagne de Labour est réduite à son expression la plus banale ; « tout sauf les conservateurs », une campagne dépourvue de toute divergence politique réelle avec les conservateurs et s’appuyant exclusivement sur la haine envers les conservateurs pour faire porter le Labour au pouvoir.

Le discours de Starmer faisait appel à tout ce qui est complaisant chez la classe moyenne et à tout ce qui représente une certaine classe ouvrière découragée. Il a promis « une politique qui pèse un peu moins lourd sur nos vies à tous. Car voilà le problème […] avec toute politique qui sème la division. Elle demande toujours toute votre attention. Elle demande de toujours se concentrer sur l’ennemi commun de la semaine. Et c’est épuisant, non?”

Le leader travailliste a constamment fait valoir auprès de la classe dirigeante qu'il pouvait offrir de meilleures conditions pour les affaires dans le pays et offrir une meilleure position pour l'impérialisme britannique sur l’échiquier politique international que le parti conservateur en crise. En effet, ce dernier a épuisé cinq premiers ministres depuis sa première élection en 2010, dont quatre ont été en poste depuis septembre 2022.

Par « service », Starmer entend le service exigé des travailleurs par la classe capitaliste. Par « renouveau national », il entend un renouveau de leurs profits et des forces armées.

Le Labour a clairement exprimé « l’unité nationale » qu’il entend créer, basée sur les principes qu'il a fermement établis au cours des années qui ont suivi l'arrivée au pouvoir de Starmer : pas de dépenses publiques raillées comme provenant « de l'arbre monétaire magique », une campagne pour « la productivité » dans le service national de santé, pas de soutien aux grèves et surtout aucune tolérance d'opposition aux guerres.

Il a de nouveau dénoncé la « politique des gestes » et le « parti de protestation » que les travaillistes étaient devenus sous son prédécesseur Jeremy Corbyn. Comme il l’a affirmé à plusieurs reprises, le parti de Starmer est plutôt « le parti de gouvernement », « le parti de la responsabilité budgétaire », « le parti de l’OTAN » et des « frontières fortes ».

Bien avant ces interventions, Starmer s'est mis à la tête de la chasse aux sorcières de « l'antisémitisme de gauche », expulsant Corbyn du parti parlementaire et déclarant qu'il ne représenterait plus jamais le Labour, en guise de punition pour avoir même laissé entendre que de telles accusations étaient politiquement motivées, tout en chassant des dizaines de milliers de membres du Labour. Le véritable objectif de cette campagne est devenu clair avec le génocide israélien à Gaza, avec des centaines de milliers de manifestants anti-guerre traités d’ antisémites et leurs droits démocratiques attaqués.

Sur ces questions fondamentales comme sur toutes les autres, les politiques des travaillistes et des conservateurs sont indiscernables et perçues comme telles par de larges pans de travailleurs. Malgré les discours importants sur la immigration, le soutien à la délocalisation des demandeurs d'asile, sur l'armée, tous ces sujets étaient exclus du discours de jeudi parce que Starmer sait que lui et son parti sont profondément détestés, en particulier parmi les jeunes, pour leur xénophobie et leur défense crue de crimes de guerre.

Faire un discours prétendument populaire signifiait jeter un voile sur le programme avoué du Labour, sachant qu’il est déjà bien compris dans les cercles dirigeants.

Outre sa promesse de diriger un gouvernement moins sujet aux scandales, la seule différence significative entre Starmer et le parti conservateur réside dans sa volonté de travailler avec les syndicats. Alors que les gouvernements de Johnson, Truss et Sunak ont adopté la position incendiaire selon laquelle les tensions sociales signifient que la bureaucratie syndicale doit être confrontée et vaincue, Starmer soutient que la bureaucratie fournit un moyen de répression de la lutte des classes bien plus efficace que la législation anti-grève – qui ne fait que rendre plus difficile les efforts des syndicats pour contrôler leurs membres.

Les conséquences de la vague de grèves en Grande-Bretagne ont convaincu de nombreux membres de la classe dirigeante d'adhérer au point de vue du dirigeant travailliste. D'un mouvement militant englobant des millions de travailleurs sans précédent depuis les années 1980, les syndicats ont, par une campagne systématique de démobilisation et de trahison, ramené l'action revendicative en Grande-Bretagne à une grève de quelques dizaines de milliers de médecins internes et à une action limitée dans le métro de Londres. Les salaires restent bien à la traine de la hausse des prix.

En même temps, la bureaucratie syndicale a refusé de monter toute action contre le soutien britannique à la guerre de fait de l’OTAN contre la Russie en Ukraine et au génocide de Gaza, alors même que les États-Unis et la Grande-Bretagne menacent une guerre régionale contre l’Iran et ses alliés. Le Trade Union Congress (centrale des syndicats) a plutôt adopté des résolutions engageant le mouvement syndical à soutenir le développement de l'industrie d'armement britannique et les objectifs de guerre de l'OTAN contre la Russie en Ukraine. Il a publié des platitudes s’opposant aux « excès » israéliens en réponse aux meurtres de masse et au nettoyage ethnique, tout en appelant minablement à un retour aux négociations sur une « solution à deux États ».

Lorsque Starmer promet de travailler avec les syndicats, c’est pour obtenir ces résultats sans que l’agressivité des conservateurs ne provoque une nouvelle éruption d’actions revendicatives généralisées. L’ « espoir» qu’il offre, « l’espoir sincère, un espoir qui avoue honnêtement la difficulté du chemin à parcourir », est l’espoir de la classe dirigeante pour la loi, l’ordre et la réalisation de profits ininterrompus dans le pays, ainsi que pour la violence et le pillage impérialistes effrénés à l'étranger.

Mais il s’agit un espoir perdu. Les relations sociales et internationales ont atteint un état de tension si aigu que la lutte des classes ne peut être contenue longtemps. Lorsqu’elle réapparaîtra inévitablement, un gouvernement travailliste réagira tout aussi brutalement que celui des conservateurs, en utilisant l’État pour réprimer les grèves et les manifestations.

Le Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste, SEP) se bat pour mener la classe ouvrière à la victoire, pour établir une société socialiste, et pour placer les actifs des milliers de milliards de livres sterling des grandes entreprises et des super-riches sous le contrôle démocratique pour répondre aux besoins d'une société en chute libre.

Lorsque les élections législatives seront convoquées, le SEP n’appellera en aucun cas à voter pour les travaillistes et présentera ses propres candidats contre les partis jumeaux conservateur et travailliste.

Cela vaut pour tous les candidats travaillistes, y compris le nombre de moins en moins important de « gauches » dociles qui professent une politique socialiste et exhortent leur parti belliciste à soutenir un cessez-le-feu à Gaza tout en rejetant toute lutte contre ses dirigeants.

Nous refusons l’argument avancé par Counterfire et la Coalition Stop the War selon lequel des pressions peuvent être exercées sur Labour en soutenant une faction soi-disant de gauche de ce parti totalement réactionnaire de guerre et d’austérité.

Nous refusons également les arguments d’organisations comme le Parti socialiste, qui insistent sur le fait que la tâche des travailleurs est de convaincre les dirigeants de la bureaucratie syndicale, les députés travaillistes de « gauche » et l’exilé Jeremy Corbyn de former un nouveau parti socialiste. Ces tendances ont prouvé à maintes reprises leur hostilité aux luttes de la classe ouvrière et leur engagement envers la politique pro-capitaliste du Labour.

Plus fondamentalement, les cinq années de Corbyn à la tête du parti ont prouvé que dans une économie entièrement mondialisée – avec des multinationales écumant le monde à la recherche de profits et des pays à la merci des marchés – le projet politique de réformisme national est mort et ne peut être relancé. La trajectoire du Labour n’est pas le fait de mauvais dirigeants, bien qu’ils le soient tous. Toutes les organisations sociales-démocrates du monde entier ont connu le même tournant à droite.

Le défi auquel est confrontée la classe ouvrière, dans un contexte de chute du niveau de vie et d’éruption de la guerre, est de construire un parti socialiste véritablement révolutionnaire qui soit la seule organisation capable de lutter pour ses intérêts au 21e siècle. Ce parti est le Parti de l’égalité socialiste et ses organisations sœurs du monde entier réunies au sein du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 6 janvier 2023)

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