Le Parti travailliste jure fidélité au sionisme et au génocide israélien à Gaza lors d’une conférence du Jewish Labour Movement

Le Jewish Labour Movement (JLM – Mouvement travailliste juif) a tenu sa conférence annuelle dimanche dernier, donnant l’occasion à la direction du Parti travailliste britannique d’afficher son engagement total en faveur du sionisme et de la répression des opinions de gauche et antisionistes.

Le dirigeant du Parti travailliste, sir Keir Starmer, a prononcé le discours principal, qu’il a utilisé pour qualifier d’antisémites les manifestations de masse contre le génocide israélien à Gaza. Il a déclaré que le parti était redevable aux forces fanatiquement pro-israéliennes qui ont passé des années à calomnier les membres de gauche regroupés autour de l’ancien chef Jeremy Corbyn en les qualifiant d’antisémites et en cherchant à les expulser.

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Affirmant qu’«après le 7 octobre», l’antisémitisme «prenait une nouvelle forme», Starmer a clairement indiqué «à la communauté juive qui regarde ces événements [les marches de protestation contre le génocide] et voit la haine marcher côte à côte avec les appels à la paix, les gens qui haïssent les Juifs se cachant derrière ceux qui soutiennent la juste cause d’un État palestinien, nous voyons ce que vous voyez […]»

«Permettez-moi de vous assurer que nous ne laisserons jamais l’antisémitisme s’infiltrer à nouveau clandestinement dans le Parti travailliste. Je ne vois pas de cause plus importante que celle-là dans mon rôle de dirigeant. C'est mon rôle».

Luciana Berger, Louise Ellman et Ruth Smeeth, figures de proue de la chasse aux sorcières de l’«antisémitisme de gauche» contre les membres du Parti travailliste, écoutaient au premier rang.

Luciana Berger a quitté le Parti travailliste en 2019, dénonçant des abus antisémites après que les membres locaux du parti ont voté une motion de censure à son encontre pour avoir continuellement sapé le leadership de Corbyn. Elle a ensuite rejoint le parti Change UK fondé par d’anciens députés travaillistes et conservateurs. Lorsque Change UK a commencé à s’effondrer, Berger a rejoint les libéraux-démocrates et a fait campagne pour le parti contre les travaillistes lors des élections générales de 2019.

Starmer l’a invitée à revenir au sein du Parti travailliste en 2023 et a annoncé qu’elle dirigerait l’examen de la stratégie de santé mentale du parti lors de la conférence du JLM.

Loise Ellman, ancienne présidente du JLM, de Labour Friends of Israel (LFI) et du All-Party Britain-Israel Parliamentary Group, a démissionné du Parti travailliste en 2019 après des motions de défiance soumises par des membres locaux pour son refus de soutenir la direction du parti sous Corbyn et son affirmation selon laquelle les Juifs ne seraient plus en sécurité en Grande-Bretagne s’il était élu.

Ellman a été réintégrée au sein du Parti travailliste en 2021, déclarant que Starmer avait «montré une volonté de confronter à la fois les racistes anti-juifs et la culture toxique qui a permis à l’antisémitisme de prospérer».

Ruth Smeeth est une ancienne directrice des affaires publiques et des campagnes du Britain Israel Communications and Research Centre (BICOM), une source de renseignements américains «strictement protégée» et présidente de LFI. Ses fausses accusations d'antisémitisme ont entrainé l’éviction de Marc Wadsworth, militant travailliste de longue date, du Parti travailliste.

Smeeth a perdu son siège lors des élections générales de 2019, mais a été nommée à la pairie à vie par Starmer en 2022. Elle siège à la Chambre des Lords en tant que baronne Anderson de Stoke-on-Trent.

«Regardez cette salle aujourd’hui», s’est réjoui Starmer, «le Jewish Labour Movement, Luciana, Louise et Ruth, tous ensemble à nouveau […] Je suis fier des étapes que nous avons franchies jusqu’à présent, fier du chemin dans lequel le JLM a fait avancer le parti».

«Que vous soyez partis ou restés, vous vous êtes tous battus pour nos valeurs et je ne vous remercierai jamais assez».

«“Sauver le parti” est l’une de ces expressions que les membres du Parti travailliste utilisent souvent à outrance. Elle est utilisée avec trop de désinvolture. Mais, en toute franchise, nous savons que c’est exactement ce que vous avez fait. Par conséquent, tout succès futur du parti, cette année ou toute autre année, toute réalisation, la Grande-Bretagne que nous construirons, ensemble avec le peuple britannique, c’est aussi grâce à vous. Au nom du Parti travailliste, je vous remercie donc à nouveau».

Une grande partie de la direction du Parti travailliste a participé à la conférence pour montrer clairement qu’il ne s’agit pas seulement de l’opinion de Starmer, mais de la ligne de conduite incontestable du parti.

Quatre membres du cabinet fantôme (Wes Streeting, Bridget Phillipson, Feryal Clark et Thangam Debbonaire), la présidente du parti Anneliese Dodds, trois autres députés (Dame Margaret Hodge, Alex Davies-Jones at Stella Creasey), l’archiblairiste Lord Peter Mandelson, le secrétaire général David Evans, deux maires (le maire de Londres Sadiq Khan et le maire du Yorkshire du Sud Oliver Coppard) et les deux directeurs de campagne les plus influents du parti, Pat McFadden et Morgan McSweeney, ont participé à la conférence.

La liste se lit comme une énumération de tous les acteurs importants de la campagne blairiste qui visait à évincer Corbyn et ses partisans.

Streeting, secrétaire d’État à la Santé du Parti travailliste, n’a pas mâché ses mots, déclarant à la conférence que le Parti travailliste «ne permettra jamais que ce parti soit livré aux forces de la gauche radicale populaire, avec le sectarisme qu’elle apporte et les erreurs de jugement qu’elle implique […] qu’il s’agisse de la gauche radicale ou de la droite radicale, de Corbyn ou de Farage, ce sont les deux fesses d’un même postérieur […] nous devons nous assurer que nous n’autoriserons plus jamais ce genre de politique dangereuse de la gauche radicale dans notre pays».

Khan, travailliste et maire de Londres, s'est efforcé de justifier pourquoi il n’interdisait pas les manifestations nationales contre la guerre d'Israël qui ont lieu régulièrement dans la capitale.

«Je sais que tout le monde n’est pas d’accord avec chacun des mots que j’ai prononcés sur le conflit au cours des derniers mois. Mais je sais aussi que notre amitié perdurera parce que nous sommes unis par bien plus que cela». Il a demandé à ses détracteurs de comprendre qu’il «ne peut pas interdire certaines marches parce que je ne suis pas d’accord avec leurs opinions», avant de les rassurer sur le fait que la police métropolitaine «utilise les lois à sa disposition pour poursuivre les personnes présentes lors des rassemblements».

Starmer a promis dans son discours d’aller plus loin, reconnaissant que «de nombreux membres de cette communauté ont encore besoin de voir plus de choses de notre part, et le travail continue».

Il s’agit d’une référence aux appels en cours pour une purge plus large des membres du Labour et des députés, y compris Angela Rayner, la députée loyalement de droite de Starmer, qui ferait partie intégrante d’une répression plus large de l’opposition à Israël et à sa guerre parmi les travailleurs et les jeunes.

La conférence du JLM a été un tour de piste blairiste célébrant le succès écrasant de la chasse aux sorcières de l’«antisémitisme de gauche». Ce succès a été facilité par le refus de Corbyn de mobiliser une quelconque opposition contre cette conspiration des sionistes, des blairistes, des conservateurs, des médias et des services de sécurité en Israël, à Londres et à Washington contre des centaines de ses propres partisans.

L'événement a permis aux travaillistes d'affirmer catégoriquement qu'en plus d'être «le parti de l'OTAN», ils sont également «le parti d'Israël», de son État d'apartheid et de sa guerre génocidaire, et qu'ils ne toléreront aucune opposition.

Il n’admettra pas non plus la moindre opposition au capitalisme. Outre la diatribe antisocialiste de Streeting, qui utilise le tiède réformisme de Corbyn comme un épouvantail, le discours de Starmer comprenait la promesse que le Labour était changé «de fond en comble […] Ce n’est plus un parti de protestation. Il n’est plus sous l’emprise de la politique symbolique […] Cette époque est révolue. Elle est terminée et elle ne reviendra jamais. Nous avons changé de manière irrévocable».

Aucun député ne peut sérieusement prétendre s’opposer au génocide à Gaza ou prôner une politique de «gauche», même la plus légère, tout en restant membre de ce parti. Lors des élections générales de cette année, les députés travaillistes du Socialist Campaign Group (SCG) feront campagne pour un gouvernement Starmer dont tout le monde sait qu'il soutiendra Israël à bout de bras, qu’il réprimera ses opposants et qu’il appliquera une politique favorable à la guerre et à l'austérité.

Le fait que même les députés du SCG expulsés du parti parlementaire, Corbyn et Diane Abbott, refusent de défier directement le Parti travailliste, et que cette faction ait détenu la direction du parti pendant cinq ans, prouve qu'il n'y a pas de position à partir de laquelle la «gauche» travailliste mènerait une lutte politique contre la droite. Leur refus n'a rien à voir avec les circonstances et tout à voir avec leur politique droitière d'opposition à tout mouvement politique de la classe ouvrière et de la jeunesse qui cherche à échapper à l'orbite réactionnaire du Parti travailliste.

La capitulation de Corbyn devant la droite et sa chasse aux sorcières de l’«antisémitisme de gauche» a brisé de nombreuses illusions dans la classe ouvrière. L’incapacité du SCG à monter une opposition efficace contre le soutien de Starmer au génocide de Gaza en brisera d’autres. La conclusion doit être fermement tirée de ces expériences de la nécessité d’un nouveau parti socialiste et révolutionnaire de la classe ouvrière : le Parti de l’égalité socialiste et son bilan unique de lutte à la fois contre les chasseurs de sorcières blairistes et les traîtres corbyniens.

(Article paru en anglais le 20 janvier 2024)

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