Les Verts et les chrétiens-démocrates allemands nient le danger de guerre nucléaire

La compétition dans les médias et parmi les hommes politiques pour savoir qui sera le fauteur de guerre le plus agressif atteint chaque jour de nouveaux sommets. Dans un commentaire colérique paru lundi dans le quotidien FAZ, les experts en politique étrangère Anton Hofreiter (Verts) et Norbert Röttgen (chrétiens-démocrates, CDU) ont appelé à une escalade massive de la guerre que l'OTAN mène contre la Russie en Ukraine.

Le chancelier allemand Olaf Scholz visite une chaîne de production sur le futur site d'une usine d'armes où le fabricant d'armes Rheinmetall prévoit de produire des pièces d’artillerie à partir de 2025, à Unterluess, en Allemagne, le lundi 12 février 2024. [AP Photo/Fabian Bimmer]

Sous le titre « Le défaitisme catastrophique du chancelier », ces deux bellicistes notoires attaquent le chancelier allemand Olaf Scholz (social-démocrate, SPD) au motif qu’«il est disposé à subir les pressions de Poutine». En conjonction «avec des livraisons d’armes insuffisantes et toujours en retard », cela était «fatal». Scholz avait déjà hésité sur les livraisons d'armes dans le passé et il répétait à présent cette conduite avec les missiles de croisière Taurus. L’Ukraine avait « un besoin urgent de missiles longue portée, au moins pour compenser la grave pénurie de munitions sur le front et pour détruire les dépôts de munitions russes dans les territoires occupés».

Non seulement l’idée – des attaques directes contre la Russie avec des missiles allemands – mais aussi la rhétorique rappellent la folie guerrière de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. «C'est quand même notre Europe. Nous devons la défendre et, si les États-Unis nous font défaut, compenser leur aide si nécessaire», déclarent-ils. Hofreiter et Röttgen ont exigé qu’«on ne laisse planer aucun doute» quant à «notre volonté inconditionnelle de ne pas abandonner l’Ukraine et par là nos valeurs et nos intérêts».

Et ils ajoutent d’un ton menaçant: «Si nous ne soutenons pas l’Ukraine de manière cohérente maintenant, Poutine se sentira encouragé à envahir d’autres pays. Ce n’est que lorsqu’il sera clair que cette guerre ne peut être gagnée militairement que la Russie sera prête à des négociations.»

Les cercles dirigeants de l’Empire allemand et du régime nazi avaient, eux aussi, justifié le déchaînement du militarisme allemand par le conte de fées d’une ruée des Russes sur l’Europe et par l’argument cynique que la guerre totale était le chemin le plus rapide vers la paix. Dans les faits, cette propagande a servi à justifier les menées prédatrices de l’impérialisme allemand par des méthodes de plus en plus brutales de meurtres de masse.

La guerre raciste d'anéantissement lancée par la Wehrmacht contre l'Union soviétique, dont ce sera le 83e anniversaire le 23 juin, et qui visait à conquérir toute la partie européenne de l'Union soviétique, a coûté la vie à au moins 27 millions de citoyens soviétiques. Aujourd’hui, une guerre à grande échelle avec la Russie, une puissance nucléaire, coûterait infiniment plus de vies. Une escalade nucléaire aurait le potentiel non seulement de détruire toute l’Europe mais aussi d’anéantir la civilisation humaine dans son ensemble.

Cela ne dérange pas les politiciens assoiffés de guerre comme Hofreiter et Röttgen. Leur diatribe culmine dans la déclaration qu’il ne faut pas se laisser dissuader par le danger d’une escalade nucléaire. Un tel danger n’existe pas, affirment-ils. « Guerre nucléaire, Escalade, Partie belligérante » n’étaient que des «slogans» inventés par le chancelier «qui signalent à Poutine une seule chose : qu’il peut continuer à enfreindre le droit international et les traités internationaux et à envahir des pays sans conséquences sérieuses ».

«Un chancelier qui parle de guerre nucléaire? C’est scandaleux», s’énervent les deux politiciens. Car « bien sûr», on savait «à la Chancellerie comme au Parlement et dans la rue que Poutine n’a aucun intérêt à ce qu’un conflit nucléaire éclate. Qu’il ne tient pas du tout cette carte en main, car il perdrait la Chine comme principal allié et la réaction des États-Unis serait colossale ». Il s’agissait donc «d’une guerre conventionnelle» et Poutine avait « déjà procédé à sa totale escalade».

Hofreiter et Röttgen savent qu'ils mentent. La veille même de leur commentaire dans le FAZ, le New York Times avait publié un article intitulé «Le moment Armageddon de Biden: quand la détonation nucléaire semblait possible en Ukraine». L’article détaille les discussions approfondies qui ont eu lieu fin 2022 au sein du gouvernement Biden sur la possibilité que la guerre en Ukraine se transforme en conflit nucléaire avec la Russie.

L'auteur de l'article, David Sanger, écrit que la CIA avait déclaré à Biden que «dans un scénario singulier dans lequel les forces ukrainiennes décimaient les lignes défensives russes et semblaient tenter de reprendre la Crimée – une possibilité qui semblait imaginable cet automne là – la probabilité d’un recours à l’arme nucléaire pourrait atteindre 50 pour cent, voire plus. Sanger a rapporté que le gouvernement Biden, pour sa part, effectuait des « préparatifs urgents […] pour une réponse américaine» à une éventuelle frappe nucléaire russe.

Sanger y parle également du rôle de Scholz dans l'échange nucléaire. Il était «en route pour une visite prévue à Pékin», où il «devait informer le président chinois Xi Jinping des informations des services de renseignement et l’exhorter à faire des déclarations publiques et privées adressées à la Russie pour l’avertir qu’il n’y avait pas de place pour l’utilisation d’armes nucléaires dans le conflit ukrainien ».

Comme l’a constaté le WSWS, un article de Sanger – un porte-voix bien connu de l’armée et des services de renseignement américains – «n’est pas tant un article de presse anodin qu’une divulgation contrôlée d’informations par les agences de renseignement américaines». Le but de l’article était «d’habituer le public à la possibilité que la guerre devienne nucléaire» et d’en faire porter «la responsabilité à la Russie, alors qu’en fait ce sont les États-Unis et les puissances de l’OTAN qui sont engagés dans une escalade massive de la guerre impliquant potentiellement le déploiement direct de troupes de l’OTAN en Ukraine ».

Le commentaire de Hofreiter et Röttgen poursuit le même objectif. Afin d’intensifier la guerre et de défendre les intérêts de l’impérialisme allemand contre la Russie par tous les moyens disponibles, ils nient, contre toute évidence, le danger d’une escalade nucléaire. Le simple fait de le mentionner est considéré comme une manifestation de faiblesse. «La rhétorique de Scholz nous rend plus faibles que nous ne le sommes», s'emportent-ils. «Il n'a renoncé à son refus de fournir des chars Leopard 2 à l'Ukraine que lorsque les États-Unis ont promis de fournir des chars Abrams. Le message adressé à Poutine: l’Allemagne ne peut pas se passer des Etats-Unis.» C’était là un «défaitisme catastrophique».

Le fait que Hofreiter, Röttgen et les autres bellicistes de premier plan de l’establishment politique et des médias s’en prennent ainsi à Scholz ne fait que souligner quelle agressivité la classe dirigeante déploie à nouveau, 78 ans après la chute du Troisième Reich. Scholz est tout sauf un «chancelier de la paix dont Poutine se moque» (Der Spiegel), mais bien le chancelier de la guerre et du «changement d’époque» qui fait systématiquement avancer l’offensive du militarisme allemand.

Les assurances actuelles de Scholz que l’Allemagne ne fournirait pas de missiles Taurus et n’enverrait pas de soldats en Ukraine suivent une procédure bien connue. La fourniture de chars de combat a également été préparée longtemps en coulisses et coordonnée avec Washington avant d’être annoncée publiquement. L'Allemagne est désormais le premier fournisseur de chars.

La ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock (Verts) s'est à nouveau prononcée dimanche dernier en faveur de la fourniture de missiles Taurus. Des conversations fuitées de commandants de l’armée de l’air avaient déjà révélé auparavant que les généraux de Scholz discutaient concrètement de si ces missiles de croisière pouvaient être livrés à Kiev et tirés sur des cibles russes, et de comment cela se ferait.

Comme pour souligner qu'il se situe lui aussi résolument dans le camp des bellicistes, Scholz s'est placé lundi à la tête de la campagne visant le pape. Le week-end dernier, celui-ci avait appelé à des négociations de paix et déclaré que c’était «celui qui a le courage de négocier sous le drapeau blanc» qui était fort. « Comme on peut l'imaginer, le chancelier n'est pas d'accord avec le pape sur cette question », a alors annoncé Scholz via son porte-parole. Autrement dit, sur la Chancellerie flotte le drapeau de la guerre.

(Article paru en anglais le 13 mars 2024)

Loading