Budget 2024-2025: le gouvernement du Québec intensifie l’austérité capitaliste

Le gouvernement de droite de la Coalition avenir Québec (CAQ) mené par le multimillionnaire et ex-PDG François Legault a présenté son budget pour 2024-2025.

Prenant prétexte d’un déficit «record» causé par un ralentissement économique et ses politiques favorables aux grandes entreprises et aux riches, le gouvernement Legault perpétue le sous-financement chronique des services sociaux et déclenche une intensification marquée de l’austérité capitaliste.

Sous le titre orwellien de «Priorités santé éducation», le budget a été présenté le 12 mars dernier par le ministre des Finances, l’ancien premier vice-président de la Banque Nationale Eric Girard.

Il prend place dans un contexte de ralentissement et de stagnation de l’économie québécoise, dont le PIB n’a augmenté que de 0,2% en 2023, notamment en raison du taux directeur élevé de la Banque du Canada. Annoncée sous le prétexte de «combattre l’inflation», la hausse des taux d’intérêt vise avant tout à ralentir l’augmentation des salaires, quitte à provoquer un ralentissement économique, voir une récession.

Le budget Girard prévoit un déficit de 11 milliards de dollars pour l’exercice 2024-2025, incluant une provision de 1,5 milliard pour les imprévus et un versement de 2.2 milliards au Fonds des générations.

Girard, aidé en cela par des médias serviles et complaisants, a blâmé ce déficit sur les augmentations salariales «élevées» que le gouvernement de la CAQ aurait consenties aux employés du secteur public. Ces «offres bonifiées» auraient coûté 3 milliards de plus que ce que le gouvernement avait provisionné.

Le ministre des Finances Eric Girard en 2021 lors du dépôt d’une mise au point économique (crédit photo: Samuel Gamache sur wikipedia)

En réalité, l’immense lutte des travailleurs du secteur public s’est soldée par une trahison de la bureaucratie syndicale qui utilisé ses tactiques antidémocratiques habituelles pour forcer les travailleurs à voter en faveur de contrats pourris qui poursuivent la dégradation des conditions de travail et contiennent des «hauses» de salaire nettement insuffisantes pour rattraper les dernières années d’inflation galopante.

Dans la foulée du discours du budget, les partis d’opposition et les grands médias capitalistes se sont précipités pour dénoncer le déficit «record» et qualifier le gouvernement caquiste d’«irresponsable».

Au sein de l’establishment médiatique et politique, personne n’a soufflé mot des milliards de dollars qui sont octroyés chaque année à la grande entreprise et aux actionnaires, encore moins laissé entendre que ces largesses envers les riches pourraient avoir contribué significativement au déficit.

Pourtant, les exemples ne manquent pas. En novembre 2023, le gouvernement Legault a annoncé en catimini qu’il avait emprunté presque 2 milliards de dollars de plus pour financer le Fonds du développement économique (FDE) géré par Investissements Québec et dédié à l’aide aux entreprises privées. Avec ce nouvel emprunt, la dette liée au FDE représente 5,65 milliards de dollars et devrait atteindre 8 milliards en 2026. Les milliards qui ont récemment été consentis à la «filière batterie», notamment à Northvolt, proviennent de ce fonds.

Le budget du 12 mars prévoit, lui, une augmentation de 500 millions de dollars du fonds Capital ressources naturelles et énergie de 1,5 milliard, dédié spécifiquement aux entreprises œuvrant dans l’exploitation minière. Il contient aussi une aide supplémentaire pour l’industrie de l’aluminium, un secteur contrôlé par d’énormes multinationales qui bénéficient déjà d’aides financières de toute sorte et de tarifs dérisoires sur l’hydro-électricité, ainsi que pour le secteur de l’aérospatial.

Il faut aussi noter que les baisses d’impôts consentis par la CAQ dans le budget 2023-2024, qui profitent surtout aux couches aisées de la classe moyenne, vont coûter 1,85 milliard de dollars durant la période budgétaire 2024-2025.

En plus du déficit record, c’est l’«investissement» de 4.9 milliards du gouvernement en santé et en éducation qui a retenu toute l’attention des commentateurs de l’establishement, d’une façon qui en camoufle cependant la véritable nature.

La somme additionnelle de 3.7 milliards sur 6 ans consacrée à la santé représente une diminution de la croissance des dépenses. En effet, l’augmentation des dépenses en santé pour la période budgétaire 2024-2025 est de 4,2% alors qu’elle était de 7,7% en 2023-2024. Et ce, alors même que le gouvernement admet – admission enfouie à la page 309 sur 434 du budget – que la pandémie de COVID-19 perdure et que près de 900 lits sont occupés chaque jour par des patients atteints de la maladie potentiellement mortelle et débilitante.

Le budget du 12 mars élargit aussi le «financement axé sur le patient», un langage qui réfère à la privatisation de catégories additionnelles de soins comme la médecine d’urgence, la néonatalogie et la dialyse. Le gouvernement de la CAQ poursuit donc son double assaut sur le système public de santé en le privant du financement nécessaire et en augmentant la place du secteur privé.

En éducation et en enseignement supérieur, l’augmentation des dépenses est de 7,6% alors qu’une augmentation de 7% était nécessaire simplement pour suivre la croissance des dépenses selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Autrement dit, dans un contexte où les systèmes publics de santé et d’éducation sont dans un état pitoyable après des décennies de coupes sociales, le gouvernement Legault fait le strict minimum pour maintenir le niveau actuel – déplorable – de service. Ces sommes sont loin de l'investissement de dizaines de milliards de dollars qui seraient nécessaires pour offrir des services adéquats à la population.

D’autres secteurs moins en vue que la santé et l’éducation sont victimes du gel ou de la réduction de leur financement.

Le budget prévoit ainsi une baisse de 9% des dépenses en transports collectifs, un service public essentiel pour la classe ouvrière et les étudiants. Cette coupe se traduira notamment par un manque à gagner de 400 millions de dollars pour la Société de transports de Montréal en 2024.

C’est aussi le cas pour le logement abordable et les services à la petite enfance, qui sont tous deux au cœur d’une campagne xénophobe de l’élite dirigeante pour blâmer la crise du logement et des services publics sur les immigrants afin d’en cacher la véritable cause – la faillite du système capitaliste.

De façon significative, le budget 2024-2025 annonce un vaste plan d’austérité pour atteindre «l’équilibre budgétaire» en 2029-2030. Alors que la croissance globale des dépenses du gouvernement dans le budget 2024-2025 est de 4,4%, elle sera de seulement 2,9% en 2025-2026.

Lors d’une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 18 mars, Girard a précisé que l’augmentation des dépenses du gouvernement sera plafonnée à 3% pour les années à venir, soit «4% en santé, 3% en éducation puis 2% pour tout le reste». Ces niveaux sont sous l’inflation anticipée et représentent donc des diminutions de financement en termes réels. Ils ne pourront être atteints qu’à l’aide d’énormes coupes sociales.

Déjà, dans le budget du 12 mars, le gouvernement exige des efforts «d’optimisation» de la part des Sociétés d’État comme Hydro-Québec et il amorcera au printemps 2024 un «examen des dépenses gouvernementales» qui visera tous les ministères et organismes gouvernementaux.

La CAQ poursuit et intensifie la politique des gouvernements précédents du Parti québécois (PQ) et du Parti libéral du Québec (PLQ), qui ont lancé des campagnes d’austérité ravageant les services sociaux et les conditions de vie des travailleurs pour préserver leurs baisses d’impôts en faveur des riches et leurs largesses envers la grande entreprise.

En 1997, sous le prétexte du «déficit zéro», le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard a drastiquement réduit le personnel médical (préposés aux bénéficiaires, infirmières, etc.) par un vaste programme de retraites anticipées.

Entre 2014 et 2016, le PLQ de Philippe Couillard a imposé des mesures austéritaires draconiennes au nom de «l’équilibre budgétaire», augmentant significativement les tarifs tout en coupant dans une multitude de services sociaux. Les systèmes publics de santé et d’éducation ne se sont pas remis de ces politiques et le gouvernement Legault s’apprête à leur porter un autre dur coup.

Seule la mobilisation indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste révolutionnaire peut résoudre l’immense crise sociale en remplaçant le système des profits privés par une économie mondiale planifiée basée sur la satisfaction des besoins humains.

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