Les manifestations étudiantes se sont étendues à toute l'Europe depuis que l'armée israélienne a lancé son assaut prévu de longue date sur Rafah. Inspirés par les manifestations contre le génocide sur les campus américains, qui ont défié la répression nationale coordonnée par le gouvernement Biden et qui a conduit à des milliers d'arrestations, les étudiants occupent des salles et des installations universitaires sur l'ensemble du continent. Cette action intervient également alors que des camps de protestation contre le génocide se sont installés dans des universités britanniques, notamment à Oxford et à Cambridge.
Les manifestants réclament la fin du génocide des Palestiniens de Gaza, soutenu par les États-Unis et l'Union européenne, un cessez-le-feu immédiat, la fin des livraisons d'armes européennes à Israël et une aide humanitaire pour Gaza. Dans certains pays, ils sont confrontés à une répression policière violente. Au moins 200 arrestations sont survenues dans toute l'Europe ces derniers jours. Dans d'autres, terrifiés par le précédent de la grève générale française de mai 1968, lorsque la répression violente du général Charles de Gaulle contre les étudiants avait déclenché une éruption de la lutte de la classe ouvrière, les gouvernements laissent les manifestations se dérouler.
En Allemagne, la police a brutalement dispersé le campement d'étudiants de l'université libre de Berlin installé par plus de 100 manifestants mardi, après que l'administration de l'université a appelé à la répression. Portant des keffiehs et brandissant des drapeaux palestiniens, les étudiants ont scandé «Palestine libre, libre !», «Israël est un État terroriste» et «Honte à l'Allemagne». La police berlinoise a signalé quelques arrestations pour incitation à la haine et violation de propriété. À l'université de Leipzig, les étudiants ont installé des tentes dans la cour et barricadé les entrées. La police s'apprêterait à faire une descente sur le campus.
En France, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de gaz poivré pour disperser une manifestation d'étudiants contre le génocide à la Sorbonne, arrêtant 86 personnes. Les étudiants scandaient «Palestine libre», «Israël, dégage ! La Palestine ne t’appartient pas», «Nous sommes tous les enfants de Rafah» et «Cessez-le-feu à Gaza maintenant». La police a dispersé une autre manifestation à Sciences Po.
Aux Pays-Bas, plusieurs centaines de personnes ont manifesté autour des campus de l'Université d'Amsterdam (UvA) et de la Vrije Universiteit d’Amsterdam l'intérieur de l'UvA, les manifestants ont érigé des barricades à l'aide de bureaux et de grilles pour bloquer l’accès côté canal. La police anti-émeute a utilisé un bulldozer pour abattre les barricades et a arrêté 169 personnes. Des images diffusées par le radiodiffuseur national NOS montrent une pelleteuse mécanique détruisant les barricades et les tentes. La police d'Amsterdam a déclaré sur X que cette action était «nécessaire pour rétablir l'ordre».
La veille, des voyous sionistes ont chargé des étudiants au campement de l'UvA alors que la police refusait d'intervenir, rappelant des agressions fascistes similaires contre des étudiants protestataires à l'UCLA aux États-Unis.

Les manifestations se sont étendues aux universités suisses de Lausanne, Genève et Zurich. À l'université suisse de Zurich, les étudiants ont envahi le campus en scandant «Nous sommes tous des enfants de Gaza», accusant l'UE et la Suisse de financer le génocide israélien. Les manifestants ont organisé une occupation des locaux en scandant «Palestine libre». Des étudiants ont également occupé les halls du bâtiment Geopolis à l'université de Lausanne, à la suite d'une manifestation de 1000 personnes.
En Autriche, des dizaines de manifestants ont campé sur le campus de l'université de Vienne, dressant des tentes et brandissant des banderoles.
En Europe du Nord, des manifestations ont également eu lieu dans les pays scandinaves. En Finlande, un groupe de solidarité avec les étudiants pour la Palestine a installé un campement à l'université d'Helsinki. Au Danemark, des étudiants ont installé un campement pro-palestinien à l'université de Copenhague. En Suède, terrifiées par les manifestations pro-palestiniennes dans la troisième ville du pays, Malmo, qui doit accueillir le concours Eurovision de la chanson auquel Israël participera, les autorités mobilisent des centaines de policiers et font venir des renforts du Danemark et de Norvège.
En Italie, des étudiants de l'université de Bologne ont installé un campement de tentes ce week-end. Des groupes d'étudiants ont organisé des manifestations pacifiques similaires à Rome et à Naples. L'Italie continue d'exporter des armes vers Israël malgré les assurances données l'année dernière par le gouvernement de la Première ministre néo-fasciste Giorgia Meloni qu’elle allait bloquer ces ventes.
En Grèce, un millier de manifestants anti-génocide portant des drapeaux palestiniens et des banderoles se sont rassemblés dans le centre d'Athènes. Ils ont été attaqués par la police anti-émeute à coups de matraque, de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes alors qu'ils tentaient de se diriger vers la Tombe du Soldat inconnu, sous le bâtiment du Parlement, puis d'escalader les grilles de l'ambassade d'Égypte. Le dictateur égyptien soutenu par l'Occident, le général Abdel Fattah al-Sisi, connu sous le nom de «boucher du Caire», est l'un des principaux complices du génocide, puisqu'il a fermé le point de passage de Rafah aux Palestiniens.
Certaines manifestations d'étudiants sont pour l'instant tolérées dans les pays dont les gouvernements affichent une certaine sympathie à l'égard des Palestiniens, tout en poursuivant leurs accords économiques et militaires avec le régime sioniste.
Ce qui a commencé par un petit camp à l'université de Valence la semaine dernière s'est étendu à toute l'Espagne. Des occupations d'étudiants ont lieu à Madrid, Barcelone, Pampelune, Malaga, Alicante et Séville. Dans de nombreuses universités espagnoles, des milliers de professeurs ont manifesté leur soutien aux rassemblements.
La ministre de l'Université, Diana Morant, du gouvernement du Parti socialiste (PSOE), s'est cyniquement déclarée «fière» des manifestations, bien que son gouvernement continue de vendre des armes à Israël, même après avoir faussement prétendu que ces ventes avaient cessé. Morant a demandé au Parti populaire de droite, qui appelle à la répression, de «cesser de mentir, d'inventer des canulars, de désinformer pour harceler ces étudiants. Ils devraient cesser de dire que les étudiants défendent un groupe terroriste comme le Hamas, car ce qu'ils font, c'est défendre la paix».
Les remarques de Morant s'inscrivent dans la lignée des tentatives du gouvernement de feindre la sympathie pour les Palestiniens en appelant à la reconnaissance d'un État palestinien et en organisant des rassemblements en apparence pro-palestiniens avec les bureaucraties syndicales. Ces mesures sont destinées à apaiser l'opposition mondiale au génocide, sans pour autant s'écarter du soutien au régime sioniste.
De même, en Belgique, où une centaine d'étudiants ont occupé une partie de l'université de Gand et où des manifestations ont commencé à l'université libre de Bruxelles, la ministre de la Coopération au développement, Caroline Gennez, a appelé les États membres de l'UE à cesser d'exporter des armes vers Israël. La vice-première ministre Petra de Sutter a appelé à des sanctions dans le journal Nieuwsblad : «Il est temps de prendre des sanctions contre Israël. La pluie de bombes est inhumaine.»
Quelques semaines auparavant, Nicole de Moor, ministre déléguée à l'Asile et à la Migration, avait révoqué le statut de réfugié de Mohamed Khatib, coordinateur européen du réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens, qualifié de «prêcheur de haine» par les autorités belges. La police belge a interdit les manifestations de Samidoun.
Les étudiants des États-Unis et d'Europe adoptent une position courageuse. La lutte contre le génocide, la guerre et le militarisme ne peut toutefois pas se limiter à demander aux universités de rompre leurs relations avec les universités israéliennes ou de se désinvestir des banques et des entreprises qui soutiennent Israël. Pour vaincre la répression policière, bloquer les livraisons d'armes à Israël et mettre fin au génocide à Gaza, la classe ouvrière doit être mobilisée dans la lutte, comme en mai 1968 en France. Les travailleurs doivent défendre les étudiants manifestants contre le génocide, dont la lutte contre le militarisme et la répression est vitale pour la classe ouvrière.
Le capitalisme s'enfonce dans une crise internationale mortelle. L'impérialisme États-Unis-OTAN entraîne l'humanité vers une catastrophe nucléaire, en intensifiant sans relâche la guerre contre la Russie en Ukraine. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France discutent publiquement du recours à des frappes de missiles et à une guerre terrestre contre la Russie, tandis que les responsables russes avertissent qu'ils pourraient lancer des contre-attaques nucléaires contre les pays de l'OTAN.
Des manifestations de masse doivent être organisées dans tous les pays pour exiger la fin du génocide à Gaza, le retrait des forces de l'OTAN d'Ukraine et la fin immédiate du conflit. Les questions soulevées par les étudiants ne peuvent être résolues dans les universités, mais plutôt dans les usines, les entrepôts, les chemins de fer et les docks. La classe ouvrière, la force sociale la plus puissante sur Terre, qui crée toutes les richesses par son travail, doit tirer parti de ce pouvoir pour imposer la fin du génocide et de la guerre. La barbarie capitaliste doit être combattue par le programme de la révolution socialiste mondiale.
(Article paru en anglais le 9 mai 2024)
