Après le rejet de l’entente recommandée par le syndicat FIQ:

Quelle voie de l’avant pour les infirmières et travailleurs de la santé du Québec?

Galvanisés par le rejet massif de l’entente de principe pourrie signée et recommandée par la direction syndicale de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), les 80.000 infirmières et autres professionnels de la santé se demandent maintenant comment aller de l’avant pour assurer une victoire face à l’assaut du gouvernement de la CAQ (Coalition Avenir Québec) sur leurs conditions de travail et le réseau public de santé?

Plusieurs reconnaissent que la FIQ n’a aucune intention de mener le combat nécessaire pour améliorer les conditions de travail des membres de la base. Comme c’est le cas convention après convention depuis les quatre dernières décennies, les infirmières se sentent abandonnées et trahies par la direction syndicale. Cette fois-ci, après le rejet de l’entente, la présidente de la FIQ, Julie Bouchard, s’est dite «déçue» du résultat, tout en assurant au gouvernement qu’elle ferait tout pour empêcher une potentielle grève.

De retour à la table de négociation, la FIQ tente maintenant de faire passer les reculs exigés par Legault en dorant la pilule – mais en cédant aux exigences du gouvernement sur le temps supplémentaire obligatoire, l’élimination des primes pour les infirmières à temps partiel et une mobilité accrue de la main-d’œuvre.

Des infirmières et d’autres membres de la FIQ ont manifesté devant l’Assemblée nationale du Québec le 16 mars 2024. [Photo: FIQ Santé/Facebook]

Pour orienter les prochaines étapes de leur lutte, les travailleuses et travailleurs de la santé doivent saisir les enjeux fondamentalement politiques qu’ils confrontent.

L’état lamentable des soins de santé au Québec est le résultat de décennies de coupures imposées dans l’ensemble des services à la population par les gouvernements péquistes et libéraux successifs – et maintenant par la CAQ du Premier ministre François Legault.

Répétant le prétexte qu’«il n’y a pas d’argent», Legault veut en réalité abattre ce qui reste des services publics et les privatiser en masse au profit des sections le plus aisées de la société. Ces coupures seront ensuite transférées en nouvelles baisses impôts pour les grandes entreprises et les riches.

C’est là l’essence du projet de loi 15, qui prévoit la création de «Santé Québec», une nouvelle agence unique contrôlée par une poignée de «top guns» issus du monde des affaires dont le but est de réduire les coûts de main-d’œuvre, réduire l’accès aux soins pour la classe ouvrière et privatiser des pans entiers du réseau. Cet objectif est devenu encore plus évident avec la nomination de Geneviève Biron, ex-PDG de la firme privée Biron Groupe Santé puis fondatrice d’une plateforme d’investissement en capital, pour diriger l’agence.

Ce n’est pas une réalité limitée au Québec. Dans toutes les provinces, les gouvernements répondent à la crise historique du système capitaliste en attaquant les acquis sociaux de la classe ouvrière. Au niveau fédéral, les gouvernements successifs – que ce soit les conservateurs ou bien les libéraux soutenus par le Nouveau parti démocratique – ont sabré les transferts fédéraux en santé aux provinces puis injecté des milliards pour les guerres d’agression de l’impérialisme canadien. Et c’est ce qui se déroule dans tous les pays, que ce soit aux États-Unis, en Australie et à travers l’Europe.

Fidèle serviteur du patronat, le gouvernement ultra-conservateur de Legault n’a aucune intention de reculer devant la colère des infirmières. Le gouvernement Legault mise sur la complicité des appareils syndicaux pour imposer son programme d’austérité, mais il n’hésitera pas à utiliser la force répressive de l’État pour arriver à ses fins, dont une loi spéciale. Des lois anti-grèves ont été utilisées à maintes reprises dans le passé, y compris par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard en 1999 pour criminaliser une grève militante des infirmières.

Si Legault peut maintenir la ligne dure, c’est uniquement en raison du sabotage répété des luttes ouvrières par les appareils syndicaux, notamment la lutte de plus de 500.000 travailleurs du secteur public il y a quelques mois seulement. Durant ce conflit (dans lequel les membres de la FIQ se trouvent toujours d’ailleurs), autant les grandes centrales du Front commun que la Fédération autonome de l’enseignement et la FIQ ont adopté une véritable campagne de démobilisation.

Les syndicats ont divisé et isolé les différents groupes de travailleurs tout en les gardant dans le noir sur l’état et le contenu des négociations. Ils ont refusé de lancer une grève générale illimitée de tout le secteur public pour finalement signer des contrats remplis de reculs. Et surtout, ils ont refusé de mobiliser l’immense appui populaire dont jouissaient les employés de l’État et de tourner le mouvement vers la classe ouvrière pour en faire le catalyseur d’une vaste contre-offensive envers l’austérité capitaliste, la privatisation et les lois spéciales anti-démocratiques.

Les syndicats ont plutôt contraint les travailleurs dans le cadre provincialiste des «négociations collectives» dont les paramètres étaient fixés d’avance par le gouvernement. Tout au long, la FIQ a refusé d’unir les infirmières avec les travailleurs de l’éducation et de la santé du Front commun et de la FAE sous prétexte que ses membres sont un «cas spécial». Or, c’est cette politique sectorielle de longue date qui a mené fois après fois au même échec et qui place maintenant les infirmières seules face à la répression d’État.

La position à-plat-ventriste de Bouchard et de la FIQ n’est pas une aberration, mais l’expression d’un processus historique et international plus profond. Avec l’avènement de la mondialisation à la fin des années 1970, les syndicats au Canada comme ailleurs se sont intégrés de plus en plus aux conseils d’administration et à l’État capitaliste. Les appareils syndicaux, composés d’une armée de bureaucrates riches et privilégiés siégeant sur des comités d’entreprises et des fonds d’investissement, sont aujourd’hui objectivement voués à imposer les coupures patronales et à étouffer la lutte des classes.

Ce corporatisme est lié à l’intégration de dirigeants syndicaux à l’ordre politique établi. C’est le cas notamment d’ex-leaders de la FIQ comme:

* Régine Laurent, qui siège sur divers conseils d’administration et commente la politique à LCN pour le groupe Quebecor du magnat milliardaire et ancien chef du Parti québécois, Pierre-Karl Péladeau;

* Shirley Dorismond, ancienne vice-présidente de la FIQ, qui a quitté son poste en 2021 pour devenir députée de la CAQ;

* Julie Bouchard, actuelle présidente de la FIQ, qui s’est présentée sous la bannière du Bloc québécois (BQ) aux élections fédérales 2021 alors qu’elle était présidente d’une section locale de la FIQ au Saguenay-Lac-St-jean. (Le BQ, parti frère du PQ, est un parti nationaliste chauvin pro-indépendance qui joue un rôle clé dans la campagne anti-immigrants de la classe dirigeante québécoise et canadienne.)

Les trahisons syndicales ne découlent pas simplement des mauvais choix ou des actions égoïstes de tel ou tel chef syndical, mais de la perspective nationaliste et procapitaliste de ces organisations et de leur rôle objectif en tant que pourvoyeur de main-d’œuvre qui accepte les rapports d’exploitation du travail salarié et la subordination de la vie économique au profit privé.

Ceci a été mis en évidence dès le début de la pandémie de COVID-19 alors que les syndicats ont étouffé la lutte de classe et facilité la mise en œuvre de la politique des «profits avant les vies humaines» qui a entraîné des millions de décès à travers le monde, dont plusieurs dizaines de milliers rien qu’au Canada.

Le Comité de base de coordination des travailleurs du secteur public et le World Socialist Web Site soutiennent que pour défendre leurs acquis et préparer l’opposition à la loi spéciale qui leur pend au-dessus de la tête, les infirmières et les professionnels de la santé de la FIQ doivent lancer un appel de solidarité aux travailleurs de tous les secteurs à travers tout le Québec et le Canada.

En effet, la défense des services publics – acquis de haute lutte par des générations de travailleurs – est une question vitale qui touche la classe ouvrière dans son ensemble.

Une telle initiative n’est possible que si les travailleurs s’organisent indépendamment des appareils syndicaux, à travers la formation de comités de base par et pour les travailleurs.

La trahison du Front commun et de la FAE est certainement un coup dur, mais les conditions sont toujours favorables pour relancer un mouvement d’opposition dans tout le secteur public. Le gouvernement Legault est largement détesté et la crise qui sévit dans les hôpitaux et les écoles de la province continue de s’intensifier.

La colère de la classe ouvrière face à l’austérité capitaliste et l’opposition grandissante à la guerre, démontrée par les protestations des étudiants et des jeunes contre le génocide d’Israël à Gaza, doivent trouver une expression consciente et politique.

Tirant les leçons de la trahison de la lutte par le Front commun et la FAE, le Comité de base a écrit une déclaration intitulée: « La classe ouvrière doit se préparer dès maintenant à d’intenses luttes de classe ». Dans celle-ci, le Comité conclut que:

Pour aller de l’avant dans leurs prochaines luttes, il sera vital pour les travailleurs de mobiliser l’immense pouvoir social de la classe ouvrière dans une lutte politique contre tout le programme réactionnaire de l’élite financière et patronale.

La construction de comités de base dans tous les lieux de travail est un élément central de la lutte pour mobiliser la classe ouvrière dans la défense des conditions de travail et des services sociaux et, par le fait même, contrecarrer les manœuvres de la bureaucratie syndicale.

C’est seulement ainsi qu’il sera possible pour les travailleurs de mettre de l’avant leurs propres revendications, tout en unissant les divers contingents de la classe ouvrière au-delà des secteurs, des provinces et des frontières nationales dans une contre-offensive au système de profit moribond.

Ces questions sont toujours celles auxquelles sont actuellement confrontés les infirmières et les personnels de la santé membres de la FIQ.

Nous encourageons toutes celles et ceux qui sont en accord avec cette perspective à contacter le PES et le WSWS en remplissant le formulaire ci-dessous, ou en écrivant au Comité de base à l’adresse suivante: cbsectpub@gmail.com

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