Tandis qu'un nouveau rapport accuse Israël de génocide à Gaza

Biden promet une aide militaire supplémentaire d’un milliard de dollars à Israël

Le gouvernement Biden a l’intention d’envoyer plus d’un milliard de dollars d’équipements militaires à Israël afin qu’il puisse poursuivre son génocide contre les Palestiniens. L’enveloppe militaire comprendra 700 millions de dollars pour des munitions de chars, 500 millions de dollars pour des véhicules tactiques et 60 millions de dollars pour des obus de mortier. Son dévoilement a coïncidé avec des chiffres de l’ONU qui montrent que 600.000 personnes – soit plus d’un quart de la population totale de Gaza – ont fui Rafah depuis le début de l’opération terrestre d’Israël, le 6 mai.

Des Palestiniens observent les dégâts causés par une frappe israélienne sur une école gérée par l’UNRWA, l’agence de l’ONU qui aide les réfugiés palestiniens, à Nuseirat, dans la bande de Gaza, le mardi 14 mai 2024. [AP Photo/Abdel Kareem Hana]

Les Nations unies ont noté que 150.000 personnes ont fui la ville la plus méridionale de Gaza au cours des 48 dernières heures. Israël a également donné des ordres d’évacuation pour environ 100.000 habitants du nord de la bande de Gaza. Mercredi, au moins 10 Palestiniens ont été tués dans la ville de Gaza lors d’une attaque contre un groupe de personnes qui tentaient d’utiliser une connexion Internet publique. Dans le quartier de Sabra, un hôpital de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a été la cible d’une attaque aérienne qui a tué au moins 10 personnes déplacées.

La plupart des personnes qui fuient Rafah ont déjà fui de nombreuses fois au cours des sept derniers mois. Non seulement elles n’ont pas de nourriture, d’eau ni de soins médicaux, mais n’ont aussi pas accès aux infrastructures civiles nécessaires à la vie humaine. Le programme de développement des Nations unies estime que 270.000 tonnes de déchets solides se sont accumulées dans des décharges temporaires dans toute la bande de Gaza parce que les moyens de s’en débarrasser ont été détruits par l’assaut israélien.

L’ONU a écrit dans une mise à jour du 15 mai:

La hausse des températures exacerbe l’impact sur les personnes de l’accumulation des déchets solides, notamment en générant des insectes et en attirant des animaux sauvages, ce qui est particulièrement grave dans les sites de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. L’UNDP met en garde: «Si la question des déchets solides – y compris les déchets médicaux – n’est pas traitée et résolue de manière adéquate, elle exacerbera les souffrances des Palestiniens dans la bande de Gaza [...] et aura un impact sévère sur la santé publique, en particulier avec un accès limité aux services de soins de santé».

Selon OXFAM, le «cocktail mortel» du surpeuplement, de l’accumulation des déchets et des eaux usées, de la malnutrition et de la chaleur crée des conditions idéales pour la propagation de maladies infectieuses comme le choléra.

Au milieu de cette misère humaine, l’enveloppe militaire du gouvernement Biden viserait à reconstituer l’armement utilisé par Israël depuis le début de son assaut et pourrait prendre des années à compléter, selon le Wall Street Journal. Le gouvernement Biden a été de loin le principal fournisseur d’Israël en bombes de forte puissance, qui ont été utilisées pour raser des quartiers entiers, et d’autres équipements militaires.

Dans le cadre d’un programme supplémentaire de dépenses militaires adopté à la fin du mois dernier, Washington a mis de côté quelque 26 milliards de dollars pour soutenir l’armée israélienne. La semaine dernière, alors que l’assaut de Rafah, prévu de longue date, commençait, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, a insisté sur le fait que chaque dollar serait dépensé.

Le flux ininterrompu d’armes des États-Unis vers Israël souligne la responsabilité de Washington dans le génocide à Gaza. Alors que le bilan officiel des morts depuis le 7 octobre s’élève à plus de 35.200 Palestiniens – et bien au-delà de 40.000 morts si l’on tient compte des personnes disparues sous les décombres, la grande majorité étant des femmes et des enfants – la réponse de Washington est d’intensifier son soutien au régime sioniste d’extrême droite et d’accélérer les livraisons d’armes.

Il n’y a qu’un seul endroit qui convienne aux individus responsables de ces décisions inhumaines: le banc des accusés d’un tribunal pour crimes de guerre.

C’est ce que souligne un rapport publié mercredi par le Réseau universitaire pour les droits de l’homme, qui accuse Israël de génocide dans la bande de Gaza. Ce réseau regroupe les principales facultés de droit d’universités des États-Unis et d’Afrique du Sud, dont Yale, Cornell, l’Université de Boston et l’Université de Pretoria.

Le rapport déclare dans son résumé:

[Nous] concluons que les actions d’Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023 violent la Convention sur le génocide. Plus précisément, Israël a commis des actes génocidaires en tuant, en causant des dommages graves et en infligeant des conditions de vie qui visent à entraîner la destruction physique des Palestiniens de Gaza, un groupe protégé qui constitue une partie substantielle du peuple palestinien.

Le rapport note que le nombre total de Palestiniens tués ou blessés entre le 7 octobre et le 1er mai – respectivement 34.568 et 77.765 – représente plus de 5 pour cent de la population de Gaza. Deux pour cent des enfants de Gaza ont été tués ou blessés. Israël a tué plus d’enfants au cours des quatre premiers mois de son assaut sanglant que tous les enfants tués dans tous les conflits mondiaux au cours des quatre dernières années.

Le rapport poursuit:

Les actes génocidaires d’Israël à Gaza ont été motivés par l’intention génocidaire nécessaire, comme le montrent dans ce rapport les déclarations des dirigeants israéliens, le caractère de la conduite de l’État et de ses forces militaires à l’encontre des Palestiniens de Gaza, et le lien direct entre eux. Comme le détaille le présent rapport 13, des responsables à tous les niveaux du gouvernement israélien, jusqu’au Premier ministre, ont fait des remarques qui non seulement expriment une déshumanisation et une cruauté flagrantes et sans équivoque à l’égard des Palestiniens de Gaza et d’ailleurs, mais qui reflètent aussi explicitement l’intention de détruire et d’exterminer les Palestiniens en tant que tels. Les modes de comportement des forces militaires israéliennes à Gaza renforcent encore la constatation de l’intention génocidaire d’Israël.

Le rapport explique que ses conclusions renforceront les plaintes déposées devant la Cour internationale de justice accusant Israël de génocide et devant les tribunaux fédéraux américains contre le gouvernement Biden. Les auteurs écrivent:

Les violations par Israël de l’interdiction légale internationale du génocide constituent des infractions graves à des normes impératives du droit international qui doivent cesser immédiatement. Ces violations donnent également lieu à des obligations pour tous les autres États: ne pas affirmer que les violations d’Israël sont légales ou ne pas agir en tant que complice de ces violations; et agir activement pour prévenir et punir la commission par Israël de nouveaux actes génocidaires contre le peuple palestinien à Gaza.

Ces appels sont tombés et continueront de tomber dans l’oreille d’un sourd. L’impérialisme américain et ses alliés au Canada et en Europe baignent jusqu’au cou dans le sang des Palestiniens de Gaza.

Les seules mesures prises par ces gouvernements pour prévenir et punir visent les opposants au génocide, qui doivent affronter la pleine force de l’appareil d’État répressif, la police démolissant les camps de protestation et procédant à des arrestations de masse, dans le cadre d’une campagne de diffamation brutale qui les qualifie d’«antisémites».

Plus de 3.000 manifestants contre le génocide ont été arrêtés aux États-Unis au cours des dernières semaines, tandis qu’en Allemagne, les opposants aux crimes du régime israélien se sont vu interdire d’entrer dans le pays et de prendre la parole lors d’événements publics. Le Congrès de la Palestine à Berlin, où des témoins oculaires de la dévastation de Gaza devaient être entendus, et les campements devant le Bundestag et à l’Université libre et l’Université Humboldt à Berlin, ont été violemment dispersés lors de raids policiers orchestrés par l’État.

Le rapport du réseau universitaire pour les droits de l’homme a été publié le 15 mai, date à laquelle les Palestiniens commémorent chaque année le jour de la Nakba. L’expulsion de 700.000 Palestiniens de leurs maisons dans le cadre d’une campagne délibérée de nettoyage ethnique qui a conduit à la création d’Israël le 14 mai 1948, avec le soutien des puissances impérialistes, est l’un des plus grands crimes du XXe siècle.

Le fait que l’historien israélien, Ilan Pappe, auteur de «The Ethnic Cleansing of Palestine», ait pu déclarer dans une interview accordée à Al Jazeera que le fait que les puissances occidentales aient permis le génocide de Gaza est «encore pire» que le rôle qu’elles ont joué en 1948 est une indication de l’ampleur de la barbarie d’Israël et de ses bailleurs de fonds impérialistes à Gaza.

Pappe a déclaré :

À l’époque, en 1948, il n’y avait pas de télévision. Les gens n’avaient pas de smartphones, et il était relativement facile de dissimuler la Nakba, le nettoyage ethnique, et de prétendre qu’ils n’existaient pas. C’est impossible de dire aujourd’hui que les gens ne peuvent pas savoir ce qui se passe lorsque cela apparaît sur nos écrans. Je pense donc que le niveau de déni aujourd’hui est bien plus sinistre, bien plus scandaleux [..]

Rappelant que les sionistes ont eu recours aux massacres en 1948 pour forcer les Palestiniens à quitter les zones revendiquées par l’État israélien, il a ajouté: «Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des massacres qui font partie de l’impulsion génocidaire, à savoir tuer des gens afin de réduire le nombre de personnes vivant à Gaza.»

(Article paru en anglais le 16 mai 2024)

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