Londres: 250 000 personnes manifestent contre le génocide de Gaza et commémorent la Nakba palestinienne

Londres a de nouveau été le théâtre d'une marche de solidarité massive en opposition au génocide israélien des Palestiniens à Gaza.

La marche de samedi commémorait le 76e anniversaire de la Nakba, le brutal nettoyage ethnique de trois quarts de million de Palestiniens chassés de l’État d'Israël nouvellement créé. Un tract publié par le Parti de l'égalité socialiste (SEP), intitulé «Mettre fin à la seconde Nakba signifie mobiliser les travailleurs contre les conservateurs et les travaillistes! » expliquait:

«L’expulsion massive fut réalisée grâce à une terreur systématique impliquant au moins 31 massacres. Les Palestiniens chassés, ainsi que leurs descendants, se sont vu interdire de retourner en Israël et leurs maisons et leurs biens furent saisis ».

Une partie de la foule écoute les discours lors de la manifestation à Londres, le 19 mai 2024

«Aujourd’hui, une seconde Nakba est menée par Israël, avec des armes encore plus destructrices de meurtre de masse et de terreur – visant au nettoyage ethnique de Gaza, qui sera suivi par celui de la Cisjordanie. Et les horreurs se sont démultipliées, 800 000 personnes étant piégées à Rafah et un demi-million forcées de fuir vers les zones en ruines qu’elles ont si récemment laissées derrière elles. Le bilan de plus de 35 000 tués et 80 000 blessés s’alourdit de jour en jour.»

En tête de la manifestation, des Palestiniens portaient des clés comme symbole de leur intention de retourner sur leurs terres volées. La manifestation comprenait un important cortège d'étudiants impliqués dans les quelque 25 occupations de campus ayant lieu à l'échelle nationale. Il y eut un affrontement à Piccadilly Circus avec un groupe de sionistes, brandissant des drapeaux israéliens et cherchant à bloquer le parcours de la marche ; des manifestants ont alors scandé «Honte !», parmi eux des participants juifs qui manifestaient pour défendre les Palestiniens.

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Le tract du SEP mettait en avant une perspective permettant aux manifestations anti-génocide d'atteindre leurs objectifs. Il expliquait qu’aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans d’autres pays impérialistes:

«Tous les partis de l’establishment, au gouvernement ou dans l'opposition, soutiennent inconditionnellement le génocide israélien, arment les Forces de défense israéliennes, calomnient les manifestants qui réclament un cessez-le-feu en les qualifiant d'antisémites, répriment brutalement les manifestations sur les campus et dans les rues et, comme au Royaume-Uni, préparent des lois pour les criminaliser ».

«Après sept mois de cette horreur, il est temps pour le mouvement de protestation concernant Gaza de prendre une nouvelle direction. Il ne suffit pas de continuer à exiger un cessez-le-feu, comme si qui que ce soit écoutait dans les milieux dirigeants. Les puissances impérialistes considèrent le génocide de Gaza comme un front dans une guerre mondiale pour un nouveau partage du monde et de ses ressources, qui comprend la guerre par procuration menée par l'OTAN contre la Russie en Ukraine, les plans d'une guerre contre l'Iran au Moyen-Orient et l'intensification des tensions avec la Chine ».

«Ce qu’il faut, c’est une orientation politique systématique pour mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière contre ces criminels de guerre.»

Le tract indiquait que les millions de travailleurs et de jeunes qui sont descendus dans la rue pour s'opposer au génocide de Gaza savent qu'«il n'y a pas sur l’essentiel de réelles divergences entre conservateurs et travaillistes» et «détestent Starmer et ses députés pour avoir soutenu les meurtres de masse en invoquant ‘le droit à la légitime défense’ d’Israël et pour avoir refusé même d'appeler à un cessez-le-feu immédiat et permanent ».

«Mais cette vague d’opposition a été limitée à diverses manifestations inefficaces – menaçant avant tout de soutenir aux élections législatives tout candidat favorable à un cessez-le-feu dans l’espoir que Starmer serait contraint de changer de cap par certains députés travaillistes désireux de sauver leur peau. Sur une telle base, rien ne changera ».

«Il faut se tourner vers les usines et les lieux de travail pour mobiliser la classe ouvrière afin qu’elle organise des blocus et organise des actions revendicatives pour empêcher le gouvernement de fournir des armes et d’autres aides à Israël. Cela ne se produira pas sans que les travailleurs de la base ne s'organisent pour défier politiquement les dirigeants syndicaux, comme les «amis de la Palestine» qui parlent à gauche et n'ont rien fait pour mobiliser leurs membres depuis octobre. »

Le tract se terminait avant tout par un appel aux travailleurs et aux jeunes à construire leur propre parti, le SEP, qui présentera des candidats aux prochaines élections législatives, «résolus à développer un mouvement politique de masse indépendant des travailleurs et des jeunes contre le génocide à Gaza, la guerre en Ukraine et les projets de guerre contre l’Iran et la Chine ».

Le SEP s'est entretenu avec plusieurs manifestants au stand du parti à la fin de la manifestation.

Arun avait participé à des manifestations au Royaume-Uni et en Inde. Il a souligné que les puissances impérialistes, «dirigées par les États-Unis, ne veulent que la domination et l’hégémonie au Moyen-Orient […] Israël est comme un rempart permettant aux puissances impérialistes de garantir leurs intérêts. Je ne crois pas qu’un pays impérialiste ne mette fin à cela ».

«En Inde, nous sommes confrontés à des difficultés à cause du gouvernement de Narendra Modi et du fascisme hindou, nous constatons des similitudes. La classe dirigeante indienne soutient la classe dirigeante israélienne, les exportations d’armes augmentent […] Il existe de nombreux théâtres de guerre régionaux, l’Ukraine, la Palestine, l’Iran et peut-être Taïwan, et le danger d’une Troisième Guerre mondiale ».

« Qu’ont apporté les protestations contre la guerre en Irak en 2003, lorsque des millions de personnes ont manifesté dans le monde entier? La question humanitaire soulève des questions politiques. S’il existe une conscience politique et un leadership, nous pouvons mobiliser l’action de la classe ouvrière pour mettre fin aux livraisons d’armes vers Israël. Si les étudiants mènent une lutte militante, si le mouvement démocratique converge avec le mouvement politique conscient de la classe ouvrière, il y a un énorme potentiel.»

Arun présentant une copie du tract du SEP

Ethan, des États-Unis, a déclaré: «Sur mon campus universitaire, dans le Colorado, il y a eu de très grandes manifestations, et elles sont devenues d'une violence choquante de la part de la police. Les gens au pouvoir – Netanyahou, Biden, Sunak – en raison du complexe militaro-industriel, la guerre est devenue une chose qui doit se produire, que ce soit en Ukraine, à Gaza ou ailleurs, et à cause de cela, ils laisseront de mauvais acteurs comme Netanyahou commettre des actes indescriptibles. Au lieu d’écouter ce que les gens réclament, ils appellent simplement la police à réprimer brutalement tout ce qui ressemble à un mouvement démocratique ».

Ethan

«La classe ouvrière n’est pas alignée sur eux. Ils en sont pleinement conscients et on tente d'effrayer la classe ouvrière pour qu'elle ne s'organise pas. Pour la plupart, les démocrates et les républicains sont favorables à la répression policière […] Biden dira: ‘Oui, nous arrêtons une livraison d’armes vers Israël’, mais quelques semaines plus tard: ‘Oui, nous allons vous donner un milliard de dollars supplémentaire’. Le système n’est pas pour nous et c’est pourquoi les choses doivent changer ».

Rania, une étudiante, a déclaré: «Je pense que le Royaume-Uni a commis des crimes atroces, tout comme les États-Unis. Même si de nombreuses personnes sont clairement opposées à ce que fait le gouvernement israélien depuis six ou sept mois, rien n’a réellement changé ».

«Je ne veux pas que l'argent que nous étudiants payons en frais universitaires serve à financer ce génocide. Les manifestations étudiantes à travers le monde sont incroyables ».

«On nous dit depuis notre plus jeune âge que l'Occident est censé être la seule démocratie au monde. Nous savons que ce n'est pas vrai. Mais on nous a appris à lutter pour la liberté d’expression toute notre vie. Et je pense que nous exerçons simplement ce qu'on nous a appris ».

«C'est frustrant que rien ne se passe. Nous avons le pouvoir de faire quelque chose et d’essayer d’apporter un changement. »

Depuis la tribune, aucune perspective n’a été avancée pour mener une offensive politique contre les partis pro-impérialistes du génocide et de la guerre. Cela incluait plusieurs orateurs palestiniens et musulmans, ainsi que qu’une représentante du Bloc juif, Emilie Stevenson, du groupe britannique antisioniste Na'amod.

Ahmed Alnaouq, journaliste et organisateur de l'ONG palestinienne We Are Not Numbers, a déclaré: «Il est temps de délaisser les travaillistes et les conservateurs qui sont complices des crimes de guerre contre la population de Gaza.» Leanne Mohamad, la candidate indépendante d’Ilford North opposée au travailliste sioniste et ministre fantôme de la Santé, Wes Streeting, a condamné le Parti travailliste pour s’être «fait l’écho de toutes les positions de vos suzerains impériaux américains».

Mais Andrew Murray, le leader stalinien de la coalition Stop the War, n’a pas appelé à la construction d’une alternative politique au Parti travailliste, car cela aurait rendu impossible la présence des orateurs vedettes Jeremy Corbyn et de son ancien ministre des Finances fantôme, John McDonnell.

Même silence de la part d’Eddie Dempsey, un stalinien de premier plan au syndicat RMT (Rail, Maritime, Transports), également chargé de camoufler le refus des syndicats de s'organiser contre la collusion britannique avec le génocide.

Délivrant un «message personnel» de solidarité de la part de «mon secrétaire général Mick Lynch», il a décrit les étudiants «occupant les campus ici à Londres et dans le monde» comme «une inspiration». Mais il n’a rien proposé comme action aux membres du RMT avant sa conclusion rhétorique: «Continuez à marcher, continuez à vous battre, exigez que vos syndicats se joignent à nous [!]. Et ensemble, nous demanderons des comptes à ces politiciens [restés sans noms]. »

Fran Heathcote, secrétaire générale du syndicat des Services publics et commerciaux (PCS), a voulu «expliquer à quel point la solidarité palestinienne est importante pour le syndicat que je dirige», mais n’a pu citer qu’un don de 10 000 livres à Medical Aid for Palestine. L'année dernière, le PCS avait un revenu annuel de près de 26 millions de livres et un excédent de plus de 2,1 millions de livres. Heathcote a accepté cette année une augmentation de salaire de 10 pour cent par rapport au salaire de 103 000 livres de son prédécesseur, soit plus que les 10 000 livres donnés à l'aide médicale.

Corbyn n’a, une fois de plus, rien dit sur le Parti travailliste ou sur Starmer. Sa seule mention de la situation politique au Royaume-Uni était une seule phrase: «Nous ne cesserons d’exiger que le gouvernement britannique arrête de fournir des armes.»

Jeremy Corbyn (à droite) s'exprimant au rassemblement de Londres, le 18 mai 2024

McDonnell a fait une annonce importante: «Lundi, [le fondateur de WikiLeaks] Julian Assange sera au tribunal pour l'audience la plus cruciale de sa vie. S'il perd cela, il sera extradé vers les États-Unis et encourt une peine de 175 ans de prison. Venez nous rejoindre lundi matin à 8h30 à la Haute Cour du Strand pour soutenir Julian Assange pour le travail qu'il a accompli ».

Mais il n'a jamais mentionné le soutien du Labour à la persécution d'Assange, et encore moins le rôle clé joué par Starmer en tant qu'ancien directeur (2008-2013) du Service britannique des poursuites judiciaires (CPS) lorsque le ministère public traitait d'une demande d'extradition d'Assange par la Suède basée sur de fausses allégations sexuelles, d'où il serait envoyé aux États-Unis. Starmer se rendit à Washington en 2009, 2011, 2012 et 2013. En 2013, le CPS a déconseillé à la Suède d'accepter d'interviewer Assange à Londres, insistant: «Ne vous avisez pas d’avoir la frousse». McDonnell n’a pas non plus mentionné que lui et Corbyn ont tous deux gardé le silence sur le cas d’Assange pendant près de cinq ans à partir de 2015 – afin de ne pas entrer en conflit avec la droite travailliste – lorsque Corbyn était leader travailliste et McDonnell ministre fantôme des Finances.

Le reste du discours de McDonnell fut un récit intéressé de sa «campagne» pour permettre aux enfants gazaouis de venir au Royaume-Uni pour un traitement médical, sans qu'aucune explication ne soit donnée de son refus de faire campagne contre le soutien du Parti travailliste à Israël.

(Article paru en anglais le 20 mai 2024)

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