Mardi, le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l'égalité socialiste, SGP) a organisé un rassemblement contre le génocide à Gaza dans le cadre de sa campagne pour les élections européennes dans le quartier de Neukölln à Berlin. Une centaine de travailleurs et de jeunes ont participé à l'événement.
Les candidats aux élections européennes du SGP, Christoph Vandreier, Ulrich Rippert, Angela Niklaus et Tamino Wilck, ont présenté une perspective socialiste internationale contre le barrage de la propagande de guerre et le cours génocidaire pro-guerre du gouvernement allemand de coalition et de tous les partis de l'establishment.
Pour commémorer la Nakba il y a 76 ans et exiger la fin du génocide, «environ dix mille personnes sont descendues dans la rue en Allemagne. Rien qu’à Londres, un quart de million de personnes a manifesté», a déclaré Angela Niklaus en ouvrant son discours. «Le Sozialistische Gleichheitspartei salue le courage des manifestants en Europe et dans le monde entier ».
La classe dirigeante tentait de Réprimer les manifestations avec les méthodes de l'État policier « parce qu'elle a peur! Elle a peur que les manifestations anti-génocide s'associent à la colère sociale de la classe ouvrière contre le gouvernement et les patrons des syndicats », a-t-elle déclaré. « De larges pans de la population s'appauvrissent » et, au lieu d'investir dans des systèmes d'aide sociale, « des centaines de milliards d'euros sont consacrés à l'armement de la Bundeswehr [l’armée allemande], à la fourniture de systèmes d'armes et à la militarisation de la société ».
Quiconque rejette le génocide et la guerre devrait rejoindre le Sozialistische Gleichheitspartei, car « nous rejetons toute perspective nationale ». La lutte contre la bourgeoisie et sa politique de génocide et de guerre « ne peut être gagnée avec Varoufakis et son MERA25 [Front européen de désobéissance réaliste], ni avec RIO ou tout autre groupe de la pseudo-gauche, ni avec des syndicalistes plus militants. Leur perspective signifie la subordination aux institutions de la bourgeoisie », a déclaré Niklaus. « Ils défendent tous la préservation du système capitaliste, qui est responsable de la Nakba et des deux guerres mondiales ».
« Avec notre perspective socialiste internationale, nous nous appuyons sur la classe ouvrière internationale, qui est la seule force sociale capable de mettre fin aux génocides et aux guerres».
Tamino Wilck, membre du SGP et membre de l’Internationale des Jeunes et des étudiants pour l’égalité sociale (International Youth and Students for Social Equality – IYSSE), a axé ses propos sur les violences policières à l’encontre des étudiants et d’autres opposants à la guerre.
L’État réagissait par une répression brutale à la vague de protestation qui s’étend dans les universités de nombreux pays, «et qui rappelle fortement les manifestations de 1968». «Tout comme la politique étrangère de la classe dirigeante soutient à nouveau le génocide, elle revient également aux méthodes des nazis dans sa politique intérieure ».
Wilck a décrit les violences policières contre les étudiants et la campagne de haine déclenchée par les politiciens et les médias, avant tout la ministre allemande de l’Éducation Bettina Stark-Watzinger (libérale-démocrate, FDP) et le tabloïd Bild, contre les chargés de cours des universités berlinoises parce qu’ils avaient déclaré dans une lettre ouverte qu’il était de leur devoir « de protéger leurs étudiants et de ne les livrer en aucun cas à la violence policière ».
Wilck a lancé un appel aux élèves et aux étudiants: «Nous devons aller sur les lieux de travail et mobiliser les travailleurs contre le génocide. Les travailleurs doivent préparer des manifestations et des grèves pour arrêter l’industrie de la guerre».
Il a établi un lien entre le soutien inconditionnel du gouvernement allemand au gouvernement fasciste de Netanyahou et la répression intérieure d’une part, et la guerre de l’OTAN contre la Russie d’autre part. Il a décrit comment «le gouvernement allemand travaille avec des antisémites déclarés et des extrémistes de droite en Ukraine pour monter sa guerre contre la Russie».
«Fin avril, notre camarade Bogdan Syrotiuk, membre dirigeant de la Jeune Garde des Bolcheviks-Léninistes, a été arrêté par les services secrets ukrainiens» parce qu’en tant que «marxiste et internationaliste de principes, il lutte pour la fin de la guerre en Ukraine et l’unification de la classe ouvrière russe et ukrainienne».
Christoph Vandreier, président du SGP, a déclaré: «En tant que Sozialistische Gleichheitspartei, nous nous présentons aux élections européennes pour construire un mouvement international contre la guerre, contre les génocides et contre leur cause profonde, le capitalisme». Cela signifiait qu’il fallait construire «ici en Allemagne, un mouvement contre le militarisme allemand». «Quatre-vingt ans après la Seconde Guerre mondiale, les chars allemands sont à nouveau déployés contre la Russie et la classe dirigeante revient aux méthodes du génocide».
Vandreier a fait référence au procureur de la Cour pénale internationale (CPI), qui avait «demandé des mandats d’arrêt contre Netanyahou et Gallant». Mais ce n’était pas seulement Netanyahou et Gallant qui avaient leur place sur le banc des accusés, devaient y être également ‘Génocide-Joe’ Biden, le chancelier Olaf Scholz et la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock.
«Mais, prévient Vandreier, il ne faut pas s’imaginer que la Cour pénale internationale, les Nations unies ou n’importe quel régime capitaliste de la planète vont mettre fin au génocide. Autant demander à un loup de devenir végétarien».
Vandreier dit avec insistance:
Le génocide de Gaza fait partie d’un conflit mondial pour un nouveau partage du monde. En Ukraine, l’OTAN mène une guerre par procuration contre la Russie, qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de jeunes. Pour affirmer ses intérêts géostratégiques, elle a même pris le risque d’une guerre nucléaire. Et la guerre contre la Russie n’est que le précurseur d’une guerre contre la Chine, qui aurait de tout autres dimensions.
Au cours des 30 dernières années, les puissances de l’OTAN ont «mené des guerres qui ont coûté plus d’un million de vies». Les images de Gaza montrent les atrocités qu’elles sont prêtes à commettre pour défendre leurs intérêts géostratégiques et économiques. «Le fait que les puissances de l’OTAN reviennent aux méthodes du génocide» ne montrait pas seulement la faillite du régime de Netanyahou, des gouvernements Scholz et Biden. Il montrait aussi «la faillite de l’ensemble du système capitaliste ».
Vandreier a encore déclaré en insistant: «Si le capitalisme n’est pas renversé, des conditions comme celles créées à Gaza menacent le monde entier». Ce n’étaient pas les nombreux travailleurs et jeunes qui exprimaient leur solidarité avec les Palestiniens opprimés qui étaient antisémites. «C’est la classe dirigeante en Allemagne qui renoue avec ses racines fascistes en envoyant des chars allemands contre la Russie, en déclarant que le génocide est ‘raison d’État’ et en s’armant à un degré jamais atteint depuis Hitler».
Les appels aux partis et aux gouvernements «qui soutiennent le génocide» étaient «illusoires et réactionnaires». Il en allait de même pour les partisans d’un «ordre mondial multipolaire», qui «placent leurs espoirs dans l’un ou l’autre régime capitaliste. Aucun n’arrêtera le génocide! Aucun n’empêchera une troisième guerre mondiale».
Ulrich Rippert, président d’honneur du SGP, a conclu le rassemblement par un appel passionné:
Nous sommes le seul parti qui place la lutte contre la guerre et les génocides au centre de la campagne électorale européenne. Et nous ne nous contentons pas de lancer un appel, nous ne nous contentons pas d’exiger l’intervention de la classe ouvrière internationale, nous organisons cette intervention internationale.
Nous sommes un parti mondial révolutionnaire socialiste international. Nous opposons au bellicisme national et aux cris assourdissants de la propagande de guerre l’unité internationale et la coopération internationale de la classe ouvrière.
«Toutes les catastrophes qui ont affligé l’humanité au 20e siècle – guerre mondiale, génocide, largage de bombes atomiques, fascisme, crises économiques, pandémies – trouvent leur origine dans le capitalisme», a déclaré Rippert, un système social «basé sur la propriété privée des moyens de production et la division du monde en États-nations».
«Il n'est pas exagéré de dire que le danger d’une troisième guerre mondiale n’a jamais été aussi grand qu’aujourd'hui. Mais le mouvement contre cela lui aussi, s’accroît», a expliqué Rippert, faisant référence à la radicalisation de la lutte des classes, qui s’est également manifestée dans les grèves menées par des milliers de gens en Europe et dans le monde contre les mauvaises conditions de travail et les faibles salaires. Il était cependant nécessaire de «briser le carcan des syndicats et de développer une large mobilisation de la classe ouvrière. Pour ce faire, la classe ouvrière a besoin de son propre parti, le Sozialistische Gleichheitspartei».
De nombreux participants au rassemblement ont écouté les discours avec grand intérêt et ont ensuite discuté des questions soulevées avec les membres du SGP. Un large consensus s’est dégagé sur la nécessité de mobiliser et d’unir la classe ouvrière internationale dans la lutte contre la guerre et le génocide.
Les propos clairs des candidats sur la responsabilité du gouvernement allemand, la coalition des sociaux-démocrates, des libéraux-démocrates et des Verts, dans le génocide et les violences policières ont rencontré une grande approbation dans l’assistance. «Enfin, un parti qui défend vraiment les Palestiniens opprimés», ont applaudi trois lycéens de Berlin et du Brandebourg, impressionnés par la perspective socialiste du parti comme réponse à la guerre et au capitalisme.
Nadine, qui s’est réfugiée en Allemagne pour échapper à la guerre en Syrie et utilise un pseudonyme par crainte d’être expulsée, a déclaré: «Tout ce que vous dites est vrai». Elle a particulièrement apprécié le fait que «le SGP est en faveur de l’unité de la classe ouvrière internationale». «Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons mettre fin aux guerres». Les gouvernements des puissances impérialistes ne pensaient « qu’à leurs intérêts, ils ne s’intéressent pas à nous».
Une autre participante, originaire de l’ex-Yougoslavie, a elle aussi rejeté la division des «peuples en fonction des nationalités». Elle a accusé le «gouvernement allemand, notamment le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer (vert)», d’avoir «bombardé » sa patrie et forcé sa famille à fuir. «Ici, nous ne sommes que des personnes de seconde zone. Je n’ai pas le droit de rester parce qu’il n’y a plus de guerre dans mon pays».
Elle a fait allusion avec colère à la pauvreté abjecte dans laquelle se trouvent jetés de larges pans de la classe ouvrière de l’ex-Yougoslavie: «Mais à quoi a-t-on affaire là-bas!». L’Allemagne avait «déjà recouru à la guerre» pour faire valoir ses intérêts.
Un étudiant d’une université berlinoise a déclaré qu’il trouvait normal que le SGP se batte contre le génocide. Il avait lu le World Socialist Web Site et également lu beaucoup de choses sur la perspective du SGP, mais il ne comprenait pas pourquoi le SGP parlait toujours de «lutte des classes», de «la bourgeoisie et de l’avidité pour le profit». Un «vocabulaire plus simple ne serait-il pas préférable», a-t-il demandé, au lieu de mots tels que «conscience de classe socialiste»?
Dans sa réponse, Angela Niklaus a insisté sur la nécessité de nommer clairement les deux classes irréconciliables, «la bourgeoisie et le prolétariat» et d’expliquer les raisons de la guerre des classes et de la guerre tout court. «Il n’y a pas de raccourci qui évite de mener la lutte politique qui est nécessaire ». Tout le reste ne serait qu’un «tour de passe-passe» qui empêcherait une lutte sérieuse et conduirait à l’échec.
Plusieurs participants ont parlé de leurs craintes pour les membres de leur famille restés dans la bande de Gaza. Certains n’ont reçu aucun signe de vie depuis des semaines. Hussein, originaire d’Égypte, a souligné l’importance de comprendre «l’ensemble du développement historique» du sionisme et de l’oppression en Palestine depuis 1947-1948. Le livre The Logic of Zionism – From Nationalist Myth to the Gaza Genocide (La logique du sionisme – du mythe nationaliste au génocide de Gaza) de David North est consacré à l’explication de ce contexte historique et a suscité un grand intérêt.
(Article publié en anglais le 24 mai 2024)
