La répression des manifestations contre le génocide de Gaza s'est intensifiée mardi soir avec l'arrestation de 40 personnes par la police métropolitaine de Londres. Ces arrestations ont eu lieu suite à une manifestation d'environ 10 000 personnes devant Downing Street, la résidence du premier ministre.
La manifestation a été réprimée en vertu des dispositions contenues dans loi draconienne de l’Ordre public et la Clause 35 de la Loi sur la sécurité et les comportements anti-sociaux de 2014.
Le « Rassemblement d’urgence Ne touchez pas à Rafah, Arrêtez le génocide» a été convoqué par la Campagne de solidarité avec la Palestine, la Stop the War Coalition et d'autres groupes en réponse à la frappe aérienne de l’armée israélienne sur un campement de tentes à Rafah dimanche, qui a fait au moins 45 morts. Ces groupes ont organisé les nombreuses manifestations pacifiques dans la capitale depuis le début de l'attaque israélienne contre les Palestiniens en octobre dernier.

Alors que la manifestation devait commencer à 18 heures, la police a imposé des conditions en vertu de la Loi sur l'ordre public, exigeant qu'elle se termine deux heures plus tard et que tout le monde quitte la zone.
La Police métropolitaine de Londres (‘Met’) a reconnu dans une déclaration intéressée que la grande majorité des gens étaient partis dans le temps fixé, mais a affirmé qu'«environ 500 d'entre eux étaient restés à Whitehall» [la principale route où sont situés les ministères et aussi Downing Street] et avaient «continué à protester, les conduisant à violer les conditions en vigueur».
Elle affirma que «Les agents ont procédé à des échanges intensifs avant de procéder à un certain nombre d'arrestations pour non-respect des conditions. Alors qu’ils s’approchaient, certains éléments dans la foule ont résisté physiquement, obligeant les policiers à recourir à la force pour extraire les personnes arrêtées ».
« Les manifestants se sont ensuite lancés dans une marche séparée, se dirigeant jusqu'à Bridge Street, à proximité de la station de métro Westminster, où des cordons ont été mis en place pour les arrêter. »
La Met a également affirmé: «D’autres occasions furent accordées pour permettre au groupe de se conformer aux conditions. Il a également été informé qu'il provoquait une obstruction de la voie publique».
Peu avant 22h00, des policiers en tenue anti-émeute ont commencé une série d'arrestations, pénétrant dans la foule et arrêtant les personnes soupçonnées d'avoir dirigé la manifestation séparée. Ceux qui furent arrêtés l’ont été pour «délits, violation notamment des conditions de la Loi sur l’ordre public, obstruction de la voie publique et agression de secouristes».
Le communiqué note que dans le cas d'autres personnes, sans donner de chiffre sur le nombre des personnes impliquées, «leurs coordonnées ont été recueillies et elles ont été informées qu'elles faisaient toujours l'objet d'une enquête en relation avec les événements de mardi soir […] Ceux qui ont refusé de fournir leurs coordonnées ont également été arrêtés».
Réfutant ce récit aseptisé, des preuves vidéo montrent qu’on avait préparé la police à attaquer les manifestants et à les arrêter, utilisant ce que la police de Westminster a ensuite décrit comme des «équipes d'arrestation spécialisées». De nombreux policiers impliqués dans l'opération portaient des tenues anti-émeutes, et même ceux portant l’uniforme habituel menaçaient les manifestants de leurs matraques dégainées.
Pour présenter le siège du gouvernement comme envahi par les manifestants et justifier des arrestations de masse, la police a exagéré les chiffres. Au lieu de 500 manifestants restant dans la zone, des photos et clips vidéo montrent qu’ils étaient moins de 300.
Beaucoup ne savaient peut-être pas qu’ils devaient quitter la zone à 20 heures, car cela ne fut stipulé qu’à 19 h 17, selon un message sur X du compte de la police de Westminster, reposté ensuite sur le compte Met Police X.
Le message de la police de Westminster disait: «Le taux de participation a largement dépassé les estimations des organisateurs. Pour garantir la sécurité de tous les participants, nous avons fermé Whitehall à la circulation. »
« Nous avons posé une nouvelle condition exigeant que la manifestation se termine à 20 heures et nous rouvrirons la route dès que possible après cela. »

À 23h49, la police a publié un tweet indiquant: « Une ordonnance de dispersion en vertu de l'article 35 est désormais en vigueur dans tout Westminster. »
La répression policière a fait l’objet de gros titres criards dans la presse de droite et d’exigences en faveur d’une répression plus poussée. Le Daily Mail a écrit: «De violentes foules pro-palestiniennes ont affronté la police à l’extérieur de Downing Street alors que des images choquantes montrent des agents de la police de Londres en tenue anti-émeute tentant de reprendre le contrôle face au chaos.» La police avait dû agir, selon le Mail, car elle était confrontée à «des foules massives scandant des mots d’ordre, bloquant les routes et semant la pagaille dans les rues».
The Sun a dénoncé un «chaos des manifestants» où «une partie de la foule [avait] résisté à l’arrestation, ce qui a obligé les policiers à recourir à la force pour expulser ceux ayant été arrêtés avant que la manifestation ne se disperse».
Le journaliste principal de l'Express Ciran McGrath a écrit à propos d'un clip diffusé sur les réseaux sociaux: «Des manifestants pro-palestiniens incontrôlables provoquent la police dans une vidéo choquante dans le centre de Londres».
Mais le Mail a également republié des images de manifestants violemment frappés par un policier. S'adressant à la Police londonienne l’auteur du message original écrivait : « Salut la Met, je ne crois pas s'il s'agisse d'un comportement très professionnel de la part d’agents qui se battent avec des membres du public lors d'une manifestation pacifique. Ma tante âgée a reçu un coup de poing sur le bras [par] un agent psychotique en colère. »

Ces arrestations ont eu lieu trois jours seulement après que la police soit intervenue pour faire évacuer et arrêter les manifestants qui occupaient un bâtiment administratif de l'université d'Oxford. L'occupation était une extension d'un campement étudiant en cours.
Le même jour, un petit groupe de sionistes, dans un acte de provocation autorisé par la police, a réussi à bloquer une route principale et à stopper temporairement une marche de centaines de manifestants pro-palestiniens à Manchester.
Depuis le début des manifestations de masse à Londres, qui ont mobilisé collectivement plus de 4 millions de personnes dans 13 manifestations contre le génocide israélien, les forces de droite et fascistes insistent pour qu’on intensifie la répression, la police étant de façon ridicule accusée de parti-pris pro-palestinien.
Parmi les tweets inclus dans l’article du Mail, il y en avait un du groupe d’extrême droite Turning Point, qui décrivait une scène ainsi: «Les partisans de la Palestine envahissent les rues autour du Parlement et commencent à frapper sur les véhicules. Il semblerait que la police ait disparu…»
Ces inquiétudes sont motivées par le fait que les manifestations de Londres font partie d’un mouvement mondial croissant contre le massacre des Palestiniens. Le titre du Mail diabolisant les manifestations de Londres faisait référence aux événements dans le contexte «d'une nuit qui a été marquée par le chaos en France et en Italie».
Il écrivait avec inquiétude :
Mardi, d’énormes manifestations ont également eu lieu en France, en Italie et en Pologne, alors que des militants manifestaient leur soutien à la Palestine déchirée par la guerre.
Hier soir, Paris et Bologne ont vu des manifestants bloquer les routes et escalader des monuments historiques tandis que des militants qualifiaient Israël d'«assassins» après la frappe aérienne meurtrière de dimanche.
Des milliers de Français ont envahi des villes comme Paris, Lille, Lyon et Strasbourg pour montrer leur solidarité.
Des images filmées en France montraient des manifestants brandissant des drapeaux rouge, blanc, noir et vert tout en enfilant des keffiehs et scandant «Nous ne tuons pas d'enfant, qu'il soit juif ou palestinien: arrêtez les bombardements, libérez la Palestine» et «Rafah, Gaza, nous sommes avec vous».
A Paris, des milliers de gens se sont rassemblés place de la République pour afficher leur soutien indéfectible.
Samedi, dans le cadre d'une provocation majeure contre les manifestants anti-génocide, le fasciste Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Christopher Yaxley, ex-dirigeant de l’English Defence League et repris de justice, organisera une manifestation à Londres, « Debout contre une police partiale».
Se prétendant victime d'une police injuste, la manifestation défilera dans le centre de Londres et se terminera sur la place du Parlement.
Mercredi, trois jours avant la marche, Robinson a publié un fil de discussion dans lequel les mots suivants étaient inscrits sur un drapeau palestinien: «F**k Palestine, F**k Hamas, F**k Islam. Envie de protester? Foutez le camp dans un pays musulman pour manifester. »
La marche de Robinson a lieu en même temps que des manifestations anti-génocide dans la capitale, ainsi qu'une marche du groupe Stand Up to Racism [Debout contre le racisme] sous le mot d’ordre «Unis contre Tommy Robinson».
(Article paru en anglais le 30 mai 2024)
