La saison 2024 des incendies de forêt au Canada a commencé tôt, suscitant des craintes que le pays ne connaisse un retour des incendies dévastateurs de l'année dernière, qui ont forcé des milliers de personnes à fuir leurs maisons et ont étouffé des millions de personnes à travers l'Amérique du Nord avec de la fumée. Les incendies sont le résultat direct du changement climatique induit par le capitalisme, les gouvernements de toutes tendances politiques aux niveaux fédéral et provincial créant les conditions d'une aggravation des brasiers et retenant les ressources nécessaires pour faire face à la crise qui s’aggrave.
Les incendies de forêt se concentrent actuellement dans les provinces de l'ouest du Canada, à savoir la Colombie-Britannique et l'Alberta, les Territoires du Nord-Ouest ainsi que dans la province des prairies du Manitoba. La majorité d'entre eux, environ 112, brûlent en Colombie-Britannique, 31 en Alberta et neuf au Manitoba.
Des milliers de personnes ont été évacuées des communautés situées à proximité des incendies. Neuf incendies en Colombie-Britannique sont considérés comme hors de contrôle, y compris ceux situés à proximité de la communauté de Fort Nelson, où environ 3500 résidents ont été évacués.
Un important incendie près de la ville de Flin Flon, dans le Manitoba, est maintenant considéré comme maîtrisé, mais pas avant qu'environ 700 résidents aient été contraints d'évacuer.
Environ 6600 habitants du sud de Fort McMurray, en Alberta, centre de l'industrie canadienne d'extraction des sables bitumineux à forte intensité de carbone, qui a connu en 2016 un gigantesque incendie de forêt devenu la catastrophe naturelle la plus coûteuse du pays, ont été évacués ce mois-ci en raison d'incendies à proximité, mais ils ont depuis regagné leurs maisons. Les incendies continuent de brûler mais sont considérés comme maîtrisés.
La province de Québec, qui comptait environ 164 feux de forêt actifs au plus fort de la saison record de 2023, a connu un début d'année relativement calme, bien qu'il y ait déjà eu plus de 80 incendies de forêt. Les scientifiques pensent que les conditions plus humides et l'absence de sécheresse printanière sévère dans la province expliquent le nombre moins élevé d'incendies.
Bien que les températures plus fraîches et la pluie aient permis de maîtriser plusieurs des plus grands incendies de forêt dans l'ouest du Canada, les projections indiquent des températures globales plus élevées pour l'été, exacerbées par les effets d'El Niño. L'hiver dernier a été marqué par des précipitations inférieures à la moyenne, ce qui a créé des conditions favorables aux sécheresses de la fin du printemps et de l'été, qui alimentent les incendies.
Selon le ministre fédéral de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, «les premières projections pour 2024 indiquent la possibilité d'une activité d'incendie précoce et supérieure à la normale au cours des mois de printemps, en raison des prévisions de sécheresse en cours». Le ministre libéral a lancé cet avertissement lors d'une conférence de presse tenue en avril sur les prévisions concernant la saison des incendies de 2024.
«Les incendies de forêt ont toujours existé au Canada. Ce qui est nouveau, c'est leur fréquence et leur intensité. Et la science est claire : la cause première de ce phénomène est le changement climatique», a ajouté Wilkinson.
Pour lutter contre cette épidémie de feux de forêt qui ne cesse de s'aggraver, les pompiers sont de moins en moins nombreux et mal payés. Les pompiers saisonniers de l'Alberta commencent à 22,44 dollars de l'heure, contre 27,58 dollars en Colombie-Britannique et 30,52 dollars pour le service de lutte contre les incendies de Parcs Canada.
Les pompiers qui combattent les incendies de forêt au Québec gagnent à peine plus de 20 dollars de l'heure. Daniel Cloutier, directeur de la section québécoise d'UNIFOR, qui représente les pompiers, a admis qu'il y a un fort taux de rotation pour ces postes en raison de la faible rémunération. Les pompiers étant considérés comme un «service essentiel», ils ne sont pas autorisés à faire grève, bien qu'ils aient voté massivement en faveur de la grève en mai dernier. La réponse d'UNIFOR, dans le cadre de son programme de maintien du cadre de négociation collective utilisé pour étouffer les luttes des travailleurs, a été de lever les bras au ciel et de prétendre que rien ne peut être fait pour s'opposer à ces attaques contre les droits démocratiques des travailleurs.
La majorité des pompiers au Canada sont des volontaires, et leurs rangs ne cessent de diminuer, passant de 126.000 en 2016 à 90.000 ces dernières années. La nature dangereuse de ces emplois et la faible rémunération ont forcé des milliers de personnes à quitter le service.
La précarité des emplois des pompiers volontaires s'inscrit dans le cadre de l'attaque menée depuis des décennies par la classe dirigeante contre les emplois des travailleurs et les conditions sociales en général. Alors que les salaires des travailleurs stagnent depuis des décennies et que les licenciements massifs se multiplient en raison du régime de taux d'intérêt élevés sciemment mis en place par les banques centrales, la rentabilité des entreprises canadiennes ainsi que la richesse et les revenus des 10 % les plus riches de la société ont grimpé en flèche, en particulier depuis le début de la pandémie de COVID-19 en 2020.
Comme l'année dernière, de nombreux incendies se déclarent près du cercle polaire arctique, dans les tourbières boréales qui s'étendent sur toute la longueur des régions septentrionales du pays. Ces tourbières sont des puits naturels de dioxyde de carbone, mais des décennies d'exploitation forestière et d'extraction de pétrole et de gaz ont détruit de vastes étendues de ces écosystèmes, libérant des millions de tonnes d'émissions de carbone. Ce phénomène a joué un rôle important dans l'augmentation des températures mondiales, allongeant ainsi les saisons des feux de forêt et les rendant plus intenses.
Dans une interview [en anglais] accordée en 2023 au World Socialist Web Site, la Dre Ellen Whitman, spécialiste canadienne des incendies de forêt, a décrit comment des incendies plus fréquents et plus importants modifient les forêts boréales de conifères, généralement résistantes, et peuvent entraîner une évolution du type de forêt vers une forêt dominée par les feuillus, qui sont moins résistants aux incendies de forêt.
L'année dernière, les incendies de forêt au Canada ont été les pires jamais enregistrés, brûlant environ 18 millions d'hectares de forêt. Plus de 150.000 personnes ont été évacuées de leur domicile à cause de ces incendies. Au moins 17 personnes, dont quatre pompiers, sont mortes des suites de ces incendies.
Les incendies ont également recouvert de suie toxique une grande partie de l'Amérique du Nord pendant des semaines. Les indices de qualité de l'air dans des villes très éloignées des incendies, de Montréal à New York et au-delà, se sont classés parmi les pires au monde. Les travailleurs des usines automobiles du Midwest américain ont rapporté au WSWS que des collègues s'étaient effondrés à cause de la fumée, tandis que la direction forçait la poursuite de la production.
Les incendies ont libéré des milliards de kilogrammes d'émissions de carbone. Des composés nocifs pour le corps humain, notamment les particules organiques fines PM2.5, ont été dispersés dans des zones urbaines où vivent des centaines de millions de personnes. Ces composés présentent des risques graves et prolongés pour les systèmes respiratoire, cardiovasculaire et neurologique. Ils présentent également des risques importants de développer un cancer et de nuire aux foetus dans l'utérus.
L'ampleur des dommages sociétaux causés par les incendies de 2023 n'a pas encore été déterminée. Toutefois, Santé Canada et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont tous deux signalé une augmentation des visites aux urgences pour des maladies respiratoires pendant que les incendies brûlaient. Santé Canada estime qu'entre 2013 et 2018, jusqu'à 240 décès prématurés par an pourraient être attribués à une exposition à court terme aux particules PM2,5, et 2500 décès par an à une exposition à long terme.
Les gouvernements des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Canada, couvrant le spectre politique de la droite à la «gauche» officielle, ont présenté le problème comme une question de responsabilité individuelle. Aucune mesure systématique n'a été prise pour protéger la population de la fumée des incendies. Au lieu de cela, les travailleurs ont été contraints de continuer à travailler sans EPI ni ventilation adéquats.
Les gouvernements provinciaux, comme le Nouveau Parti démocratique (NPD) de la Colombie-Britannique, soutenu par la bureaucratie syndicale, ont réduit les budgets consacrés aux incendies de forêt de plusieurs centaines de millions de dollars avant les incendies de 2023, et n'ont pas rétabli ce financement. Le NPD au pouvoir au Manitoba a également réduit de moitié le budget consacré aux urgences naturelles, le ramenant à 50 millions de dollars, soit encore moins que ses prédécesseurs progressistes-conservateurs.
Le gouvernement libéral fédéral dirigé par Justin Trudeau, bien qu'il se présente comme une alternative «plus verte» aux conservateurs, a à maintes reprises donné la priorité à l'industrie des combustibles fossiles, notamment en faisant passer en force le projet d'expansion du pipeline Trans Mountain. Ce faisant, il a de facto criminalisé les protestations des groupes environnementaux et autochtones contre le projet. Le prolongement de l'oléoduc est considéré comme vital pour le secteur énergétique canadien, qui gagne en importance à mesure que le Canada, en alliance avec les États-Unis, se prépare à la guerre contre la Russie et la Chine.
Cette position n'est en rien contredite par les fréquentes promesses du gouvernement Trudeau de garantir la place du Canada dans l'économie mondiale de l'«énergie propre». Cette stratégie, soutenue par la bureaucratie syndicale et des subventions gouvernementales de plusieurs milliards pour attirer des entreprises mondiales très rentables, repose sur l'exploitation impitoyable des riches ressources naturelles du Canada, ainsi que des mineurs et autres travailleurs chargés de les extraire et de les raffiner. En intensifiant l'exploitation des métaux et des terres rares, le gouvernement Trudeau vise à s'assurer une source immédiate de matériaux nécessaires pour alimenter sa machine de guerre et celles de ses alliés, en premier lieu l'impérialisme américain.
Bien qu'il ait promis un financement de 800 millions de dollars pour lutter contre les incendies de forêt, Ressources naturelles Canada avait dépensé moins de 20 millions de dollars en avril 2023. Il n'existe pas de réponse gouvernementale centralisée aux incendies de forêt, ce qui nécessiterait une injection substantielle de ressources pour faire face à la crise qui s'aggrave. Le caractère fragmenté de la réponse aux incendies de forêt est conçu pour coûter le moins possible afin que les ressources de la société puissent être libérées pour la guerre et l'enrichissement des riches.
La lutte contre la multiplication des incendies mortels et le changement climatique en général est une tâche mondiale qui ne peut être accomplie que sous la direction politique de la classe ouvrière luttant pour un programme socialiste. Ce n'est que dans une société fondée sur la priorité des besoins humains sur le profit privé, qui aura aboli le système dépassé de l'État-nation, qu'il sera possible d'élaborer le plan scientifique mondial nécessaire pour faire face au changement climatique et à tous les maux qui y sont liés. Ces maux ne sont pas le produit des «êtres humains» dans l'abstrait ou du «progrès», comme le prétendent les écologistes démoralisés de la classe moyenne, mais les exigences rapaces du système de profit capitaliste.
(Article paru en anglais le 30 mai 2024)
