Les États-Unis placent leurs bases militaires en Europe au deuxième niveau d’alerte maximum avant le prochain sommet de l'OTAN

Les États-Unis ont placé leurs bases militaires au deuxième niveau d'alerte le plus élevé avant le sommet de l'OTAN de la semaine prochaine à Washington, qui devrait voir une escalade significative de la participation directe de l'OTAN à la guerre contre la Russie en Ukraine.

Base aérienne de Ramstein, Allemagne, 30 janvier 2024. [Photo: Air Force]

Si les responsables américains ont refusé d'expliquer publiquement l'état d'alerte accru, le New York Times rapporte, citant des responsables américains, que cette décision était une réponse aux «menaces du Kremlin concernant l'utilisation par l'Ukraine d'armes à longue portée sur le territoire russe».

Le Times écrit que «les bases militaires, qui fournissent une formation, des renseignements et d’autres soutiens à l’Ukraine, pourraient être une cible ultérieure logique».

En avril, le gouvernement Biden avait commencé à fournir à l’Ukraine des missiles longue portée ATACMS, d’une portée de 300 kilomètres (186 milles) tout en affirmant qu’ils ne seraient pas utilisés pour des frappes à l’intérieur même de la Russie.

Le mois dernier, le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, a affirmé que les États-Unis autorisaient l’Ukraine à utiliser des armes fournies par les États-Unis pour frapper «n’importe où» à l’intérieur du territoire russe.

Dans les coulisses, CNN a rapporté le mois dernier que les États-Unis s’apprêtaient à lever l’interdiction faite aux sous-traitants militaires de travailler directement en Ukraine sur des contrats militaires américains. La chaîne a rapporté que « permettre à des entrepreneurs américains expérimentés et financés par le gouvernement américain de maintenir une présence en Ukraine signifie qu'ils seront en mesure d'aider à réparer beaucoup plus rapidement les équipements endommagés et de grande valeur.»

L’implication claire de cette décision est cependant que non seulement des citoyens américains travailleraient à réparer des équipements en Ukraine, mais que cette décision pourrait encore ouvrir la porte au déploiement dans les zones de combat de mercenaires employés directement par l’armée américaine.

Mercredi, les États-Unis ont annoncé qu'ils enverraient 2,3 milliards de dollars supplémentaires d'armes à l'Ukraine. Dans un communiqué mercredi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, a déclaré que l’envoi comprenait « des missiles pour les systèmes de défense aérienne de l'Ukraine, des munitions pour l'artillerie à haute mobilité, des systèmes de roquettes, des obus d'artillerie et d'autres capacités cruciales».

Elle a ajouté: «Comme le président Biden l’a dit clairement, nous sommes déterminés à continuer à soutenir l’Ukraine jusqu’à ce qu’elle l’emporte contre l’agression russe.»

Le Pentagone a déclaré qu’il s’agissait du cinquième programme d’armement militaire pour l’Ukraine depuis l’adoption par le Congrès et la signature de Biden en avril d’un programme de dépenses militaires supplémentaires de 95 milliards de dollars, qui comprenait 61 milliards de dollars d’armes pour l’Ukraine.

En annonçant cet envoi, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a déclaré: «Ne vous y trompez pas, l’Ukraine n’est pas seule et les États-Unis ne faiblissent jamais dans leur soutien. […] Aux côtés d'une cinquantaine d'alliés et de partenaires, nous continuerons à fournir les capacités essentielles dont l'Ukraine a besoin pour repousser l'agression russe aujourd'hui et pour dissuader l'agression russe demain.»

L’alerte militaire actuelle, connue sous le nom de «Charlie», représente le plus haut niveau de préparation dans les bases militaires en dehors de l’engagement direct dans un conflit militaire.

Commentant cette décision, l'amiral James Stavridis, ancien commandant de l'OTAN, a écrit sur X: «J'ai commandé des dizaines de bases majeures en Europe pendant 4 ans en tant que commandant suprême allié de l'OTAN et chef du commandement américain en Europe. Nous avons eu beaucoup de frayeurs, mais rien qui exigeait ce niveau d’alerte. De toute évidence, il existe une profonde inquiétude, et cela correspond à tout ce que je peux observer. »

Les dirigeants des pays de l’OTAN arriveront à Washington la semaine prochaine dans un contexte de crises politiques de plus en plus profondes ravageant les puissances impérialistes. Le président français Emmanuel Macron a subi un revers dévastateur aux élections législatives du week-end dernier, dont le second tour a lieu dimanche. Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a connu lui, un sort similaire aux élections britanniques de jeudi. Le président américain Joe Biden, à la suite d’un débat désastreux la semaine dernière qui a révélé sa sénilité, doit faire face à des appels à démissionner de plus en plus insistants de la part de membres de son propre parti et des médias.

Quoi qu’il advienne, les puissances de l’OTAN sont déterminées à intensifier leur engagement dans la guerre. Le sommet devrait établir un «pont» pour une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, alors que l’alliance dirigée par les États-Unis joue un rôle de plus en plus direct dans la guerre.

Lors d'un point de presse, le porte-parole du Pentagone, Pat Ryder, a déclaré que les objectifs du sommet incluraient «d'assurer la mise en œuvre des nouveaux plans de l'OTAN pour une dissuasion et une défense crédible, de renforcer le soutien à long terme à l'Ukraine et de favoriser sa future adhésion à l'OTAN».

Dans une discussion publiée par le groupe de réflexion Carnegie Endowment, Eric Ciaramella, ancien officier de la CIA et membre du Conseil de sécurité nationale, a déclaré que le prochain sommet «institutionnalise, par l'intermédiaire de l'OTAN, certains des mécanismes de soutien à long terme à l'Ukraine que les partenaires de l'Ukraine, dirigés par les États-Unis, avaient très rapidement montés après le lancement par la Russie de son invasion à grande échelle ».

Il a ajouté: «Il existe un forum multilatéral appelé Groupe Ramstein, ou Groupe de contact sur la défense en Ukraine, dirigé par les États-Unis. Ce groupe d’alliés de l’OTAN, ainsi que quelques dizaines d’autres pays à travers le monde, ont cherché à mobiliser une assistance militaire pour l’Ukraine. Il s'agit d'un mécanisme destiné à aider les Ukrainiens à obtenir ce dont ils ont besoin à l'heure actuelle. Il y a eu un changement au cours des six à douze derniers mois pour commencer à réfléchir à la façon dont nous planifions l'avenir. Les alliés ont donc commencé à discuter de la manière de transposer une partie de cette planification ad hoc dans des formats à plus long terme, l’OTAN jouant un peu plus un rôle d’organisateur.»

(Article paru en anglais le 4 juillet 2024)

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