Le président américain Trump a annoncé que les droits de douane de 25 % sur les marchandises en provenance du Mexique et du Canada, les deux principaux partenaires commerciaux des États-Unis, seront appliqués la semaine prochaine, après avoir été reportés d'un mois.
Il a également annoncé que les droits de douane de 10 % imposés aux produits chinois seraient augmentés de 10 % supplémentaires. « C'est 10 plus 10 », a déclaré Trump jeudi dans le bureau ovale.
Les droits de douane sur le Mexique et le Canada avaient été initialement menacés peu après l'investiture de Trump, le 20 janvier, mais ils ont été reportés après que les gouvernements canadien et mexicain eurent accepté de prendre des mesures concernant l'entrée de la drogue fentanyl aux États-Unis.
Dans un message publié jeudi sur sa plateforme Truth Social, Trump a déclaré : « Les droits de douane proposés qui devaient entrer en vigueur le 4 mars entreront effectivement en vigueur comme prévu. »
S'exprimant dans le bureau ovale, Trump a déclaré que le Mexique et le Canada n'avaient pas fait assez pour stopper le trafic de fentanyl pour qu'ils obtiennent un nouveau sursis.
Trump a également déclaré que son projet de tarifs douaniers « réciproques » serait mis en œuvre après la remise d'un rapport de ses fonctionnaires le 2 avril.
Le terme « tarifs réciproques » est trompeur. Il va bien au-delà de l'imposition de droits de douane équivalents à ceux imposés sur les produits américains, mais prévoit des représailles pour des mesures telles que des taxes, des réglementations et d'autres politiques internes d'un pays qui sont considérées comme ayant un impact négatif sur les entreprises américaines.
En début de semaine, lors de la première réunion de son cabinet, Trump a réitéré sa menace d'imposer des droits de douane de 25 % sur les importations en provenance de l'Union européenne, déclarant que le bloc « a été formé pour arnaquer les États-Unis ».
Le fait de traiter l'UE d’ennemi économique témoigne de la désintégration totale de tous les accords – économiques et politiques – mis en place après la Seconde Guerre mondiale pour stabiliser le capitalisme mondial à la suite des désastres de la première moitié du XXe siècle.
La formation de l'UE est le résultat d’initiatives des États-Unis dans le cadre du plan Marshall pour la reconstruction de l'économie européenne après la guerre.
Trump a déclaré qu'une décision avait été prise concernant les droits de douane de l'UE et que « nous l'annoncerons très bientôt. D'une manière générale, il s'agira de droits de douane de 25 % sur les voitures et d'autres produits ».
L'imposition de droits de douane sur les produits mexicains et canadiens – à supposer qu'elle ait lieu – menace de provoquer le chaos dans de vastes pans de l'industrie américaine, car la fabrication de biens industriels, en particulier de voitures et de camions, implique souvent le passage de composants à plusieurs reprises de part et d'autre de la frontière.
Wall Street a de nouveau chuté à l'annonce de l'application des droits de douane au Mexique et au Canada. L'indice NASDAQ, à forte composante technologique, a chuté de 2,8 % et l'indice S&P de 1,6 %, passant ainsi en territoire négatif pour l'année.
À la suite des dernières annonces de Trump, l'attention se portera sur les mesures de rétorsion dans des conditions où, comme l'a fait remarquer le Financial Times, la dernière salve d'une politique commerciale agressive accroît « le danger d'une guerre commerciale plus large qui risque d'infliger des dommages significatifs à l'économie mondiale ».
Lors de la conférence de presse qui a suivi l'annonce de Trump, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a réagi en laissant entrevoir la possibilité d'un accord.
Se référant aux commentaires de Trump, elle a déclaré : « Comme vous le savez, il a sa façon de communiquer, mais comme d'habitude, nous gardons la tête froide et sommes optimistes quant à la possibilité de parvenir à un accord. »
Le premier ministre canadien Justin Trudeau a déclaré que son gouvernement répondrait à tout « droit de douane injustifié » par une « réponse forte et immédiate ». Le Canada s'apprête à imposer immédiatement des droits de douane sur 30 milliards de dollars d'importations en provenance des États-Unis.
Que ce soit par accident ou à dessein, la date du 4 mars pour la nouvelle hausse de 10 % des droits de douane sur les produits chinois tombe la veille du Congrès national du peuple à Pékin, le parlement qui se réunira pour entendre les mesures proposées par le régime de Xi Jinping pour faire face au ralentissement de l'économie chinoise et aux mesures de guerre économique prises par les États-Unis.
À ce stade, la réaction semble assez discrète, l'ambassade de Chine à Washington se contentant de répéter ce qu'elle a déjà dit.
Elle a déclaré qu'il n'y avait « aucun gagnant » dans une guerre commerciale et que les droits de douane unilatéraux « imposés par les États-Unis ne résoudront pas leurs propres problèmes et ne profiteront pas aux deux côtés du monde ».
Tout en évitant de faire des déclarations belliqueuses et en se présentant comme le défenseur de l'ordre commercial international, Pékin a mis au point des mesures de rétorsion, notamment des contrôles à l'exportation sur les terres rares et les minéraux essentiels importés par les États-Unis.
Il a été rapporté qu'au cours du mois dernier, la Chine a cherché à savoir si les mesures tarifaires prises à son encontre visaient à obtenir un accord commercial restreint ou un accord plus global.
Des représentants du gouvernement chinois auraient fait savoir de manière informelle que Pékin était prêt à acheter davantage de produits américains et que les entreprises étaient disposées à investir aux États-Unis. Mais Xi n'a encore donné son approbation à aucune offre.
À Pékin et plus largement dans les cercles économiques, on estime que les mesures tarifaires de Trump pourraient ne pas être aussi efficaces qu'il l'avait envisagé car, après des années de hausses tarifaires, à commencer par la première administration Trump, les entreprises chinoises sont devenues habiles à réacheminer leurs exportations vers les États-Unis en passant par des pays tiers. Toutefois, cette situation contient en elle la possibilité d'une nouvelle escalade des droits de douane à l'encontre d'une série d'autres pays.
L'effondrement de l'ordre mondial s'est manifesté jeudi au Cap, lorsque la réunion de trois jours des ministres des Finances du G20 s'est achevée sans qu'il soit possible de publier un communiqué commun en raison de divergences sur le commerce, le financement de la lutte contre le changement climatique et les droits de douane américains. Plusieurs pays, dont les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon et le Mexique, se sont en effet retirés de la réunion et ont remplacé leurs hauts représentants par des suppléants.
Le G20, qui avait été créé en réponse à la crise financière asiatique de 1997-1998, a été élevé en 2009, dans le sillage de la crise financière mondiale, au rang de principal conseil économique mondial.
À l'époque, les dirigeants du monde entier avaient déclaré, la main sur le cœur, qu'ils ne recourraient plus jamais aux mesures tarifaires désastreuses des années 1930. Dix ans et demi plus tard, ces déclarations, tout comme le G20 lui-même, qui avait été salué comme une nouvelle base pour stabiliser le capitalisme mondial, volent en poussière.
(Article paru en anglais le 28 février 2025)
