S'adressant aux journalistes en Floride lors d'une rencontre avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou lundi, le président Donald Trump a annoncé que l'armée américaine avait frappé une installation portuaire sur le territoire vénézuélien.
Comme à son habitude, Trump a fait référence à ce qu'il a qualifié d'« explosion majeure » dans une zone portuaire au Venezuela où, selon lui, « ils chargent les bateaux de drogue », et s'est vanté : « Nous avons donc détruit tous les bateaux et maintenant nous avons détruit la zone, qui n'existe plus [...] Il y a deux nuits, nous l'avons détruite. »
Ces remarques improvisées ont été prononcées dans son complexe de Mar-a-Lago lors d'une séance photo avec le criminel de guerre Netanyahou. Les deux fascistes se sont réjouis de l'annonce d'une nouvelle action militaire imprudente qui menace la vie de millions de personnes par une attaque directe et une invasion du Venezuela par les États-Unis.
En réponse à une question d'un journaliste sur les commentaires de Trump vendredi au sujet de l'attaque, le président américain l'a présentée comme la poursuite de la campagne « anti-drogue » en cours dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, affirmant que les forces américaines avaient frappé une « grande installation » utilisée pour charger des stupéfiants sur des bateaux. Ni Trump ni aucune autorité militaire américaine n'a fourni de détails vérifiables sur l'emplacement précis, la nature de la cible, les munitions utilisées ou le nombre de personnes tuées, au-delà de vagues références.
La frappe semble avoir impliqué des munitions de précision lancées depuis les airs par les forces américaines opérant au large des côtes, mais l'absence de clarification officielle souligne le caractère illégal de l'opération. Selon des experts, il est probable que l'« installation » était un port civil ou une infrastructure maritime à double usage.
Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune source faisant autorité n'a fourni de détails sur ce qui s'est passé.
Malgré les implications extraordinaires d'une frappe américaine sur le territoire vénézuélien, aucun des principaux organes de l'État américain – la Maison-Blanche, le Pentagone ou la CIA – n'a publié de communiqué officiel ou d'explication détaillée.
Par ailleurs, lundi également, le Commandement Sud des États-Unis a publié sur les réseaux sociaux que la Force opérationnelle interarmées Southern Spear avait mené une « frappe cinétique meurtrière » contre un navire sur ordre du secrétaire à la Défense Pete Hegseth. L'armée américaine a mené cette frappe dans l'est du Pacifique et détruit un petit bateau qui aurait été impliqué dans un trafic de drogue. L'attaque, qui a été menée dans les eaux internationales, aurait utilisé des munitions de précision lancées depuis les airs contre l'embarcation, sans avertissement ni tentative d'interception ou d'arrestation.
Ce dernier incident s'inscrit dans une série de plus de 30 actions similaires menées dans les Caraïbes et dans l'est du Pacifique, qui ont causé la mort d'environ 105 personnes, au cours desquelles des individus inconnus ont été exécutés sur la base d'allégations non fondées de trafic de stupéfiants.
Dans le cas de l'attaque du quai, cependant, aucune déclaration du ministère de la Défense ni aucune annonce sur les réseaux sociaux militaires n'ont été publiées pour confirmer qui en était responsable. Le Pentagone a renvoyé toutes les questions à la Maison-Blanche, et celle-ci n'a « pas immédiatement répondu » aux demandes d'informations des médias, tandis que les agences de renseignement ont maintenu un silence étudié.
Lundi, les autorités vénézuéliennes n'avaient pas publié de communiqué détaillé confirmant les dégâts ou les victimes sur les installations portuaires mentionnées par Trump. Auparavant, le gouvernement vénézuélien avait dénoncé les frappes contre les bateaux comme des « exécutions en série » et une « guerre non déclarée », avertissant que Washington préparait une invasion sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue. Caracas a également accusé les États-Unis de chercher à renverser le régime afin de s’emparer des vastes réserves pétrolières du pays.
Si l'on admet qu'une frappe terrestre a effectivement eu lieu, il s'agit de la dernière en date d'une campagne de terreur menée depuis des mois par les États-Unis depuis la mer et les airs. Depuis début septembre, les forces américaines ont mené au moins 30 frappes meurtrières contre des embarcations dans les Caraïbes et l'est du Pacifique, tuant environ 105 personnes. Ces opérations, menées par le Commandement Sud des États-Unis et impliquant un groupe aéronaval, un navire d'assaut amphibie et des milliers de marines, ont transformé les eaux internationales au large du Venezuela en un champ de bataille meurtrier.
L'administration Trump a déclaré que les États-Unis étaient en « conflit armé » avec des bateaux « de trafic de drogue » dirigés par des cartels « narcoterroristes ». Dans une lettre adressée au Congrès en octobre, le Pentagone a indiqué que les personnes impliquées dans le trafic sont traitées comme des « combattants illégaux », une formulation qui fait écho au cadre pseudo-juridique des crimes impérialistes en Afghanistan, en Irak et ailleurs.
Les témoignages des survivants et les reportages indépendants ont révélé qu'il s'agissait d'exécutions sommaires en mer, sans avertissement, impliquant dans certains cas des frappes supplémentaires après les premiers impacts, ce qui confirme leur caractère de crimes de guerre.
Les autorités américaines ont également intercepté et saisi des pétroliers transportant du pétrole brut vénézuélien, faisant appel à la garde côtière et à d'autres agences pour mettre en place un blocus maritime de facto. Cette campagne a permis d'« intercepter » des pétroliers et a clairement montré que tout navire tentant de transporter du pétrole vénézuélien s'exposait à une confiscation ou à la destruction.
Les responsables de l'administration Trump reconnaissent eux-mêmes que leurs objectifs ne se limitent pas à la lutte contre le trafic de drogue, mais visent également à renverser Maduro et à rétablir les intérêts financiers et commerciaux américains expropriés au cours des premières phases du régime.
Le Parti démocrate a réagi à cette escalade par un mélange d'indignation feinte et d'accord de fond avec les objectifs impérialistes sous-jacents de Trump. Les démocrates de la Chambre des représentants ont récemment présenté des résolutions sur les pouvoirs de guerre en réponse aux attaques contre les navires, le représentant Gregory Meeks, de New York, se plaignant après une réunion d'information classifiée que l'administration n'avait pas présenté de « stratégie claire » et n'avait pas consulté correctement le Congrès avant de se livrer à des crimes internationaux.
Meeks a ouvertement reconnu que l'opération ne semblait pas « concerner uniquement le trafic de drogue » et a exprimé ses inquiétudes quant au fait qu'il s'agissait d'une campagne de changement de régime qui devrait être ouvertement déclarée et officiellement autorisée.
Les démocrates de Floride, qui entretiennent des liens étroits avec la communauté des exilés anti-Maduro, ont publié des déclarations attaquant la « brutalité de la dictature de Maduro » tout en dénonçant l'hypocrisie de Trump. Leurs critiques portent principalement sur le fait que Trump s'appuie sur des allégations non fondées concernant le « fentanyl vénézuélien » tout en graciant d'importants trafiquants ailleurs, et sur son refus de demander « carte blanche » au Congrès pour l'usage de la force.
Aucun dirigeant démocrate n'a dénoncé les frappes contre les bateaux et les quais comme des crimes de guerre ni exigé le retrait immédiat des forces américaines de la région, confirmant ainsi que leurs désaccords avec Trump sont tactiques et non fondamentaux.
La dernière frappe sur le territoire vénézuélien est un acte de guerre d'agression, en violation directe de l'interdiction de l'usage de la force et de la souveraineté des États prévue par la Charte des Nations unies. L'agression – le déclenchement d'une guerre sans justification légale – a été déclarée « crime international suprême » par le Tribunal de Nuremberg, qui a jugé, condamné et puni, notamment par pendaison, les principaux responsables nazis pour avoir planifié et mené des guerres de conquête.
La campagne américaine consistant à massacrer des équipages de bateaux en haute mer et à frapper désormais des installations terrestres à l'intérieur du Venezuela sous des prétextes de « lutte à la drogue » entre clairement dans cette catégorie, plaçant Trump, ses généraux et ses complices parmi les criminels de guerre impérialistes du XXIe siècle.
Les États-Unis n'ont pas été attaqués par le Venezuela et les affirmations de Trump selon lesquelles les frappes de drones sont un acte de « légitime défense » contre les trafiquants de drogue sont des mensonges éhontés. Washington exploite sa supériorité militaire écrasante pour parvenir à un changement de régime et à une domination stratégique, au mépris du droit national et international.
Comme l'a expliqué le World Socialist Web Site, l'attaque contre le Venezuela est étroitement liée au pétrole et à la géostratégie impérialiste. L'impérialisme américain cherche à renverser le régime Maduro et à installer un gouvernement subordonné à Wall Street et au Pentagone.
L'attribution du prix Nobel de la paix 2025 à María Corina Machado est un signal de toutes les puissances impérialistes indiquant que le changement de régime au Venezuela est à l'ordre du jour. Comme l'a noté le WSWS, les partisans politiques de Machado prônent ouvertement le recours à la violence et à l'intervention étrangère, et elle a coordonné avec l'administration Trump des plans pour les « 100 premières heures » après la destitution de Maduro.
Historiquement, l'État américain a collaboré à plusieurs reprises avec les trafiquants de drogue et les a utilisés comme instruments politiques, depuis les opérations liées à la CIA en Amérique centrale jusqu'à la protection de régimes amis et de forces paramilitaires à travers l'hémisphère. Le même appareil qui dénonce aujourd'hui le «narcoterrorisme » a longtemps encouragé et manipulé le trafic de drogue afin d'approfondir son contrôle sur certaines sections de la bourgeoisie latino-américaine et de financer des opérations secrètes à l'abri des regards de la population.
Derrière la guerre menée contre le Venezuela se cache une stratégie impérialiste plus large visant à affirmer l'hégémonie des États-Unis sur l'hémisphère occidental. Les déclarations et les directives politiques de Trump lui-même comprennent des menaces de prendre le contrôle du canal de Panama, d'annexer le Groenland et de traiter le Canada comme un « 51e État » de facto, un programme ouvert de colonialisme du XXIe siècle.
Les commentateurs et les stratèges ont noté que ces objectifs stratégiques sont formulés en termes de « sécurité nationale » et de lutte contre l'influence croissante de la Chine et de la Russie sur la scène internationale. La stratégie de sécurité nationale 2025 de la Maison-Blanche a articulé en termes clairs un soi-disant «corollaire Trump » à la doctrine Monroe qui vise à exclure les pays rivaux de ce qu'elle considère comme sa sphère d'influence exclusive.
Cette doctrine sous-tend le renforcement militaire au large des côtes du Venezuela et la transformation des Caraïbes en un théâtre d'opérations avancé pour la guerre et le militarisme américains. L'objectif n'est pas seulement de renverser Maduro, mais aussi de démontrer qu'aucun gouvernement de l'hémisphère ne peut agir en dehors des diktats de Washington et de Wall Street sans être confronté à un étranglement économique, à une déstabilisation secrète et, si nécessaire, à une attaque militaire directe.
