Mardi matin, 15 000 infirmières de quatre hôpitaux de New York ont lancé la plus grande grève dans le secteur de la santé que la ville ait connue depuis des décennies. La bataille de New York est la première d'une série de luttes importantes que mènera la classe ouvrière en 2026 et qui marquera l’année aux États-Unis et dans le monde.
Au cours des deux premières semaines de l'année seulement, l'administration Trump a lancé l'invasion criminelle du Venezuela, menacé l'Iran de guerre et supervisé et défendu le meurtre de Renee Nicole Good par l'ICE.
À travers Trump, l'oligarchie capitaliste a déclaré la guerre à la classe ouvrière. L'année à venir sera marquée non seulement par l'agression impérialiste et la dictature, mais aussi par des licenciements collectifs, une recrudescence des accidents du travail et une hausse des prix due aux droits de douane et à la guerre commerciale de Trump. La classe dirigeante est déterminée à presser les travailleurs comme des citrons afin de payer le prix de la crise grandissante du système capitaliste mondial.
Ces attaques suscitent déjà une opposition qui s'exprime par une vague montante de protestations. Mais l'enjeu décisif est le développement d'un mouvement de masse de la classe ouvrière indépendant du système politique dirigé par les grandes entreprises et de l'appareil syndical pro-capitaliste, qui s'efforce consciemment de bloquer et de faire dérailler l'opposition.
Les infirmières luttent contre des conditions qui sont universelles dans les hôpitaux américains : un manque de personnel dangereux, une surcharge de travail extrême et des salaires insuffisants. Se déroulant au cœur du système financier mondial, la grève oppose les infirmières à la classe dirigeante et à l'ensemble du système politique.
La grève obtient un immense soutien de la part des travailleurs de New York. La popularité de la série médicale The Pitt, qui dépeint de manière réaliste des conditions impossibles, témoigne de la grande compassion ressentie envers les travailleurs de la santé, dont beaucoup ont perdu la vie pendant la pandémie. À Mount Sinai West, l'un des hôpitaux en grève, les infirmières ont été contraintes de porter des sacs poubelles en 2020 en raison du manque d'équipements de protection individuelle.
Le démantèlement des mesures de sécurité contre la COVID et la déclaration mensongère de la fin de la pandémie se sont transformés en une attaque plus large contre la santé publique. Des centaines de milliers d'infirmières ont quitté la profession depuis le début de la COVID, principalement en raison de l'épuisement professionnel. Le taux d'occupation des lits a atteint des niveaux dangereux, entièrement dû à une diminution de 16 % du nombre de lits d'hôpitaux. Le Mount Sinai Beth Israel, qui comptait plus de 700 lits, a été fermé l'année dernière, la direction invoquant des pertes financières.
Ce processus s'est accéléré sous Trump, qui s'attaque à la vaccination et aux sciences fondamentales de la santé. Une réduction de 8 milliards de dollars du financement fédéral de Medicaid à New York entraînera la perte de 34 000 emplois hospitaliers et l’élimination de la couverture médicale pour 1,5 million de personnes, selon une estimation, alors que la ville lutte contre une épidémie de grippe qui s'aggrave.
Le même processus se reflète dans tous les autres secteurs et aspects de la vie, y compris l'éducation, le logement et les programmes sociaux.
La classe ouvrière sera poussée à la lutte, car elle ne peut accepter l'esclavage en milieu de travail et la dictature. Ces luttes révéleront de plus en plus le caractère de classe et la fonction de ceux qui prétendent faussement parler au nom des travailleurs.
Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, membre des Socialistes démocrates d'Amérique, a été élu par les habitants de la ville indignés par les inégalités. Lors d'une séance photo sur le piquet de grève lundi matin, Mamdani a dénoncé les dirigeants multimillionnaires des hôpitaux. Cependant, il est impossible de défendre les soins de santé sans que la classe ouvrière s'attaque aux privilèges de Wall Street.
Au lieu de cela, Mamdani s'est engagé à être le maire de « tous les New-Yorkais », c'est-à-dire à la fois des travailleurs et de l'oligarchie patronale. Cela ne peut que conduire à de nouveaux pièges et à de nouvelles attaques contre les travailleurs. Mamdani a passé des mois à courtiser les dirigeants financiers, notamment en effectuant un pèlerinage servile à la Maison-Blanche pour promettre un « partenariat » avec le président fasciste Trump.
En clair, « travailler avec » Trump signifie participer à des attaques sauvages contre la classe ouvrière. La nomination dans son administration de l'ancienne chef du département du Travail de Biden, Julie Su, qui a joué un rôle clé dans le blocage des grandes grèves nationales des cheminots et des débardeurs, est un avertissement.
L'un des principaux objectifs de la campagne de Mamdani a été de subordonner l'opposition de masse au Parti démocrate, un parti qui défend les intérêts de Wall Street, des agences de renseignement et de l'armée. Alors que Trump lance une attaque frontale contre les droits démocratiques et la classe ouvrière, les démocrates n'ont pas agi comme un parti de résistance, mais comme un parti complice. À New York, la gouverneure démocrate Kathy Hochul a déclaré « l'état d'urgence » en réponse à la grève des infirmières, préparant ainsi le terrain pour une intervention directe de l'État.
Mamdani est apparu sur les piquets de grève aux côtés de responsables de la bureaucratie de l'Association des infirmières de l'État de New York (NYSNA), qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher la grève et s'efforce maintenant d’y mettre fin. Tout comme en 2023, la NYSNA a déjà annulé la grève dans la plupart des hôpitaux sans contrats finalisés, cherchant à isoler la lutte et à épuiser les infirmières par des négociations en coulisses.
La bureaucratie syndicale fonctionne comme un pilier essentiel d'une classe dirigeante enlisée dans une crise profonde. La semaine dernière, le syndicat des enseignants de Minneapolis a annulé une grève dans un important district scolaire au lendemain du meurtre de Renee Nicole Good, cherchant à empêcher la lutte de se transformer en un combat politique contre la dictature policière. Des personnalités telles que Shawn Fain de l'UAW et Sean O'Brien des Teamsters soutiennent le nationalisme de l’« Amérique d’abord » de Trump au nom d'une prétendue défense de l'emploi, alors même qu'ils aident eux-mêmes le patronat à licencier des dizaines de milliers de travailleurs.
Les lois de l'histoire sont plus puissantes que n'importe quel appareil bureaucratique. Les tentatives de sabotage et de répression de la lutte des classes ne feront que discréditer davantage ces organisations. Mais la question décisive est de savoir dans quelle mesure cette logique sociale se traduira par une organisation indépendante.
La clé de cette évolution réside dans la construction de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), de nouvelles formes d'organisation et d'une nouvelle stratégie visant à unir les travailleurs dans un vaste mouvement contre les inégalités et la dictature. C'est la seule stratégie réaliste, car dans les conditions actuelles, toutes les questions importantes se heurtent à la nécessité d'une attaque frontale contre le soi-disant « droit » au profit.
Le World Socialist Web Site exhorte les infirmières à former des comités de grève de la base afin de prendre démocratiquement la direction de leur lutte. Ces comités doivent lutter pour étendre la grève à l'ensemble des 15 établissements concernés, organiser une surveillance indépendante des piquets de grève et des négociations, et mobiliser les infirmières pour qu'elles s'opposent activement à toute tentative de mettre fin prématurément à la grève ou de les renvoyer au travail sur la base de vagues promesses qui ne seront jamais tenues.
Dans le même temps, ces comités doivent tendre la main à des sections plus larges de la classe ouvrière : les enseignants, les travailleurs des transports, les employés municipaux et tous ceux qui sont confrontés à l'inflation, aux suppressions d'emplois et à l'effondrement des services publics. La lutte pour défendre les soins de santé doit être liée à la lutte de l'ensemble de la classe ouvrière contre la subordination des droits sociaux aux intérêts lucratifs de l'oligarchie capitaliste.
Tous les travailleurs de la santé savent que les conditions auxquelles ils sont confrontés trouvent leur origine dans la subordination de la vie, de la santé et des intérêts de la classe ouvrière au profit. Les hôpitaux sont gérés comme des entreprises commerciales régies par les diktats impitoyables des compagnies d'assurance et des dirigeants d'entreprise. Il en résulte un système dans lequel même les soins médicaux les plus élémentaires sont refusés à de larges couches de la population, tandis que les travailleurs de la santé sont poussés à l'épuisement et au burn-out.
La question spécifique qui anime les infirmières de New York – des effectifs sécuritaires – soulève des questions politiques fondamentales. Ni la législation sur les effectifs ni les contrats qui, selon les responsables syndicaux qui les ont négociés, allaient régler ces enjeux n'ont en fait changé quoi que ce soit. En effet, pour y parvenir, il faudrait s'attaquer directement à la subordination des soins de santé au profit et investir massivement dans la formation et le recrutement de nouvelles infirmières grâce à la réaffectation des sommes colossales monopolisées par les riches et gaspillées dans la guerre.
La grève des infirmières de New York n'est qu'un début. L'année 2026 s'ouvre sous le signe de la dictature et de la guerre impérialiste, mais aussi d'une immense opposition sociale. Ce qu'il faut, c'est un mouvement conscient de la classe ouvrière dans lequel les travailleurs agiront non pas sur la base d'illusions ou des slogans trompeurs des «dirigeants » officiels, mais sur la base d'une compréhension scientifique de la société et du rôle décisif de leurs propres luttes dans la résolution de la crise historique du capitalisme.
Les intérêts de profits de la classe capitaliste sont fondamentalement incompatibles avec la poursuite du progrès humain. Pour gagner la lutte pour les soins de santé, l'emploi, l'éducation et les droits démocratiques, la classe ouvrière doit consciemment s'imposer comme la force politique décisive dans la société et s'attaquer au système capitaliste lui-même. Cela signifie lutter pour le socialisme, y compris l'expropriation des banques et des entreprises, la transformation des géants de la santé en services publics et la réorganisation de la société sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière pour satisfaire les besoins de tous.
