La sortie de Trump contre la Fed soulève de profondes inquiétudes dans les institutions financières

Le président Donald Trump et le président de la Réserve fédérale Jerome Powell [AP Photo/John Raoux, Susan Walsh]

La décision de l'administration Trump de lancer une enquête pénale sur le président de la Fed Jerome Powell par l'intermédiaire du ministère de la Justice, concernant les déclarations qu'il a faites au Congrès sur le coût des rénovations du bâtiment de la Fed, a des implications considérables pour la stabilité du système financier américain et mondial.

En réponse à l'agitation que cette action pourrait déclencher, d'anciens banquiers centraux et d'anciens responsables économiques de premier plan aux États-Unis ont apporté leur soutien à Powell, suivis par une déclaration de « solidarité totale » publiée par les gouverneurs de 11 grandes banques centrales à travers le monde.

Dans le même temps, le prétexte de l'attaque – selon lequel Powell aurait induit le Congrès en erreur, voire lui aurait menti – semble s'effriter avec l'annonce que le président de la Fed a envoyé une lettre aux sénateurs au sujet du projet de rénovation après avoir témoigné en juillet dernier.

L'enquête pénale sur Powell et l'éventuelle mise en accusation après une audience devant un grand jury ne sont pas un conflit personnel.

Il s'agit de l'aboutissement d'une campagne menée depuis des années par Trump contre Powell, qui s'est intensifiée au cours du premier mandat de sa deuxième présidence, pour exiger que la Fed réduise les taux d'intérêt à 1 %.

Trump agit au nom des sections les plus rapaces et carrément criminelles de l'oligarchie financière qu'il représente, qui exige des taux plus bas afin de financer les opérations hautement spéculatives dans le domaine des cryptomonnaies, de l'immobilier et d'autres secteurs du marché dans lesquels elle est implantée.

Après avoir maintenu un silence prudent face aux dénonciations de Trump qui le qualifiait de « crétin » et d'« idiot », et malgré les menaces continuelles de le destituer, la décision de Powell de passer à l'offensive et de dénoncer les attaques est significative.

Elle reflète l'évaluation faite par des sections clés de l'establishment financier selon laquelle les attaques de Trump contre l'indépendance de la Fed et ses efforts pour la placer sous son contrôle direct, plutôt que de « rendre à l'Amérique sa grandeur », portent atteinte aux fondements mêmes du système financier américain et menacent sa domination financière mondiale.

Powell a déclaré que les mesures sans précédent prises à son encontre devaient être considérées dans le « contexte plus large des menaces et des pressions constantes de l'administration ».

« La menace de poursuites pénales est une conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d'intérêt en se basant sur notre meilleure évaluation de ce qui servira le public, plutôt qu'en suivant les préférences du président. »

La Fed n'est pas un instrument neutre, et Powell ne parle pas au nom du « public ». Il agit au nom des sections plus traditionnelles de Wall Street qui craignent que les taux d'intérêt plus bas exigés par Trump ne déclenchent l'inflation et ne provoquent des revendications salariales de la classe ouvrière.

La déclaration commune publiée par trois anciens présidents de la Fed encore en vie et d'autres anciens hauts responsables des administrations républicaine et démocrate soutenant Powell a mis en évidence les préoccupations sous-jacentes selon lesquelles les actions de Trump menacent la position dominante des États-Unis au sein du système financier mondial.

Elle a dénoncé l'enquête pénale contre Powell comme « une tentative sans précédent d'utiliser des poursuites judiciaires » pour saper l'indépendance de la Fed.

« C'est ainsi que la politique monétaire est menée dans les marchés émergents dotés d'institutions faibles, avec des conséquences très négatives sur l'inflation et le fonctionnement de leur économie en général. Cela n'a pas sa place aux États-Unis, dont la plus grande force est l'État de droit, qui est le fondement de notre réussite économique. »

Depuis août 1971, lorsque le président Richard Nixon a supprimé la couverture-or du dollar américain, celui-ci fonctionne comme une monnaie fiduciaire. N'étant plus adossé à l'or, incarnation ultime de la valeur, son rôle de monnaie mondiale par excellence repose sur la confiance dans la stabilité du gouvernement et du système financier américains.

La décision de Nixon a été la première manifestation du déclin à long terme de la domination économique de l'impérialisme américain. Mais il lui restait suffisamment de puissance financière et économique pour construire un nouvel ordre financier qui continuait à être basé sur le dollar.

En fait, le nouveau système conférait certains avantages aux États-Unis. Libéré des contraintes imposées par le maintien de la couverture-or, il a permis l'avancée de la financiarisation, c'est-à-dire le recours croissant à la spéculation et aux opérations sur les marchés financiers comme principale source de profits. Dans le même temps, il a permis au gouvernement américain, qui renflouait les entreprises et finançait ses guerres, d'accumuler des dettes toujours plus élevées en raison du rôle du dollar en tant que monnaie mondiale.

Mais ce système atteint désormais ses limites objectives. La dette publique américaine a atteint 38 000 milliards de dollars et continue d'augmenter à un rythme que toutes les grandes institutions financières qualifient d'« insoutenable ».

La crainte grandissante est qu'avec le développement d'une nouvelle crise financière, potentiellement plus importante que celle de 2008 et de mars 2020, les institutions de l'État capitaliste – le gouvernement et la banque centrale – soient incapables de mener à bien les opérations de sauvetage et de renflouement qu'elles ont menées dans le passé.

La confiance dans la stabilité des États-Unis a déjà été sévèrement ébranlée par l'attaque de l'administration Trump contre le système commercial d'après-guerre, avec l'imposition de droits de douane sévères le 2 avril 2025, jour dit de « la libération ».

Cette décision a eu pour effet immédiat de faire plonger le dollar et de déclencher une vague de liquidations de bons du Trésor américain et d'autres actifs financiers.

Si les marchés se sont quelque peu stabilisés grâce à un certain recul de Trump et à la croissance continue de l'économie américaine, largement due à des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, le contenu essentiel de la guerre tarifaire a maintenant émergé sous une autre forme, comme le révèle l'attaque contre le Venezuela.

La violente mainmise militariste sur les ressources – une éruption volcanique de l'impérialisme – est une nouvelle étape dans l'effort désespéré visant à maintenir la domination économique et géopolitique des États-Unis.

La crainte de la faction de la classe dirigeante opposée à Trump et de puissants secteurs de l'establishment financier est que la fin de l'indépendance de la Fed – l'un des piliers du système monétaire fiduciaire – entraînerait un effondrement de la confiance dans le dollar et une crise financière incontrôlable.

Ce manque de confiance se traduit déjà par la hausse du prix de l'or. Il a augmenté de 65 % l'année dernière et a atteint plus de 4600 dollars l'once en réponse à l'annonce de l'enquête pénale sur Powell, avant de reculer légèrement.

Les actions du régime Trump ont déclenché l'alarme au niveau international. Dans un éditorial, le Financial Times a averti : « L'indépendance de la Fed n'est pas seulement un pilier essentiel de la gouvernance économique américaine, mais aussi un point d'ancrage de l'ensemble du système financier mondial. »

Il a ensuite affirmé que cette action était « étrange » car elle semblait inutile, Powell devant prendre sa retraite en mai. Mais cette affirmation ignorait le contexte plus large.

Cette action ne visait pas seulement Powell, mais s'inscrit dans le cadre de la subordination totale de la Fed au président, quelle que soit la personne qui en deviendra le prochain président. Tout aussi significative que l'attaque contre Powell est la tentative de Trump de démettre Lisa Cook de ses fonctions de gouverneure de la Fed, une action qui sera portée devant la Cour suprême à la fin du mois. Si elle aboutit, cela signifiera que la majorité des gouverneurs de la Fed seront des personnes nommées par Trump.

Reflétant la crainte grandissante de ce que les actions de Trump pourraient entraîner, un commentaire publié dans l'Australian Financial Review a évoqué le « cauchemar d'une Fed politisée ». Il qualifiait cette décision d'« effrayante », menaçant de réduire à néant 70 ans d'indépendance de la Fed en matière de politique monétaire, « pilier essentiel de la puissance économique et financière durable des États-Unis ».

Le fait que cela se produise juste avant que Powell ne cède sa place à un nouveau président était « effrayant », car cela montrait clairement qu'il s'agissait d'« une administration qui ne reculera devant rien pour obtenir ce qu'elle veut ».

Le développement de l'IA semblait prometteur, affirmait-il, mais « il ne vaut que par les fondements institutionnels qui le soutiennent et par l'économie et le système financier dans leur ensemble ».

« Il suffirait peut-être d'un ou deux autres coups durs dans le système financier ou l'économie américaine pour que les investisseurs commencent à s'interroger sur tous les autres événements imprévisibles qui se sont produits depuis que Trump a pris les rênes ».

En d'autres termes, il pourrait y avoir une fuite massive de capitaux hors des États-Unis, précipitant une crise financière d'une ampleur sans précédent.

Une telle crise, qui engloutirait le monde entier, s'accompagnerait d'une dévastation sociale et d'une violence encore plus grandes à l'encontre de la classe ouvrière. La seule défense contre cette offensive, déjà en cours, est une lutte sociale et politique indépendante, menée par la création de comités de base, dans le cadre de la lutte pour un programme socialiste.