L'Allemagne et les puissances européennes soutiennent le plan de changement de régime de Trump en Iran

Le président Donald Trump s'adresse à la nation depuis le Salon diplomatique de la Maison-Blanche, le mercredi 17 décembre 2025, à Washington. [AP Photo]

Malgré les tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe, les puissances européennes ont soutenu les menaces de guerre de Washington et de Tel-Aviv contre l'Iran et les projets de changement de régime qui y sont liés. Donald Trump se sert des manifestations antigouvernementales en Iran pour menacer d'une intervention militaire. Le gouvernement allemand, sous la direction du chancelier Friedrich Merz, a fermement approuvé cette stratégie.

Lors d'une visite en Inde, Merz a déclaré qu'il était nécessaire d'œuvrer à une «transition» en Iran, reprenant les justifications classiques des opérations impérialistes de changement de régime. «Je suis actuellement préoccupé par les informations faisant état d'une violence croissante de la part de la police, les soi-disant Gardiens de la révolution iraniens, contre leur propre population», a-t-il affirmé. Le régime iranien n'avait «de toute façon aucune légitimité électorale» et la population se soulevait «désormais contre ce régime». Il a ajouté, sur un ton menaçant:

« Nous sommes en contact étroit avec le gouvernement américain et les gouvernements européens […] afin de garantir une transition pacifique vers un gouvernement démocratique légitime en Iran.» Il a poursuivi ainsi: «Si un régime ne peut se maintenir au pouvoir que par la violence, alors il est de facto condamné. Je pense que nous vivons actuellement les derniers jours et semaines de ce régime.»

Ces déclarations sont sans équivoque. Merz soutient ouvertement un changement de régime orchestré par les États-Unis. En début d'année, il avait déjà défendu l'attaque américaine contre le Venezuela, qui violait le droit international, ainsi que l'enlèvement du président élu, Nicolás Maduro. S'il insiste désormais sur les «contacts étroits» entre l'Allemagne et Washington et spécule ouvertement sur le renversement imminent du pouvoir iranien, cela laisse entendre que le gouvernement allemand est directement impliqué dans les plans d'attaque impérialistes.

Affirmer qu'il s'agit de «paix» ou de «démocratie» relève du cynisme. Les États-Unis, l'Allemagne et leurs alliés européens poursuivent l'objectif d'instaurer en Iran un régime néocolonial à leur solde. Ce faisant, ils s'appuient délibérément sur les forces les plus réactionnaires, notamment le fils du Shah renversé en 1979. Un tel régime confierait le contrôle des immenses réserves de pétrole et de gaz du pays à des entreprises occidentales et intégrerait pleinement l'Iran à l'offensive militaro-stratégique de Washington ciblant la Russie et la Chine.

Pour la classe ouvrière iranienne, une telle «transition» aurait des conséquences catastrophiques. Comme le montre l’expérience de l’Irak, de la Libye et de l’Afghanistan, un changement de régime imposé par l'impérialisme n'est pas synonyme de liberté, mais de dévastation sociale, d'exploitation intense et de répression brutale. Un régime pro-occidental en Iran opprimerait les travailleurs dans l’intérêt du capital financier international avec autant de férocité que le régime actuel.

L'indignation morale vis-à-vis de la violence de l'État iranien est particulièrement hypocrite. Elle est le fait des puissances mêmes qui ont activement soutenu ces deux dernières années le génocide des Palestiniens. La bande de Gaza a été systématiquement transformée en champ se ruines et, selon les chiffres officiels, quelque 70 000 personnes y ont été tuées, principalement des femmes et des enfants. Des calculs indépendants établis par une équipe de chercheurs de l'Institut Max Planck de recherche démographique estiment le nombre de morts à au moins 100 000.

Dès le départ, le World Socialist Web Site a souligné que le génocide de Gaza s'inscrit dans une stratégie de guerre impérialiste globale. L'objectif est la soumission totale du Moyen-Orient, région riche en ressources et d'importance géostratégique décisive, afin de créer les conditions d'une confrontation militaire directe avec la Russie et la Chine. Partageant ces objectifs stratégiques, les puissances européennes ont déjà soutenu les attaques américano-israéliennes contre l'Iran l'année dernière, qui ont coûté la vie à de nombreux hauts gradés de l'armée iranienne, bombardé les installations nucléaires et massacré des centaines de civils.

Merz lui-même avait salué ainsi ces attaques en marge du sommet du G7 au Canada en juin dernier: «Israël fait le sale boulot pour nous tous. Je tiens à exprimer mon plus profond respect pour l’armée israélienne et ses dirigeants qui ont eu le courage d’agir ainsi.» Cette déclaration laissait clairement entendre que le gouvernement allemand considérait les bombardements israéliens comme une opération menée par procuration au service d’intérêts impérialistes communs.

Depuis, l'Allemagne et ses alliés européens ont systématiquement intensifié leur confrontation avec l'Iran. Fin septembre 2025, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont déclenché le mécanisme de rétablissement automatique des sanctions prévues par l'accord sur le nucléaire iranien, réactivant ainsi les sanctions de l'ONU, notamment l'embargo sur les armes, les restrictions sur les missiles et de lourdes sanctions financières. De nouvelles sanctions de l'Union européenne (UE) sont en cours d'élaboration et visent les responsables du régime, notamment par le gel de leurs comptes et l’interdiction de voyager.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé qu'elle proposerait «rapidement» de nouvelles mesures contre «les responsables de la répression». Dans plusieurs capitales européennes, dont Berlin, l'ambassadeur iranien a été convoqué. Par ailleurs, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas font pression pour que les Gardiens de la révolution iraniens soient inscrits sur la liste des organisations terroristes, une mesure qui abaisserait encore le seuil d'une escalade militaire directe.

En Allemagne, cette ligne agressive est soutenue non seulement par les partis au pouvoir, mais aussi par Die Linke (le Parti de gauche). Ce dernier soutient fondamentalement la politique impérialiste de changement de régime, en lui donnant une couche de vernis démocratique. Dans une motion devant être débattue au Bundestag vendredi, ses députés exigent que le gouvernement allemand «condamne avec la plus grande fermeté la violence du régime islamiste en Iran», renforce «les aspirations démocratiques de la société civile» et, parallèlement, mette en œuvre des sanctions cohérentes contre les Gardiens de la révolution. Die Linke avait déjà clairement indiqué qu'il préparait politiquement et idéologiquement le terrain à une intervention militaire occidentale en soutenant ouvertement les frappes militaires américano-israéliennes contre l'Iran l'année dernière.

Le soutien européen à l'offensive militaire de Trump contre l'Iran n'entraînera pas un dégel des relations transatlantiques. Les menaces de Trump contre le Groenland et la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, qui désigne ouvertement l'Union européenne comme une rivale, exacerbent les tensions. Mais tant que les puissances européennes ne seront pas militairement capables de mener au plan mondial des guerres indépendamment de Washington, elles soutiendront les opérations américaines.

Elles défendent en cela plusieurs intérêts, liés entre eux. En soutenant les guerres américaines, elles espèrent obtenir une part du butin impérialiste. Elles veulent poursuivre l'offensive militaire de l'OTAN contre la Russie en Ukraine et dépendent pour cela du soutien militaire et politique de Washington. Enfin, elles se servent de l'escalade militaire de l'impérialisme américain pour accélérer massivement leur propre réarmement. Leur logique est celle-ci: qui n’est pas prêt à utiliser la violence militaire dans un monde où règne la puissance, court à sa perte.

Les travailleurs et les jeunes doivent rejeter fermement ces préparatifs de guerre de même que la propagande avec laquelle les impérialistes européens présentent réarmement et politique de guerre comme de la «politique de paix». Comme par le passé, l’imposition d’intérêts prédateurs impérialistes est inséparable du démantèlement des droits sociaux et démocratiques et de l'instauration d'une dictature. La seule issue progressiste consiste à construire dans la classe ouvrière un mouvement international socialiste anti-guerre qui s'oppose à toutes les puissances impérialistes et lie la lutte contre la guerre à la lutte contre sa cause profonde: le système capitaliste du profit.

(Article paru en anglais le 15 janvier 2026)

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