Guerre à l’extérieur, austérité à l’intérieur: Macron prépare un budget avec l’aide du PS et du NFP

La préparation d’un projet de budget par le gouvernement de Sébastien Lecornu et le PS confirme l’effondrement de la démocratie française, et la complicité du Nouveau Front Populaire (NFP) dirigé par Jean-Luc Mélenchon avec Lecornu et Macron.

Ce budget qui ira à présent à l’Assemblée foule aux pieds l’opinion des Français et surtout des travailleurs. Il continue les mesures d’austérité dans la lignée de la réforme des retraites de 2023, rejetée par 91 pour cent des Français, afin de financer une escalade militaire alors que l’appel de Macron à envoyer des troupes en Ukraine est massivement impopulaire. Il dépend de l’aide du PS, qui n’a pu maintenir une présence parlementaire après son effondrement à moins de 2 pour cent des voix en 2022 que grâce à son alliance avec Mélenchon.

En violant ouvertement la démocratie, la négociation du budget discrédite Macron et le NFP. Cela permet au Rassemblement national (RN) néofasciste de consolider sa position électorale parmi des travailleurs dégoûtés par Macron, l’opportunisme impuissant du NFP, et le bradage par les directions syndicales des grèves de masse contre la réforme des retraites en 2023.

En 2026, le budget militaire devrait atteindre environ 57,1 milliards d’euros (hors pensions), une hausse de 13 pour cent par rapport à 2025, avec 6,7 milliards d’euros supplémentaires. Cette augmentation, portée par la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 et un effort supplémentaire du gouvernement, sert à moderniser les équipements—Rafale (flotte portée à 286 appareils), drones, artillerie et cyberdéfense—et à augmenter les effectifs. Elle finance aussi l’arsenal nucléaire et les opérations extérieures militaires.

Des dizaines de milliards sont arrachés à la santé, à l’éducation, aux retraites et aux services locaux pour financer une offensive guerrière que les travailleurs rejettent massivement.

Lecornu impose une réduction de postes et suppression de crédits dans plusieurs opérateurs publics, la suppression de 3.119 postes de fonctionnaires, et pour les collectivités territoriales de nouveaux prélèvements et des réductions de certaines dotations. Plusieurs missions voient leurs crédits rabotés de manière générale—notamment Travail, emploi, Cohésion des territoires ou Solidarité, insertion et égalité des chances, avec des baisses comprises entre 2 et 27 pour cent.

Le plan de financement de la Sécurité Sociale prévoit de ramener la part du financement contribué par l’État à 17,5 milliards en 2026 contre 23 milliards en 2025 par des hausses de contributions et de taxes sur les mutuelles qui seront répercutées sur les travailleurs. Ainsi l’écrasante majorité des 684 milliards de dépenses de la Sécurité sociale vient des contributions des travailleurs et des entreprises, non pas de l’État.

Le gouvernement Lecornu étant minoritaire, il n’a pas réussi à faire adopter un budget à l’automne, et sa survie dépend d’une alliance avec des fractions du NFP—surtout, le PS. Cette alliance demeure toutefois fragile et bancale, car une crainte profonde de la colère ouvrière taraude tous les partis à l’Assemblée.

Présenté en octobre par Lecornu, le budget qui prévoyait 30 milliards d’économies n’a pas été adopté dans les délais, faute de majorité parlementaire. Aucun des partis d’opposition n’osait donner un blanc-seing aux mesures impopulaires de Macron. Pour éviter une interruption du fonctionnement de l’État au 1ᵉʳ janvier, une loi spéciale transitoire a été votée fin décembre, reconduisant provisoirement les dépenses essentielles. Le gouvernement doit donc encore faire adopter un budget complet pour 2026.

La direction du NFP, c’est-à-dire le parti La France insoumise (LFI) de Mélenchon, ainsi que le RN, tentent de prendre leurs distances vis-à-vis du PS et du budget d’un gouvernement impopulaire en présentant des motions de censure contre Lecornu. Mais ces motions de censure, présentées par des groupes également minoritaires à l’Assemblée, ne sont que des gestes impuissants.

Une motion de LFI mercredi 14 janvier n’a pas été adoptée en raison de l’abstention des groupes LR et PS, tout comme celle déposée par le RN. Ces motions portaient non pas sur les priorités militaires et fiscales de Lecornu-Macron, mais sur le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur signé par Ursula Von der Leyen le 17 janvier au Paraguay.

Pour éviter une explosion sociale et un désaveu par leurs propres électeurs, Lecornu et le PS ont abandonné certaines des mesures budgétaires les plus provocatrices proposées en 2025. Mais ce ne sont que des gestes cyniques. Le doublement des franchises médicales est suspendu, remplacé par l’augmentation des taxes sur les mutuelles. La réforme des retraites est partiellement suspendue, l’âge de la retraite étant pour l’heure passé de 62 à 63,5 ans, plutôt qu’à 64 ans.

Lecornu a accordé l’augmentation du barème de l’impôt sur le revenu, la revalorisation de la prime d’activité d’environ 50€ en moyenne pour 3 millions de ménages modestes ou la généralisation des repas universitaires à 1€ pour tous les étudiants.

La formulation d’un budget ayant le soutien partiel du PS, et donc de fractions des appareils syndicaux liées au PS comme la CFDT, ne résout pas la crise. Vendredi soir, le Premier ministre a pris la parole depuis Matignon pour aborder sa stratégie pour éviter la chute de son gouvernment sur un budget de l’État déjà très en retard. Il a brandi la menace d’un recours politiquement explosif à l’imposition du budget sans vote parlementaire—soit par ordonnances, soit via le 49-3.

Le recours par Lecornu au 49-3 pour le volet «recettes», la partie «dépenses», puis pour l'ensemble du budget l'exposerait autant de fois au risque d'être renversé par le vote d'une motion de censure. Le recours aux ordonnances dépénd de l’article 47 de la Constitution, qui prévoit que «si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de 70 jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance.» Le Conseil des ministres validerait alors le budget même si le gouvernement venait à être censuré, ce que le PS lui-même a brandi comme menace.

Il n’y a aucune avenue pour les travailleurs pour défendre la démocratie et s’opposer à l’austérité et à la guerre impérialiste dans le cadre faussé du parlementarisme français. Les partis d’opposition, LFI et le RN, ne mettent pas en cause le réarmement de la France et de l’Europe alors que le RN prépare ouvertement un projet d’austérité draconienne à 100 milliards d’euros.

Une large majorité des Français s’est déclarée en faveur du blocage de l’économie via la grève générale pour faire chuter Macron, et contre ses politiques d’austérité et de guerre à outrance. Comment la volonté populaire de lutte, constamment violée, peut-elle être imposée contre une élite dirigeante antidémocratique et réactionnaire? Pour cela, il faut que la classe ouvrière s’organise indépendamment des appareils politiques et syndicaux du NFP, sur une perspective internationaliste de la défense de la démocratie par une lutte révolutionnaire pour le pouvoir ouvrier et le socialisme.

Le NFP, et surtout le parti populiste LFI et la bureaucratie stalinienne de la CGT, fonctionne comme principal obstacle à une telle lutte. LFI n’a lancé aucun appel aux 8 millions d’électeurs de Mélenchon, concentrés dans les quartiers ouvriers des grandes villes, à faire grève contre Macron. LFI s’est adapté au bradage des grèves contre la réforme des retraites par l’appareil de la CGT, et s’est allié au PS, un parti impérialiste qui adopte des politiques antiouvrières depuis des décennies.

A l’approche des prochaines explosions sociales qui germent, en France et à l’international, les travailleurs devront construire leurs propres comités d’action à la base. Face aux parlementaires populistes de LFI et des organisations petite-bourgeoises de pseudo-gauche qui gravitent autour du NFP, le Parti de l’égalité socialiste luttera pour construire une avant-garde révolutionnaire trotskyste luttant pour le transfert du pouvoir vers les organisations de lutte de classe ouvrière.

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