Perspective

Un rapport d'Oxfam révèle une forte augmentation de la richesse des milliardaires en 2025: les arguments en faveur de l’expropriation

Un agent de sécurité de la police patrouille sur le toit d'un hôtel à Davos, en Suisse, le lundi 20 janvier 2020, à la veille du Forum économique mondial. [AP Photo]

Les milliardaires du monde entier se réunissent cette semaine au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, dans un contexte de crise économique, sociale et géopolitique généralisée. Les États-Unis et les puissances européennes s'opposent frontalement quant au projet d'annexion du Groenland par Trump, tandis qu'aux États-Unis mêmes, Trump a placé la ville de Minneapolis sous occupation militaro-policière dans le cadre de sa campagne pour instaurer une dictature.

Le rapport annuel publié lundi par l'organisation caritative britannique Oxfam documente les racines sociales et économiques sous-jacentes de cette explosion de la crise capitaliste. Il montre que l'extension violente des dictatures et des guerres se produit parallèlement à une accélération tout aussi violente des inégalités sociales dans le monde.

Le rapport, intitulé «Resisting the Rule of the Rich» (Résister au règne des riches), explique que le monde «a atteint un tournant critique» où «les inégalités extrêmes» détruisent les formes démocratiques de gouvernement.

[Photo: Oxfam]

Si les inégalités s’accroissent depuis des décennies, l'année 2025 elle, a marqué une accélération record de l'accumulation de richesses par l'oligarchie capitaliste. Parmi les faits documentés dans le rapport figurent ceux-ci:

  • En 2025, la fortune mondiale des milliardaires a triplé par rapport aux cinq années précédentes, atteignant le chiffre record de 18 300 milliards de dollars, soit une augmentation de 81 pour cent depuis 2020. Le nombre de milliardaires a dépassé les 3000 pour la première fois.

  • Les douze milliardaires les plus riches possèdent désormais plus que la moitié la plus pauvre de l'humanité, soit quatre milliards de personnes. Les 2 500 milliards de dollars qui ont enrichi les milliardaires l'an dernier permettraient d'éradiquer l'extrême pauvreté 26 fois.

  • Aux États-Unis, les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 1 500 milliards de dollars durant la première année du retour de Trump à la Maison-Blanche, soit une hausse de 22 pour cent, portant leur patrimoine cumulé à 8 200 milliards de dollars. Les 14 milliardaires américains les plus riches possèdent désormais plus que tous les autres milliardaires américains réunis (chiffres de 2020).

  • La fortune d'Elon Musk, PDG de Tesla et de SpaceX, a atteint plus de 700 milliards de dollars, soit plus que l'ensemble des 400 personnes les plus riches du classement Forbes de 1997. Il est le premier individu de l'histoire à avoir accumulé plus de 500 milliards de dollars de fortune personnelle.

[Photo: Oxfam]

Oxfam analyse comment cette forte augmentation des inégalités sociales a engendré ce qu'elle appelle l’«érosion démocratique» et l'effondrement des formes démocratiques de gouvernement. Le rapport souligne que les milliardaires ont 4 000 fois plus de chances d'occuper des fonctions politiques que le reste de la population. Lors de l'élection américaine de 2024, un dollar sur six provenait de seulement 100 familles milliardaires.

Les immenses fortunes de l'oligarchie sont directement liées à son contrôle des gigantesques trusts. Plus de la moitié des plus grandes entreprises médiatiques mondiales, par exemple, appartiennent à des milliardaires. Six milliardaires contrôlent neuf des dix principales plateformes de médias sociaux. Huit des dix plus grandes entreprises d'intelligence artificielle sont contrôlées par des milliardaires.

Le cabinet de Trump, dont la fortune cumulée dépasse 450 milliards de dollars – soit plus que le produit intérieur brut de 175 pays – est le plus riche de l'histoire américaine. Trump lui-même a profité de sa présidence pour empocher au moins 1,4 milliard de dollars en une seule année, selon le New York Times, dont 867 millions grâce à des investissements dans les cryptomonnaies permettant à des gouvernements étrangers de transférer directement de l'argent à sa famille, et un jet privé de 400 millions de dollars acquis au Qatar. À son départ de la Maison-Blanche en 1953, Harry Truman ne possédait pas de voiture. Les revenus de Trump représentent 16 822 fois le revenu médian des ménages américains.

Elon Musk, Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Meta), Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple) et Sam Altman (OpenAI) étaient assis au premier rang de la rotonde du Capitole à l'investiture de Trump, et ils en ont été largement récompensés. Ces hommes figurent parmi les 15 personnes les plus riches du monde; leur fortune cumulée a augmenté de 747 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 31 pour cent. Musk a, à lui seul, engrangé 308 milliards de dollars (73 pour cent). Les cofondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont respectivement ajouté 106 milliards et 93 milliards de dollars à leur portefeuille. Mark Zuckerberg a ajouté 24 milliards de dollars à sa fortune. Jensen Huang de Nvidia a lui, vu sa fortune s'accroître de 49 milliards de dollars.

«Résister au règne des riches », le titre du rapport d'Oxfam, promet une réponse politique à la montée des inégalités sociales. Mais le lecteur n’y trouve qu’un ensemble de réformes sociales modestes: taxation des milliardaires, réforme du financement des campagnes électorales et suppression des niches fiscales.

Le sénateur Bernie Sanders ne cesse d'exiger que les oligarques «paient leur juste part». Mais quelle est cette juste part? La classe capitaliste, à l'instar des propriétaires d'esclaves du Sud des États-Unis et des aristocrates de la France prérévolutionnaire, ne crée pas la richesse: elle se l'approprie à travers l’exploitation de la classe ouvrière, qui produit pourtant toute la richesse de la société. Comme lors des précédentes révolutions, il ne s'agit pas d'obtenir d'une classe dirigeante retranchée dans ses positions de modestes réformes, que celle-ci refusera catégoriquement, mais de renverser l'ensemble de la structure sociale qui soutient son pouvoir.

Le caractère oligarchique de la société est incompatible avec les droits démocratiques les plus élémentaires. Ce fait montre l'urgence de la revendication formulée par Trotsky dans le programme fondateur de la Quatrième Internationale, celle de l'«expropriation de divers groupes de capitalistes». De la même manière, Trotsky affirmait: «nous revendiquons l'expropriation des compagnies monopolistes de l'industrie de guerre, des chemins de fer, des plus importantes sources de matières premières, etc.»

Il faut briser l'emprise des oligarques sur la vie sociale, économique et politique en expropriant leurs richesses et en mettant fin à leur contrôle des forces productrices. Cela ne peut se faire par de simples appels ou réformes, mais uniquement par le développement d'une lutte sociale de masse menée par la classe ouvrière, aux États-Unis comme à l'international.

Après tout, derrière ces milliardaires se tiennent des forces militaires et policières massives et organisées, armées jusqu’aux dents. Ceux qui détiennent toute cette richesse sont parfaitement conscients d'être objectivement en conflit avec l'immense majorité de la population. Le déploiement de troupes par Trump à Minneapolis fait partie d’un complot en plein développement visant à instaurer une dictature. Trump parle et agit cependant dans l'intérêt d'une classe, l'oligarchie capitaliste.

Tous les partis qui soutiennent ce système, y compris toutes les factions du Parti démocrate, sont fondamentalement incapables de s'opposer à l'oligarchie financière. Fait significatif, le jour même de la publication du rapport d'Oxfam, le New York Times publiait un article indiquant que Zohran Mamdani, membre des Socialistes démocrates d'Amérique et actuel maire de New York, était en train de «mettre de coté» son «projet de taxation des riches».

Quelques semaines après son entrée en fonction Mamdani, qui avait obtenu un large soutien grâce à la vaste opposition aux inégalités sociales, s'est rapproché de l’aspirant dictateur Trump et a abandonné jusqu’aux plus timides de ses promesses de campagne en fait de réduction des inégalités sociales. La politique obéit, comme toujours, à une logique de classe.

La solution à tous les grands problèmes sociaux auxquels l'humanité est confrontée – fascisme et dictature, pauvreté, catastrophe environnementale, guerre et inégalités ahurissantes – exige une attaque directe et consciente du pouvoir de l'oligarchie capitaliste. Ces crises ne peuvent être résolues par des réformes ou des appels à l'élite dirigeante. Elles requièrent l'expropriation des milliardaires, le démantèlement de leur emprise sur l'économie et l'abolition du système capitaliste même.

L'opposition grandit et s'exprime sous différentes formes, notamment, durant les trois premières semaines de 2026, par des manifestations de masse contre l'occupation militaro-policière de Minneapolis et par la grève de 15 000 infirmières à New York. Mais ce mouvement naissant doit se doter d'une stratégie politique claire.

Le Parti de l'égalité socialiste appelle à la formation de comités de la base dans chaque lieu de travail, école et quartier afin d'unir la classe ouvrière dans une offensive commune pour ses droits sociaux et démocratiques, indépendamment de l'appareil syndical pro-capitaliste. Cette offensive doit s'accompagner du développement d'une direction révolutionnaire dans la classe ouvrière, vouée à la lutte pour le socialisme, aux États-Unis et à l'international.

(Article paru en anglais le 21 janvier 2026)

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