Au moins 45 personnes sont mortes après l’horrifiante collision ferroviaire près de la ville d'Adamuz, en Andalousie, dimanche soir, vers 19h45. La colère monte parmi les travailleurs qui mettent depuis longtemps en garde contre le mauvais entretien et le sous-financement de la sécurité ferroviaire dans le cadre du programme de privatisation supervisé par le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE)-Sumar, et les conducteurs de train appellent à la grève.
L'accident s'est produit lorsque les voitures arrière d'un train à grande vitesse de la société italienne privée Iryo en route vers le nord, de Málaga à Madrid, ont déraillé sur un tronçon de voie droite. Elles ont été projetées sur une contre-voie et ont percuté l'avant d'un train Alvia de l'opérateur d'État espagnol Renfe qui se dirigeait vers le sud, de Madrid à Huelva. Alors que les deux trains circulaient apparemment à environ 205 km/h (127 mph), les voitures de tête du train Renfe déraillèrent et s'écrasèrent en bas d’un talus de 4 mètres.
Les secouristes ont travaillé sous les projecteurs dans la zone rurale vallonnée autour d'Adamuz, pour secourir les survivants et récupérer les corps dans les débris tordus des trains. Plus de 150 personnes ont été blessées, dont 12 en soins intensifs, tandis que des corps étaient encore retrouvés mercredi et jeudi, le bilan grimpant à 45 morts hier, dont le conducteur de 28 ans du train Renfe.
La colère des cheminots et du grand public s'est amplifiée après l'annonce du décès d'un conducteur de train stagiaire dans un autre déraillement à Gelida, près de Barcelone, lorsqu'un train de banlieue est entré en collision avec un mur de soutènement qui s'était effondré sur les voies.
Mardi matin, le syndicat espagnol des machinistes ferroviaires (SEMAF) a été contraint de lancer un appel à la grève. Critiquant la «détérioration incessante du matériel ferroviaire», il a appelé à «garantir la sécurité et la fiabilité du réseau». Affirmant que son appel à la grève visait à «donner une autorisation légale aux mobilisations des travailleurs», il a souligné la «responsabilité pénale des personnes chargées de garantir la sécurité des infrastructures ferroviaires».
Si certains responsables peuvent être tenus pénalement responsables pour leur rôle dans la catastrophe, il faut dire sans détour que ces crimes découlent de la politique droitière menée par les gouvernements PSOE-Podemos, puis PSOE-Sumar. En détournant sans relâche des fonds vers la privatisation des chemins de fer, l'armée et l'enrichissement de l'oligarchie capitaliste espagnole, ils ont privé les chemins de fer de l'entretien nécessaire. Cela a créé les conditions propices à des catastrophes telles que la collision d'Adamuz.
Le Premier ministre Pedro Sanchez (PSOE) s'est rendu à Adamuz, où il a déclaré que son gouvernement serait honnête avec le public quant aux causes de l'accident. «Nous nous demandons tous comment cela a pu se produire, ce qui s'est passé. Nous découvrirons la vérité», a-t-il déclaré. «Lorsque nous l'aurons découverte, nous en informerons le public en toute transparence. Je peux garantir aux victimes que nous les protégerons et les aiderons aussi longtemps que nécessaire.»
Podemos, le parti stalinien-pabliste qui a gouverné pendant quatre ans en alliance avec le PSOE et dont la faction Sumar est toujours au gouvernement, a tenu des propos similaires. Dans une brève déclaration sur Adamuz, le secrétaire à l'organisation et co-porte-parole national de Podemos, Pablo Fernández, a remercié les équipes de secours pour leur travail «inlassable», ajoutant: «Nous espérons que les causes de ce terrible accident seront clarifiées dès que possible et qu'il y aura à tout moment la plus grande transparence possible.»
Mais malgré toutes les promesses de «transparence» du PSOE et de Podemos, ils dissimulent les causes de la catastrophe et leur propre responsabilité dans celle-ci.
Lundi, le ministre des Transports, Oscar Puente, a déclaré que l'accident était «étrange, très étrange, difficile à expliquer pour l'instant... À l'heure actuelle, nous ne pouvons pas spéculer sur la question de savoir si la faute incombe au matériel roulant ou aux rails. Nous ne savons pas». Il a ajouté: «Concrètement, les travaux sur les échangeurs de cette partie de la voie ont pris fin en mai. Dans ces conditions, l'accident, qui s'est produit sur une portion rectiligne de la voie, est extrêmement étrange... Nous espérons que l'enquête nous aidera à clarifier ce qui s'est passé ».
Les arguments avancés par Puente sont des mensonges absurdes destinés à défendre le programme de privatisation de son gouvernement. Bien que les trains et les infrastructures ferroviaires doivent encore faire l'objet d'une enquête approfondie, les travailleurs avaient à maintes reprises signalé que la voie où l'accident s'est produit était mal entretenue et dangereuse.
La ligne à grande vitesse Madrid-Andalousie est la plus ancienne d'Espagne, lancée en 1992. Elle a connu une forte augmentation du trafic dans le cadre de la privatisation du rail, Ouigo et Iryo (des entreprises privées détenues en partie par les chemins de fer français et italiens, respectivement) ayant ravi une partie de ce corridor ferroviaire lucratif à l'opérateur ferroviaire public espagnol, Renfe. Mais les travaux d'entretien nécessaires n'ont pas été effectués. Au lieu de cela, une entreprise publique issue de la scission de Renfe en 2005, Adif, a été chargée de gérer les voies, alors même que les revenus tirés de leur utilisation étaient détournés de l'entretien vers les actionnaires d'entreprises privées telles que Ouigo et Iryo.
Tout au long de l'année dernière, les cheminots ont alerté l'Adif et les autorités publiques des dangers dans la région d'Adamuz. L'Adif a été contrainte de publier huit rapports l'année dernière sur des problèmes liés aux équipements de signalisation, aux nids-de-poule et aux bosses sur les voies, ainsi qu'aux déséquilibres dans les lignes électriques aériennes de la région. Ces rapports se sont poursuivis au moins jusqu'en octobre, bien après que Puente ait déclaré que la voie ferrée avait été réparée.
En août, les plaintes des conducteurs de train sont devenues si graves que le syndicat SEMAF a dû écrire une lettre à Adif, avertissant de «l'usure sévère» des infrastructures ferroviaires. La lettre indiquait que les conducteurs de train soulevaient des inquiétudes «quotidiennement», mais qu'aucune mesure n'avait été prise.
Mercredi, le quotidien britannique The Independent a cité une source anonyme proche de l'enquête affirmant que «des experts avaient trouvé un joint cassé sur les rails. Les techniciens sur place ont identifié une usure au niveau du joint reliant les rails, appelé éclisse, qui, selon eux, indiquait que le défaut était présent depuis un certain temps». La source «a refusé d'être identifiée en raison du caractère sensible de la question».
Les techniciens soulèvent également des problèmes potentiels concernant le train Iryo. Jose Trigueros, président de l'Association espagnole des ingénieurs routiers, a examiné les images publiées par les autorités espagnoles et a mis en garde contre une possible «défaillance des bogies des wagons arrière» du train Iryo.
Bien que les causes précises de l'accident dussent encore être déterminées, celui-ci trouve son origine dans le refus des autorités publiques et des entreprises privées de financer les travaux d'entretien nécessaires. Un tel financement est incompatible avec les priorités de droite des gouvernements PSOE-Podemos et PSOE-Sumar. Lorsque les chemins de fer ont été privatisés, ces gouvernements ont distribué des dizaines de milliards d'euros provenant des fonds de sauvetage de l'UE aux banques espagnoles. Et depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement PSOE-Podemos en 2020 jusqu'à aujourd'hui, les dépenses militaires déclarées publiquement ont presque doublé, passant de 18 à 34 milliards d'euros.
Sur la même période, la richesse des plus grands milliardaires espagnols est passée de 70 à 110 milliards d'euros pour Ormancia Ortega, de 4 à 8 milliards pour Rafael del Pino, et de 5 à 8 milliards pour Juan Roig.
Les deux catastrophes ferroviaires des derniers jours en Espagne soulignent que la société ne peut pas fonctionner au milieu de la monopolisation d'une telle richesse immense par des oligarques capitalistes parasites, soutenus par les partis pseudo-de gauche de la classe moyenne comme Podemos.
Il faut mobiliser le plus largement possible les travailleurs contre la politique de privatisation du gouvernement PSOE-Sumar. Il faut également mettre en garde les travailleurs qui entrent en lutte contre Podemos, Sumar et les bureaucraties syndicales alliées à ces partis. Ils n’ont pas juste tardé à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin au pillage du secteur ferroviaire, ils ont contribué à faire échouer les grèves. Lors de grèves importantes comme celle des métallurgistes de Cadix en 2021 ou des camionneurs espagnols en 2022, les bureaucraties syndicales ont œuvré pour truquer les votes et mettre fin aux grèves alors que Podemos siégeait au gouvernement quand celui-ci envoyait la police anti-émeute pour attaquer les grévistes. Aujourd'hui, ils agiront délibérément et sans relâche pour étouffer les grèves dirigées contre leur politique de privatisation.
Les travailleurs qui veulent faire grève contre cette politique doivent s'organiser de manière indépendante, au sein de comités de sécurité de la base, afin de prendre le contrôle de leurs conditions de travail et de sécurité. Cette lutte doit faire partie d'une lutte socialiste plus large de la classe ouvrière pour exproprier les oligarques capitalistes qui pillent la société et utiliser cette richesse, créée par la classe ouvrière, pour satisfaire les besoins de la société et non pas leurs profits privés.
