Le gouvernement Carney intensifie l’assaut sur les services publics par des milliers de licenciements, y compris à Santé Canada

Le premier ministre canadien Mark Carney s'adresse aux troupes à l'arsenal de Fort York à Toronto, le 9 juin 2025, juste avant d'annoncer une augmentation immédiate de 19 % des dépenses militaires. [Photo: Mark Carney/Facebook]

Au cours de la semaine dernière, quelque 10 000 fonctionnaires fédéraux canadiens ont été avertis par courrier que leur emploi pourrait bientôt être supprimé. Cette offensive brutale de réduction des coûts est un élément central de la campagne menée par le gouvernement libéral fédéral pour lever des dizaines de milliards de dollars destinés à la machine de guerre canadienne et à l'enrichissement de son oligarchie financière.

Les employés visés comprennent les travailleurs de Santé Canada, Affaires mondiales Canada, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Transports Canada, Emploi et Développement social, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Agriculture Canada, Statistique Canada, Services partagés Canada, le Secrétariat du Conseil du Trésor et Services publics et Approvisionnement Canada.

Le premier ministre Mark Carney vise à « économiser » 60 milliards de dollars en supprimant 28 000 postes fédéraux au cours des quatre prochaines années et en procédant à d'autres coupes dans les « dépenses discrétionnaires ». Dans le même temps, son gouvernement consacre beaucoup plus de fonds au réarmement, engageant 80 milliards de dollars supplémentaires pour l'armée canadienne et l'expansion de la base militaro-industrielle du Canada dans le seul budget de l'automne dernier.

Rien qu'à Santé Canada, les syndicats signalent que plus de 1900 employés ont été avertis que leur emploi était menacé, avec la délivrance officielle d'« avis de réaménagement des emplois ». Cela concerne 895 membres de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), plus de 700 membres de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) et 331 membres de l'Association canadienne des employés professionnels (ACEP).

Dans l'ensemble des agences et ministères fédéraux, l'AFPC a signalé que plus de 5000 de ses membres ont reçu des « avis de réaménagement des emplois » la semaine dernière. Environ 2550 membres de l'ACEP et 2700 membres de l'IPFPC ont également été informés que leur poste allait être supprimé.

L'ampleur et la nature des suppressions d'emplois montrent clairement qu'elles porteront atteinte à des systèmes essentiels dont dépendent des millions de personnes. Les employés de Santé Canada supervisent l'autorisation des médicaments et la surveillance de leur innocuité, la réglementation des aliments et des produits de consommation et la gestion des risques pour la santé publique. Les employés d'Agriculture Canada jouent un rôle central dans la surveillance du système alimentaire et les mesures prises par le gouvernement fédéral en cas d'épidémie.

Comme l'a averti l'IPFPC, « les suppressions massives d'emplois à Santé Canada affaibliront les systèmes dont dépendent les Canadiens ». Les travailleurs visés sont les spécialistes qui veillent à la sécurité des médicaments, à ce que les aliments ne rendent pas les gens malades et à ce que les produits dangereux soient retirés des rayons. Même selon les chiffres du gouvernement, les effectifs de Santé Canada ont déjà été réduits par attrition. Les chiffres du Conseil du Trésor indiquaient 9628 employés en mars 2025, contre 10 118 en 2024.

Ces réductions sont d'autant plus imprudentes qu'elles sont imposées en pleine crise de santé publique déclenchée par l'apparition de la pandémie de COVID-19 au début de l'année 2020. Les mesures d'atténuation et les campagnes de vaccination ayant été abandonnées depuis longtemps par les responsables gouvernementaux afin d'apaiser l'extrême droite, la COVID continue de se propager. Parallèlement, une souche virulente de grippe est en pleine expansion et la rougeole a fait un retour en force, le Canada perdant son statut de « pays exempt de rougeole » qu'il détenait depuis longtemps.

Cette attaque soutenue contre la santé publique n'est pas un phénomène propre au Canada, mais s'inscrit dans le cadre d'une offensive internationale menée par les élites au pouvoir qui considèrent les infections de masse, les maladies chroniques et les décès prématurés comme des « compromis » acceptables pour défendre leurs profits. La campagne de dénigrement de la science menée par l'administration Trump – incarnée par la promotion politique des forces anti-vaccins et anti-santé publique autour du secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr – a encouragé une offensive plus large visant à détruire les services de santé dont dépendent des millions de personnes.

Les licenciements qui balayent la fonction publique fédérale sont le résultat du budget « Canada fort » adopté l'année dernière par les libéraux, un programme ouvertement de droite de guerre de classe et de réarmement militaire qui a été mis en œuvre avec la complicité de tous les partis au Parlement. Son adoption a dépendu de l'intervention calculée du Nouveau Parti démocratique (NPD), soutenu par la bureaucratie syndicale, ainsi que des Verts, qui ont tous veillé à ce que le gouvernement minoritaire de Carney survive et que la politique d'austérité puisse être accélérée et intensifiée sans interruption.

Tout en se présentant comme des opposants aux coupes fédérales, les députés du NPD ont utilisé des abstentions et des manœuvres parlementaires pour maintenir Carney au pouvoir et le budget intact, autorisant ainsi la destruction d'emplois qui se propage actuellement dans la fonction publique fédérale.

Depuis 2019, le NPD soutient les gouvernements libéraux successifs qui ont massivement augmenté les dépenses militaires, mené la guerre contre la Russie, soutenu le génocide israélien à Gaza et imposé l'austérité et des réductions des salaires réels. L'une des initiatives les plus importantes du gouvernement libéral a été de rendre pratiquement illégal le droit de grève, en utilisant une redéfinition bidon d'une clause obscure du Code canadien du travail pour interdire les grèves par décret ministériel sans même passer par un vote parlementaire. Rien de tout cela n'a empêché le NPD et les syndicats de poursuivre leur collaboration avec les libéraux.

Alors même que les suppressions d'emplois prévues dans le budget étaient dévoilées, le Congrès du travail du Canada a exhorté le NPD à ne pas renverser le gouvernement, mais à collaborer à « l'amélioration » du budget – un engagement explicite à maintenir les travailleurs enchaînés au cadre politique même responsable de l'attaque.

La réponse de l'AFPC a été du même ordre : une critique modérée et une accommodation immédiate, associées à un refus de mobiliser les membres dans une lutte pour mettre fin aux licenciements. L'objectif de la bureaucratie n'est pas de défendre les travailleurs, mais de gérer leur opposition, en la maintenant dans un système de négociation collective truqué en faveur de l'employeur et appliqué par les tribunaux, les commissions du travail et l'appareil coercitif de l'État capitaliste.

En réponse aux « avis de réaménagement des effectifs » de la semaine dernière, l'AFPC a déclaré dans un communiqué de presse : « L’AFPC continuera d’épauler ses membres touchés et de s’opposer aux coupes qui menacent les emplois et les services indispensables à la population. Le syndicat a élaboré des ressources sur le réaménagement des effectifs afin d’aider ses membres à traverser cette période difficile, notamment une foire aux questions, un guide, un organigramme et une vidéo d’information. » En d'autres termes, les travailleurs seront livrés à eux-mêmes, sans aucune proposition d'action collective, telle que des grèves ou même des manifestations de protestation, de la part de la bureaucratie.

L'hostilité de la bureaucratie de l'AFPC à toute résistance de la classe ouvrière est enracinée dans les intérêts de classe de l'appareil syndical corporatiste. La direction de l'AFPC – comme l'ensemble de la bureaucratie syndicale, du Congrès du travail du Canada jusqu'aux échelons inférieurs – entretient des liens étroits avec l'État et les grandes entreprises, dont les bureaucrates syndicaux privilégiés de la classe moyenne tirent largement profit. Ils soutiennent les suppressions d'emplois et autres mesures d'austérité, ainsi que le programme de réarmement et toutes les guerres de l'impérialisme canadien à travers le monde, car ils profitent de l'exploitation accrue des travailleurs au pays et du pillage impérialiste canadien à l'étranger.

Des fonctionnaires fédéraux manifestent à Ottawa pendant leur grève de 2023. Le président de l'AFPC de l'époque, Chris Aylward, est à l'extrême droite. [Photo: Twitter/Facebook]

Les fonctionnaires fédéraux ont déjà subi les conséquences de l'alliance entre les libéraux, le NPD et les syndicats. Les licenciements actuellement en cours ont été préparés par la trahison de la grève fédérale de 2023, lorsque plus de 100 000 membres de l'AFPC se sont mis en grève contre l’assaut salarial mené par le gouvernement Trudeau et l'effondrement du niveau de vie dû à l'inflation. Cette grève a montré l'immense pouvoir de la classe ouvrière, mais elle a également révélé le rôle décisif joué par l'appareil syndical pour empêcher les travailleurs d'utiliser ce pouvoir. L'AFPC a maintenu les travailleurs isolés, réprimé l'initiative de la base et bloqué tout élargissement de la lutte à des sections plus larges de travailleurs confrontés à des attaques similaires. Après avoir organisé des piquets de grève contrôlés et maintenu les négociations dans le secret, le syndicat a brusquement mis fin à la grève et ordonné aux travailleurs de reprendre le travail sur la base d'un accord provisoire qui entérinait des réductions des salaires réels et laissait en suspens des questions fondamentales, notamment la protection du travail à distance.

La trahison de l'AFPC a été un facteur majeur qui a facilité les attaques toujours plus agressives du gouvernement libéral contre les travailleurs, notamment l'interdiction systématique des grèves en vertu de l'article 107 du Code du travail à partir de l'été 2024. L'AFPC et les syndicats dans leur ensemble, tant dans le secteur public que privé, ont bloqué toute action de la classe ouvrière contre le démantèlement du droit de grève, alors que tous les camps de la classe dirigeante ont réagi à la deuxième administration Trump en se précipitant vers la droite et en adoptant une grande partie du programme social anti-ouvrier de Trump.

L'attaque contre les fonctionnaires fédéraux est parallèle à la restructuration de Postes Canada par le gouvernement Carney. Le PDG Doug Ettinger a déclaré que la société d'État avait pour objectif de supprimer quelque 30 000 emplois au cours de la prochaine décennie. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes collabore aux attaques de la direction en isolant l'opposition des travailleurs et en tentant d'imposer des ententes de principe traitresses conclues dans le dos de la base.

Les travailleurs fédéraux doivent tirer la conclusion qui s'impose : la lutte contre les licenciements et la défense de services publics de qualité exigent une lutte sociale et politique unifiée contre le gouvernement Carney et ses alliés au sein de la bureaucratie syndicale et du NPD. Les travailleurs ne peuvent réussir qu'en rompant consciemment avec la politique nationaliste et pro-capitaliste défendue par le NPD et les syndicats, et en sortant du système de « négociation collective » anti-ouvrier et capitaliste réglementé par l'État que la bureaucratie syndicale soutient.

Ce qu'il faut, c'est une stratégie entièrement nouvelle, fondée sur l'unification de la classe ouvrière à travers le Canada et à l'échelle internationale dans une contre-offensive sociale et politique pour des emplois décents et sûrs, la fin de l'austérité, la fin du financement du militarisme et de la guerre, et la défense de tous les droits démocratiques, y compris le droit de grève. Cette lutte n'est possible que sur la base d'un programme socialiste et internationaliste et nécessite la création de comités de base afin que les travailleurs prendre le contrôle de leur lutte en le retirant des mains de la bureaucratie syndicale.

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