Les séparatistes québécois utilisent l’accord commercial Canada-Chine pour courtiser Trump

L’accord commercial limité entre le Canada et la Chine que le premier ministre Mark Carney a conclu avec le président Xi Jinping lors de sa visite à Pékin plus tôt ce mois-ci a été dénoncé avec colère par l’establishment séparatiste québécois. Le Parti Québécois (PQ) et son parti frère fédéral, le Bloc Québécois (BQ), ont saisi l’accord commercial comme argument supplémentaire en faveur de l’indépendance du Québec et, surtout, pour signaler leur allégeance à l’impérialisme américain, désormais dirigé par l’aspirant dictateur Donald Trump.

La guerre commerciale de l’administration Trump et ses menaces d’utiliser la « force économique » pour transformer le Canada en 51e État américain ont pratiquement causé l’effondrement des relations canado-américaines. L’accord d’Ottawa avec Pékin pour réduire leur propre guerre tarifaire représente une manœuvre tactique de l’impérialisme canadien. Il vise à diversifier les liens économiques du Canada, afin d’obtenir un plus grand levier pour repousser un Washington de plus en plus belliqueux qui cherche à utiliser la dépendance du Canada envers le marché américain pour extraire des concessions économiques et géopolitiques.

Le rapprochement limité d’Ottawa avec la Chine a lieu au milieu d’une campagne concertée de la part du gouvernement libéral de Carney pour élargir les liens économiques et militaro-stratégiques avec les puissances impérialistes européennes, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde.

L’accord commercial avec la Chine ne suggère en rien un départ des alignements et alliances impérialistes antérieurs du Canada. Avec son insistance sur le fait que toute amélioration des relations avec Pékin doit se faire dans le cadre de « garde-fous stricts en matière de sécurité nationale », le gouvernement Carney a clairement indiqué qu’il reste engagé dans l’offensive militaro-stratégique menée par les États-Unis contre la Chine, y compris en refusant à Pékin l’accès aux technologies « à double usage ». Juste avant d’entreprendre sa visite en Chine, la première d’un premier ministre canadien depuis 2017, Carney a participé à une réunion de « coalition des volontaires » à Paris pour souligner le soutien du Canada à la poursuite de la guerre instiguée par l’OTAN contre la Russie en Ukraine.

Malgré tout cela, la direction du PQ a dénoncé le voyage de Carney en Chine et l’accord commercial dans les termes les plus virulents, accusant Ottawa de mettre en péril la « sécurité nationale » canadienne et de menacer les relations du Canada et du Québec avec Washington.

Le PQ et son chef Paul St-Pierre Plamondon sont déterminés à démontrer leur alignement avec la campagne de guerre anti-Chine de Washington, dans le cadre de leurs efforts pour convaincre l’administration Trump, et plus largement Washington et Wall Street, qu’une République du Québec capitaliste indépendante ne constituerait aucune menace pour les intérêts impérialistes américains. En effet, ils soutiennent qu’elle serait un allié plus fiable et loyal que l’impérialisme canadien.

Avant même que Carney ne mette les pieds à Pékin, le PQ a diffusé son opposition à tout rapprochement avec la Chine et son empressement à travailler avec Trump, reprenant la rhétorique anticommuniste virulente dans laquelle le président fasciste et les établissements politiques et militaires américains enrobent leur agenda géopolitique prédateur.

Dans une publication sur les médias sociaux du 12 janvier, le chef du PQ St-Pierre Plamondon a dénoncé le « désir insensé de forger soudainement une alliance avec un régime communiste totalitaire qui constitue déjà une menace pour notre sécurité nationale, la Chine ». La publication – survenant alors que Trump menaçait de lancer une nouvelle attaque militaire américaine contre l’Iran sous le prétexte frauduleux de défendre son peuple contre la répression – a également proclamé le « soutien du PQ au peuple iranien dans son soulèvement contre un régime islamiste totalitaire ».

Le PQ a développé son opposition au voyage de Carney en Chine dans un article rédigé par le porte-parole et député péquiste Pascal Paradis et publié dans le tabloïd nationaliste le Journal de Montréal le même jour. Il déclarait :

Vous avez bien lu: il s’agirait de «renforcer la collaboration» en matière de sécurité, au moment même où l’ingérence chinoise au Canada et au Québec est vastement documentée et constitue l’une des menaces les plus importantes à notre sécurité.

Cette visite survient également au moment où la Chine soutient la Russie dans sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine, où le régime chinois autoritaire – une dictature communiste – viole les droits humains des dissidents et des minorités ouïghoure et tibétaine, entre autres.

Paradis a continué :

Or, cette dynamique prend désormais une autre dimension si elle s’inscrit dans une caution du régime chinois et dans une rupture de la coopération avec les Américains en matière de sécurité et d’échanges commerciaux: mécontents des négociations avec l’administration Trump, Mark Carney et Jean Chrétien vont se jeter dans les bras de la Chine, principal rival des États-Unis depuis des décennies et pour les temps à venir.

Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale du Québec le 16 janvier – le jour même où Carney annonçait l’accord commercial avec la Chine – St-Pierre Plamondon a redoublé d’ardeur dans son attaque contre tout dégel des relations avec Pékin. Il a explicitement approuvé la caractérisation de la Chine par Washington comme une menace stratégique, et a ensuite clairement indiqué l’alignement du PQ avec les éléments les plus agressifs de la politique étrangère de Trump.

Tout en dénonçant la Chine pour violation du « droit international », le chef du PQ a excusé l’invasion militaire illégale du Venezuela par l’administration Trump le 3 janvier, l’enlèvement de son président Nicolás Maduro et l’annonce que les États-Unis s’emparaient de la richesse pétrolière du pays. « Le Venezuela », a-t-il déclaré, « est un pays, un régime vraiment totalitaire et oppressif qui collaborait ouvertement avec la Chine et la Russie sur le territoire des Amériques. » En même temps, St-Pierre Plamondon a minimisé les menaces de Trump de s’emparer militairement du Groenland et a affirmé la reconnaissance par le PQ que Washington a un « intérêt » légitime à « défendre » l’Amérique du Nord.

« Moi, je travaille pour les entreprises québécoises », a déclaré le chef du PQ, qui selon les sondages d’opinion est en voie de devenir le premier ministre de la province après les élections prévues pour octobre prochain. Il a ajouté :

« Il n’y a aucun scénario où nos entreprises québécoises cesseront de faire affaire avec notre principal partenaire, qui est les États-Unis. Et, de se jeter les… dans les bras du régime communiste totalitaire chinois pour augmenter légèrement nos exportations de canola à quelques mois d’une négociation cruciale avec les États-Unis, dans le cadre duquel nos entreprises peuvent faire face à toutes sortes d’autres mesures… »

Parlant de l’impérialisme américain, St-Pierre Plamondon a ensuite affirmé :

« On fait partie de la même équipe géopolitique […] nous avons des enjeux de sécurité et d’ingérence étrangère qui sont indéniables. »

Courtiser Trump au nom de l’indépendance du Québec

Sous St-Pierre Plamondon, le PQ a élaboré un programme d’extrême droite pour l’indépendance basé sur un programme explicitement chauvin et pro-patronal. Dans une version québécoise de la théorie du complot fasciste du « Grand Remplacement », le PQ affirme que si le Québec ne vote pas pour se séparer du Canada d’ici 2030, il sera submergé dans une mer d’immigrants anglophones.

St-Pierre Plamondon a fait cause commune avec le mouvement séparatiste albertain d’extrême droite pro-Trump, et comme eux, il prévoit visiter Washington dans les semaines à venir pour solliciter du soutien.

L’idéologue d’extrême droite Mathieu Bock-Côté (dont les chroniques sont avidement lues par l’establishment politique nationaliste du Québec) a souligné les calculs politiques derrière la campagne de séduction que mène le PQ auprès de l’administration Trump dans le Journal de Montréal plus tôt ce mois-ci. Il a écrit :

« Sommes-nous capables de comprendre que notre appartenance au Canada est bien plus dangereuse pour notre peuple qu’une relation cordiale avec les États-Unis? »

Trump, a-t-il continué, est « moins fermé mentalement à l’idée d’une redéfinition des frontières étatiques. On peut croire, sans se tromper, qu’un Québec indépendant accédant à l’indépendance et proposant aux USA une entente énergétique avantageuse et une coopération militaire sérieuse, essentiellement pour assurer la défense du nord, pourrait trouver à Washington un interlocuteur prêt à le reconnaître.»

Le PQ voit l’agenda ouvertement impérialiste et expansionniste territorial de Trump comme une opportunité d’obtenir le soutien américain pour l’indépendance du Québec. Il offre effectivement les services du Québec comme partenaire junior volontaire dans une « Forteresse Amérique du Nord ». Cela inclut d’aider Washington dans ses efforts pour redéfinir ses relations avec l’État fédéral canadien, afin de remodeler l’économie du Canada et potentiellement ses frontières à l’avantage de Washington et de Wall Street.

La déclaration de St-Pierre Plamondon lors de sa conférence de presse du 16 janvier selon laquelle un Québec indépendant adopterait « une approche complètement différente » de celle de Carney et des sections les plus puissantes du capital canadien, « beaucoup plus alignée avec la prévention de l’ingérence étrangère et la préservation de la sécurité dans notre région », ne représente rien de moins qu’une offre de servir de sentinelle loyale de Washington sur le flanc nord-est de l’Amérique du Nord alors que Washington se prépare à la guerre mondiale avec ses principaux rivaux, la Chine et la Russie.

Le soutien du PQ à la politique étrangère criminelle de Trump représente la continuation de décennies de soutien séparatiste québécois aux guerres et aux opérations de changement de régime de l’impérialisme américain et canadien : de la Yougoslavie et Haïti à l’Afghanistan, la Libye et la Syrie. Auparavant, cela était enveloppé dans le langage de « l’intervention humanitaire » et des « valeurs démocratiques ». Aujourd’hui, le PQ soutient l’impérialisme américain dans des conditions où il est dirigé par une administration fasciste qui modèle sa stratégie de politique étrangère sur le Troisième Reich d’Hitler, proclamant ouvertement son « droit » de saisir des territoires et de piller des ressources à volonté.

Le PQ s’aligne avec un régime criminel qui :

  • a permis l’agression génocidaire d’Israël contre Gaza et a illégalement attaqué l’Iran, dans le cadre d’une campagne visant à imposer un « Nouveau Moyen-Orient » par l’agression et la guerre ;

  • a attaqué le Venezuela, menacé de « reprendre » le canal de Panama et d’envahir le Mexique et la Colombie, et – sous la soi-disant « Doctrine Donroe » – a affirmé le droit de saisir des actifs et des territoires dans toutes les Amériques pour assurer la « prééminence » américaine dans l’hémisphère occidental ;

  • a menacé d’intervenir militairement contre le Danemark, un prétendu allié de l’OTAN, au sujet du Groenland ;

  • et, enfin et surtout, a systématiquement démantelé les droits démocratiques et l’État de droit aux États-Unis dans le cadre d’une campagne visant à établir une dictature présidentielle.

La guerre et les attaques croissantes contre la classe ouvrière sont incompatibles avec les droits démocratiques. Comme Trump l’a récemment déclaré lors du sommet de Davos la semaine dernière : « Parfois, vous avez besoin d’un dictateur. » La campagne de l’administration Trump pour affirmer violemment l’hégémonie mondiale américaine se déroule alors que des agents fédéraux de type Gestapo occupent les villes américaines, menant des rafles illégales contre les immigrants et les citoyens, et même exécutant des manifestants anti-ICE. À Minneapolis, des agents de l’ICE ont sommairement exécuté la poète et mère Renée Good le 7 janvier, et Alex Pretti, un infirmier, samedi dernier.

Les efforts des séparatistes québécois pour courtiser l’impérialisme américain dans ces circonstances portent un avertissement sévère pour la classe ouvrière : la guerre à l’étranger est inséparable de la guerre contre les travailleurs au pays. Comme le tournant rapide de la politique de l’establishment canadien et québécois vers la droite depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche l’a souligné, le développement de la lutte des classes au Canada et au Québec est inévitablement façonné par les développements aux États-Unis.

Dans un climat de xénophobie croissante et d’hystérie anti-musulmane, le PQ s’est constamment positionné à la droite de la Coalition Avenir Québec (CAQ) au pouvoir au Québec, la dénonçant pour être « trop molle » dans sa promotion du chauvinisme et insuffisamment vigoureuse dans la défense des « intérêts nationaux » et des « valeurs » du Québec. Le parti a demandé des restrictions encore plus draconiennes sur l’immigration, s’est joint à la CAQ pour blâmer les immigrants pour une myriade de problèmes sociaux causés par l’austérité capitaliste, et a qualifié les demandeurs d’asile, les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants internationaux de « menace existentielle » pour la « nation québécoise ».

L’offre du PQ de servir de partenaire loyal de Washington dans la « Forteresse Amérique du Nord » est aussi une déclaration d’intention pour la politique intérieure : plus d’austérité, la criminalisation des grèves et de la dissidence, et l’attisement de l’hystérie anti-immigrés pour diviser les travailleurs selon des lignes nationales et linguistiques et saper les droits démocratiques. Un Québec indépendant sous la direction du PQ fonctionnerait comme un État-garnison, pleinement intégré dans la machine de guerre de l’impérialisme américain, où la classe ouvrière québécoise serait soumise à une exploitation et une répression intensifiées au service de l’impérialisme américain et de ses partenaires juniors québécois.

Pour l’unité de la classe ouvrière nord-américaine !

Cela ne signifie pas, cependant, que l’effondrement du partenariat économique et de sécurité militaire entre les États-Unis et le Canada transforme l’impérialisme canadien ou son État fédéral en une quelconque alternative « progressiste » à l’impérialisme américain ou au séparatisme québécois. Dans la mesure où la bourgeoisie canadienne s’oppose à Trump, c’est uniquement du point de vue de la défense de ses propres profits et privilèges et de son « premier droit » d’exploiter la classe ouvrière et les ressources abondantes du Canada.

Dans une illustration révélatrice des appétits prédateurs de la bourgeoisie canadienne, Carney a déclaré au sommet de Davos la semaine dernière que les « puissances moyennes » doivent agir ensemble, « parce que si nous ne sommes pas à la table », où les puissances impérialistes se partagent les ressources, le pillage et les sphères d’influence, « nous sommes au menu ».

L’impérialisme canadien est déterminé à profiter aux dépens de ses rivaux traditionnels et de ses alliés d’autrefois dans le redécoupage rapide du globe. La référence de Carney au Canada en tant que « puissance moyenne », plutôt que le prédateur impérialiste qu’il est, fait partie d’une offensive de propagande concertée de la classe dirigeante canadienne pour exploiter le dégoût populaire contre Trump et l’impérialisme américain afin d’obtenir un appui politique qu’elle ne mérite pas, justifier le réarmement et l’intensification de l’exploitation des travailleurs, et diviser davantage les travailleurs selon des lignes nationales. Les travailleurs du Canada doivent répondre en forgeant l’unité avec leurs frères et sœurs de classe aux États-Unis et à l’échelle internationale dans la lutte contre la guerre impérialiste.

La résistance des travailleurs se multiplie. La manifestation de plus de 100.000 personnes vendredi dernier dans des températures glaciales à Minneapolis n’est qu’un signe avant-coureur d’une période majeure de luttes de masse. La montée de la classe ouvrière américaine pose de plus en plus urgemment la question fondamentale de l’unification de la classe ouvrière nord-américaine dans une offensive sociale et politique de masse contre le réarmement et la guerre, l’austérité, l’oligarchie et la dictature. Cette unité ne peut être forgée que dans une lutte politique contre toutes les factions de la bourgeoisie canadienne et leurs divers représentants politiques, y compris les séparatistes québécois, qui se démènent désespérément pour renforcer les frontières ou en créer de nouvelles, tout en promouvant le nationalisme, le chauvinisme anti-immigrés et d’autres formes de réaction politique.

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