Les dirigeants démocrates du Sénat votent pour financer les guerres de Trump à l'étranger et sur le territoire national

Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, démocrate de New York, et la sénatrice Patty Murray, démocrate de l’État de Washington, ont quitté l’hémicycle du Sénat vendredi soir, le 30 janvier 2026, au Capitole, à Washington. Le Sénat a voté vendredi pour financer la majeure partie du gouvernement jusqu’à la fin septembre, après que le président Donald Trump a conclu un accord avec les démocrates afin d’exclure le financement de la Sécurité intérieure et de permettre au Congrès de débattre de nouvelles restrictions sur les descentes fédérales d’immigration à travers le pays. [AP Photo/Jose Luis Magana]

Vendredi, les dirigeants démocrates du Sénat, notamment le chef de la minorité Chuck Schumer (New York), le whip de la minorité Dick Durbin (Illinois) et le vice-président de la conférence Mark Warner (Virginie), ont voté en faveur du financement de l'armée de l'administration Trump jusqu'au 30 septembre. Le vote de 71 voix contre 29 sur le projet de loi de 839 milliards de dollars consacré à la défense a été soutenu par 23 sénateurs démocrates, qui se sont joints aux 48 républicains.

Le programme de financement, annoncé jeudi, comprend également une résolution provisoire de deux semaines pour le département de la Sécurité intérieure, qui comprend les services de l'immigration et des douanes (ICE – Immigration and Customs Enforcement) et les douanes et la protection des frontières (CBP – Customs and Border Protection).

La loi sur le financement militaire a été adoptée quelques jours seulement après que des agents fédéraux aient abattu Alex Pretti, un manifestant de 37 ans, à Minneapolis, le 24 janvier. Il a été tué par des agents du CBP et de l'ICE alors qu'il filmait une descente de police visant des immigrés. Deux semaines et demie plus tôt, un agent de l'ICE avait assassiné Renée Nicole Good, également âgée de 37 ans, dans la même ville. Dans les deux cas, l'administration Trump a rejeté la responsabilité sur les victimes et déclaré que les meurtriers ne seraient pas poursuivis.

L'armée que les démocrates financent par leurs votes a été déployée à plusieurs reprises contre des villes américaines. Depuis son entrée en fonction, Trump a envoyé des milliers de soldats de la Garde nationale et de l'armée active à Los Angeles, Washington DC et La Nouvelle-Orléans, pour un coût de près de 500 millions de dollars rien qu'en 2025. « C'est une guerre intérieure », a déclaré Trump pour expliquer ces déploiements. « J'ai dit à Pete que nous devrions utiliser certaines de ces villes comme terrains d'entraînement pour notre armée. »

Le vote révèle la supercherie selon laquelle le Parti démocrate s’opposerait au règne de terreur de l’administration Trump à Minneapolis ou ailleurs. Ils refusent d’utiliser le pouvoir budgétaire pour freiner l’administration parce qu’ils représentent les mêmes oligarques financiers réunis lors de l’investiture de Trump : les milliardaires et les dirigeants de Wall Street qui veulent la guerre à l’étranger et la répression à l’intérieur du pays.

Ni le sénateur Bernie Sanders, du Vermont, ni la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, de New York, n’ont publiquement critiqué le vote des dirigeants démocrates du Sénat visant à financer l’armée, ni même publié la moindre déclaration à ce sujet.

Les démocrates ne sont pas un parti d’opposition. Ils soutiennent les mêmes politiques et priorités que Trump, avec seulement de légères divergences tactiques. Ils servent de soupape de sécurité, canalisant la colère populaire vers des postures inoffensives tout en veillant à ce que la machine de guerre et de répression continue de fonctionner. Le vote au Sénat fait suite au vote de la Chambre des représentants du 22 janvier – 341 voix contre 88 – visant à faire accepter l’enveloppe de financement de la défense, une majorité de démocrates ayant voté en sa faveur.

Le projet de loi sur les crédits militaires adopté vendredi intervient alors que l'administration Trump menace l'Iran de guerre. Le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln fait actuellement route vers le golfe Persique, à la tête de ce que Trump a qualifié d'« armada » de navires de guerre. Ces derniers jours, l'administration a lancé une série d'ultimatums à Téhéran, exigeant le démantèlement de son programme nucléaire et menaçant le pays de frappes militaires dévastatrices si l'Iran ne se conformait pas à ses exigences.

Le secrétaire d'État Marco Rubio a lancé un avertissement inquiétant, déclarant que Cuba, adversaire de longue date, « était en difficulté », tandis que Trump refusait d'exclure toute opération militaire contre la Colombie. La stratégie de sécurité nationale de l'administration affiche clairement l'objectif de « rétablir la prééminence américaine dans l'hémisphère occidental », affirmant ainsi le contrôle des États-Unis sur deux continents.

Ce renforcement militaire intervient moins de quatre semaines après que l'armée américaine ait illégalement kidnappé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, les emmenant hors du pays pour les faire comparaître devant les tribunaux sur la base d'accusations forgées de toutes pièces pour trafic de drogue. Cet enlèvement, acte d'agression impérialiste sans précédent, a été accueilli avec le soutien bipartite, ou du moins l'acquiescement, du Congrès.

Dans le même temps, l'armée israélienne a officiellement reconnu cette semaine le bilan de 70 000 Palestiniens tués depuis octobre 2023, communiqué par le ministère de la Santé de Gaza. Pendant plus de deux ans, l'administration Biden, le Congrès américain et les médias occidentaux ont rejeté ces chiffres, les qualifiant de « propagande du Hamas ». Depuis octobre 2023, les États-Unis ont fourni au moins 22 milliards de dollars d'aide militaire à Israël, soit près de trois fois le montant annuel moyen prévu par le protocole d'accord existant. Les démocrates ont voté en faveur de chaque livraison d'armes, de chaque crédit supplémentaire, de chaque mesure qui a armé et financé ce massacre.

Le projet de loi de 839 milliards de dollars consacré à la défense comprend une augmentation de 8 milliards de dollars par rapport à la demande du Pentagone, le financement de l'augmentation salariale de 3,8 % accordée ce mois-ci aux militaires, et 897 millions de dollars pour la recherche médicale militaire. Il alloue 400 millions de dollars à l'Initiative d'aide à la sécurité de l'Ukraine, malgré l'opposition de l'administration, révélant ainsi que l'« opposition » démocrate concerne principalement l’abandon du soutien total à la guerre soutenue par l'OTAN contre la Russie.

Mais ce projet de loi de finances n'est qu'une partie du tableau. Combiné aux 156 milliards de dollars de financement militaire supplémentaire contenus dans le « One Big Beautiful Bill Act » de Trump adopté en juillet dernier, le total des dépenses du Pentagone pour 2026 approche les 1000 milliards de dollars, soit le plus gros budget militaire de l'histoire des États-Unis.

Trump a déjà annoncé qu'il demanderait 1500 milliards de dollars pour l'armée au cours de l'exercice 2027.

Le soutien des démocrates à ce renforcement militaire révèle le caractère bipartisan de l'impérialisme américain. Les deux partis représentent les intérêts de la même classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut pas faire pression sur le Parti démocrate pour qu'il défende ses intérêts contre la guerre et la dictature. Elle doit s’engager dans une lutte politique indépendante contre la guerre impérialiste et pour le socialisme.