Canada : Un mois après l’annonce d’ententes de capitulation, le syndicat des postiers révèle les concessions majeures accordées à la direction

Les postiers qui veulent savoir comment faire avancer leur lutte et partager leur point de vue sur les ententes de principe sont invités à contacter le Comité de base des travailleurs des postes à l'adresse canadapostworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire à la fin de cet article.

Des travailleurs de Postes Canada en grève en Ontario, en novembre 2024

Plus d'un mois après que le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ait annoncé avoir conclu des ententes de principe avec Postes Canada, les contrats proposés dans leur intégralité demeurent secrets, laissant les travailleurs de la poste dans l'ignorance quant aux dispositions qui régiront leur emploi et leur vie professionnelle jusqu'en janvier 2029.

Cependant, les « points saillants » publiés de façon sélective par la bureaucratie syndicale montrent clairement que les accords constituent une capitulation totale, ouvrant la voie à des suppressions massives d'emplois, à une exploitation intensifiée et à la transformation de Postes Canada en une entreprise de logistique précaire, selon le modèle d'Amazon. Ils soulignent les avertissements répétés du World Socialist Web Site : d'une part, le gouvernement libéral de Mark Carney veut utiliser Postes Canada comme un test pour une attaque massive et généralisée contre les droits et les conditions des travailleurs, et d'autre part, la direction du STTP et l'ensemble de la bureaucratie syndicale sont pleinement complices de ce processus.

Les travailleurs postaux doivent réagir en élargissant leur lutte et en mobilisant tout le pouvoir social de la classe ouvrière. Les conditions sont réunies pour le faire, car tous les travailleurs, du secteur public comme du secteur privé, sont confrontés aux mêmes attaques contre leurs emplois, les services publics et le droit de grève, et ont un intérêt direct à obtenir les protections de l'emploi et l'amélioration des conditions de travail que réclament les travailleurs postaux depuis plus de deux ans.

Le STTP a annoncé une « entente de principe » à la fin du mois de novembre et a immédiatement suspendu toute grève, alors qu'aucun texte d’entente définitive n'existait.

Les travailleurs de la base qui avaient contraint le STTP à sanctionner une grève nationale – la deuxième en moins d'un an – en réponse à l'annonce faite en septembre par le gouvernement Carney d'une vaste restructuration de Postes Canada, incluant la destruction de milliers d'emplois, ont reçu l'ordre de reprendre le travail en octobre sans vote. On leur a dit de faire confiance au fait que leurs intérêts seraient protégés pendant que la direction, l'appareil syndical et les responsables gouvernementaux eux-mêmes chargés de l'attaque finalisaient les détails du contrat à huis clos.

L'appareil du STTP tente d'endormir les travailleurs en se vantant que des mesures controversées telles que l’acheminement dynamique, la restructuration des itinéraires et l'équilibrage des charges ont été abandonnées. Ces affirmations sont frauduleuses. Dans le contexte du plan de restructuration plus large, le retrait d'une poignée de mesures sensibles fonctionne comme une pilule empoisonnée. Une fois les accords ratifiés, la direction procédera à une réorganisation en profondeur qui supprimera des emplois, réduira les normes de livraison et modifiera radicalement les conditions de travail. L'« amazonisation » de Postes Canada n'est pas abandonnée ; elle est mise en œuvre par le biais d'autres mécanismes intégrés dans les contrats et sanctionnés par le gouvernement.

La direction du STTP promet maintenant de publier l'intégralité des conventions collectives avant leur ratification. Mais le retard pris dans cette démarche est voulu pour démobiliser davantage la base et entraver les efforts des travailleurs pour organiser l'opposition. Le 21 novembre, le Conseil exécutif national a annoncé une « entente de principe » avec Postes Canada. Plus de deux mois plus tard, les travailleurs n'ont toujours reçu que des résumés partiels de ce qui a été décidé, destinés à promouvoir la ratification et à dissimuler les conséquences réelles.

Ce manque de transparence a naturellement alimenté de plus en plus la colère et la méfiance. La bureaucratie syndicale craint clairement d'avoir du mal à faire passer en douce des concessions majeures auprès des travailleurs postaux, qui ont démontré à plusieurs reprises leur volonté de se battre. Cela explique pourquoi cinq des 15 membres du comité exécutif national du STTP ont voté contre l'accord, y compris la présidente Jan Simpson.

Cette tentative lamentable de créer un alibi pour les personnes mêmes qui ont conduit la lutte des postiers dans une impasse et qui ont conspiré avec la direction à la « table des négociations » sur la meilleure façon d'imposer leurs diktats ne devrait tromper personne. Les travailleurs de la base devraient y voir un signe de l'inquiétude des hauts échelons de la bureaucratie face à la perspective d'une opposition de la base échappant au contrôle du STTP. Ils devraient redoubler d'efforts pour mettre en place des comités de base dans chaque centre de tri et de distribution à travers le pays afin de développer la lutte comme un combat politique contre la direction de Postes Canada et le gouvernement Carney.

Le projet du gouvernement libéral de démanteler Postes Canada et la complicité du STTP

En septembre, le gouvernement libéral, qui avait interdit la grève d'un mois des postiers prévue en 2024 en invoquant les dispositions antidémocratiques de l'article 107 du Code canadien du travail, a lancé une nouvelle offensive. Il a autorisé Postes Canada à mettre fin à la distribution du courrier à domicile, à étendre l'utilisation des boîtes aux lettres communautaires, à allonger les délais de distribution des lettres et à fermer ou convertir des bureaux de poste en franchises privées, en particulier dans les zones rurales et suburbaines. La direction de Postes Canada a ouvertement évoqué la suppression de 30 000 emplois d'ici 2035.

Le président-directeur général Doug Ettinger a promis que la société atteindrait le seuil de rentabilité d'ici 2030 lors de son témoignage devant le comité des opérations gouvernementales de la Chambre des communes en décembre. Lorsqu'on lui a demandé quand Postes Canada deviendrait financièrement viable, il a déclaré que le plan de la société avait été élaboré en fonction de l'annonce de restructuration faite par le gouvernement en septembre. Il a insisté sur le fait que les renflouements du gouvernement devaient prendre fin et qu'un « investissement » était nécessaire pour rendre Postes Canada plus « compétitive ».

Étant donné que l'entreprise a enregistré environ 5 milliards de dollars de pertes depuis 2018, un tel redressement ne pourra se faire qu'au détriment des travailleurs et par le démantèlement des services postaux. La direction du STTP soutient pleinement l'objectif de rétablir la « rentabilité » de Postes Canada.

Le contenu des ententes de principe s'inscrit parfaitement dans cette optique. Les nouvelles classifications d'emplois telles que les employés permanents flexibles (EPF), les travailleurs à temps partiel non structurés (TPNS) et les employés à temps partiel chargés de la livraison des colis (LC TP) sont explicitement conçues pour éroder les itinéraires établis, éliminer les heures supplémentaires et remplacer les emplois stables à temps plein par des emplois précaires, tant dans les opérations postales urbaines que dans les unités de distribution du courrier en milieu rural et suburbain.

Ces classifications reflètent les systèmes à deux vitesses imposés dans l'industrie automobile, qui ont été présentés comme des compromis temporaires, mais qui ont dégradé de manière permanente les conditions de travail des jeunes travailleurs, tout en abaissant les normes pour tous les travailleurs et en augmentant les profits des entreprises après la crise financière mondiale de 2008.

Un employé de Postes Canada qui s'est entretenu avec le World Socialist Web Site a expliqué que de nombreux postiers se sentent contraints d'accepter les accords parce qu'ils sont épuisés et en difficulté financière après près de deux ans de lutte, qui a été prolongée et isolée par la bureaucratie syndicale. Le STTP a exploité cette situation en présentant l'accord comme une forme de « clause d'antériorité », préservant les conditions existantes pour les travailleurs actuels tout en sacrifiant l'avenir aux diktats de la direction. C'est un piège. Les systèmes à deux vitesses sont conçus pour monter les travailleurs les uns contre les autres et donner à la direction les moyens de réduire les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail de tous.

De plus, la situation sans issue dans laquelle se trouvent actuellement les postiers n'a rien d'inévitable. La direction du STTP a systématiquement conduit la lutte contractuelle dans l'impasse en bloquant tout appel à tous les facteurs et aux travailleurs du secteur public dont les emplois et les conditions sont confrontés aux mêmes menaces. Au début du mois, il a été révélé que près de 10 000 employés du gouvernement fédéral avaient reçu des avis les avertissant que leur emploi pourrait être supprimé. Vendredi, 1200 travailleurs de l'usine d'assemblage de GM à Oshawa ont effectué leur dernière journée de travail, le constructeur automobile très rentable ayant imposé des licenciements collectifs annoncés de longue date. Le STTP n'a rien fait pour unir les postiers à ces travailleurs dans une lutte commune contre les licenciements et l'austérité, mais a travaillé sans relâche pour empêcher une telle unité en invoquant l'inviolabilité du système de « négociation collective » favorable aux patrons, que les responsables gouvernementaux, les cadres dirigeants et les bureaucrates syndicaux utilisent pour imposer des reculs aux travailleurs.

Les propres mises à jour du STTP révèlent l'ampleur des concessions. En vertu des nouvelles dispositions, les EPF peuvent se voir attribuer du travail le week-end et « des tâches supplémentaires jugées appropriées par la société », ce qui prive les titulaires d’itinéraires de leurs heures supplémentaires et compromet toute prévisibilité dans les horaires. Les postes TPNS et LC TP impliquent un « travail non structuré », accordant à la direction le pouvoir unilatéral de redécouper les itinéraires et de réattribuer les heures. L'introduction de la distribution le week-end par de nouveaux employés à temps partiel représente une concession historique, normalisant le fonctionnement sept jours sur sept et réduisant les jours fériés.

Pour les facteurs ruraux et suburbains (FFRS), le passage à un système de rémunération horaire, présenté à tort comme une revendication de longue date, menace d'entraîner une baisse substantielle des salaires. La valeur des itinéraires sera plafonnée, les possibilités d'heures supplémentaires supprimées et des heures de début et de fin fixes imposées. Les travailleurs plus rapides et plus expérimentés seront pénalisés, tandis que la direction aura le pouvoir d'imposer un surplus de travail sans compensation supplémentaire. Les restructurations virtuelles, mises en œuvre grâce à des itinéraires basés sur l'intelligence artificielle et des réunions à distance, ont déjà semé le chaos, avec des itinéraires allongés, des distances accrues et des griefs qui s'accumulent.

En matière salariale, le STTP a accepté de suspendre l'indemnité de vie chère et de lier entièrement les « augmentations » salariales prévues pour les troisième, quatrième et cinquième années du contrat à l'indice des prix à la consommation (IPC). Cela garantit une érosion des salaires réels. Les chiffres officiels de l'IPC sous-estiment systématiquement les augmentations réelles des coûts auxquelles sont confrontés les travailleurs, en particulier pour le logement, l'alimentation et les transports. En acceptant l'indexation sur l'IPC sans protections solides et automatiques contre l'inflation, le syndicat a donné à la direction et au gouvernement un mécanisme pour saper progressivement le niveau de vie.

Les accords interdiraient toute grève jusqu'en 2029 au moins, précisément au moment où la restructuration du gouvernement Carney passera à la vitesse supérieure. Ils garantissent à Postes Canada et au gouvernement libéral pro-patronal une « paix sociale » pendant qu'ils procèdent à des réductions de services, à des suppressions d'emplois et à la conversion d'un service public en une division logistique à bas salaires en concurrence avec Amazon, UPS et DHL.

Une nouvelle stratégie est nécessaire

Le STTP et la bureaucratie syndicale dans son ensemble, du Congrès du travail du Canada (CTC) jusqu'aux niveaux inférieurs, ont systématiquement œuvré pour dissimuler le caractère politique de cette lutte. Le premier ministre Mark Carney a ouvertement déclaré que Postes Canada était « non viable ». Mais il considère comme « viable » de supprimer les droits des travailleurs afin de financer des dizaines de milliards de dollars de dépenses militaires supplémentaires, afin que l'impérialisme canadien puisse promouvoir sans pitié les intérêts financiers de l'oligarchie financière dans les guerres à travers le monde.

Les postiers doivent défendre le droit de grève, exiger que les technologies émergentes comme l'IA ne soient pas utilisées pour intensifier l'exploitation, mais plutôt pour alléger la charge de travail sous le contrôle des travailleurs, et lutter pour la sécurité de l'emploi et des salaires qui suivent le rythme du coût de la vie. Ce sont là des questions pour lesquelles tous les travailleurs se battraient s'ils étaient armés de la compréhension politique et du cadre organisationnel nécessaires pour participer à la lutte.

Ce qu'il faut, c'est une nouvelle stratégie et de nouvelles formes d'organisation. Les travailleurs des postes doivent prendre la direction de leur lutte en créant des comités de base dans chaque dépôt et chaque installation, indépendants de la bureaucratie syndicale. Le Comité de base des travailleurs des postes (CBTP), affilié à l'Alliance ouvrière internationale des comités de base, se bat pour unir les travailleurs des postes de tout le Canada et les travailleurs du monde entier dans une lutte commune contre l'austérité capitaliste, la guerre et la précarisation du travail.

La défense de Postes Canada en tant que service public et la défense d'emplois décents et sûrs ne peuvent être conciliées avec les mandats de profit du gouvernement et de la direction soutenus par le STTP. Seule la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, guidée par une perspective socialiste, peut contrer cette offensive. Les travailleurs des postes doivent rejeter catégoriquement les ententes de principe et se joindre à la lutte pour construire le pouvoir de la base au Canada et à l'échelle internationale.

(Article paru en anglais le 30 janvier 2026)

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