Les dockers méditerranéens préparent une Journée internationale de protestation contre l’escalade de la guerre mondiale

Les dockers et les travailleurs portuaires à travers la Méditerranée et au-delà préparent une Journée internationale de protestation le 6 février, intitulée « Les dockers ne travaillent pas pour la guerre ». L’initiative, portée par des syndicats de Grèce (Enedep), du Pays basque espagnol (LAB), de Turquie (Liman-Is), du Maroc (ODT) et d’Italie (USB), appelle à des actions dans plus de vingt grands ports méditerranéens, avec un soutien récent dans les ports allemands et des mobilisations émergentes aux États-Unis.

Dockers méditerranéens [Photo: @TheCradleMedia]

La protestation s'oppose explicitement à l'utilisation des infrastructures portuaires et des travailleurs à des fins militaires, y compris la manutention des cargaisons d’armes. Les travailleurs inscrivent leur mobilisation dans une opposition plus large au militarisme, établissant un lien entre la guerre, la compression des salaires, la dégradation des conditions de travail et l’érosion des droits sociaux. La réorientation des ressources financières vers « l’économie de guerre » se traduit par une baisse du niveau de vie et des services publics, l’allongement du temps de travail et le refus de reconnaître la pénibilité du travail pour le droit à la retraite.

Les dockers envoient un message clair : ils s’opposent à la guerre à l’étranger et à ce qui en découle, la contre-révolution sociale sur le front intérieur. Leur protestation coïncide avec l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, en Italie, où la présence de l’agence américaine Immigration and Customs Enforcement (ICE) a suscité des manifestations contre les expulsions, la violence d’État et la présence en Italie de cette agence policière meurtrière.

Ces manifestations font suite au meurtre par l'ICE de Renee Nicole Good et de l'infirmier Alex Pretti à Minneapolis, des crimes d'État qui ont déclenché des manifestations de masse à travers les États-Unis et intensifié l'opposition à la guerre menée par Trump contre la classe ouvrière américaine. Les manifestants se sont rassemblés samedi à Milan, scandant « ICE out » (ICE dehors) et « ICE no grazie » (ICE, non merci), exprimant ainsi leur solidarité avec les communautés du Minnesota et d'autres États américains ciblées par l'ICE.

Cette mobilisation internationale se déroule dans un contexte d’escalade de la guerre mondiale et de désintégration de l’ordre impérialiste d’après-guerre. La rupture qui s’élargit entre les États-Unis et l’Union européenne reflète des conflits profonds entre des fractions rivales de la classe dirigeante mondiale autour des marchés, des ressources et de l’influence stratégique. La coercition commerciale, les menaces militaires et les confrontations diplomatiques, comme le conflit américano-européen autour du Groenland, sont les symptômes de cette crise systémique.

Les puissances impérialistes européennes se trouvent à la fois dépendantes de l’impérialisme américain et en concurrence avec lui. L’affrontement économique s’est intensifié parallèlement aux différends territoriaux, les menaces de tarifs douaniers américains ayant conduit l’UE à envisager des mesures de rétorsion, notamment des contre-mesures financières et le recours à l’Instrument anti-coercition. Sur les plans politique et militaire, cette rupture alimente le réarmement européen et les débats sur l’autonomie stratégique, alors même que les puissances impérialistes européennes demeurent dépendantes du soutien militaire des États-Unis pour mener leur guerre contre la Russie en Ukraine.

Cette crise mondiale du capitalisme pose de grandes tâches politiques à la classe ouvrière. La montée de l’opposition à la guerre au sein des travailleurs, qui a poussé les directions syndicales à programmer l’action du 6 février, révèle des évolutions profondes dans la classe ouvrière. Parmi les travailleurs et les jeunes, une recherche instinctive de moyens pour construire une lutte internationaliste et de classe contre un ordre social qui glisse à toute vitesse vers la catastrophe se manifeste de plus en plus.

La Journée internationale de protestation du 6 février représente une avancée importante, mais elle pose une tâche politique décisive qui va au-delà de l'opposition symbolique à la guerre. Il faut tirer les leçons historiques essentielles, en particulier de l'expérience de trois années de manifestations de masse contre le génocide à Gaza. Les travailleurs ne peuvent pas mettre fin au génocide, au fascisme et à la guerre tout en restant attachés aux bureaucraties nationales qui travaillent politiquement dans le cadre du système capitaliste des États-nations.

Nombre des syndicats impliqués dans l’action du 6 février – en particulier ceux d’Italie, de Grèce et d’Espagne – proviennent d’une tradition stalinienne. Sans rejeter explicitement l’internationalisme dans leurs discours, ils le rejettent dans la pratique. Au lieu de construire une lutte unifiée de la classe ouvrière mondiale, ils prônent une « coordination internationale » entre bureaucraties syndicales nationales, chacune cherchant à influencer des politiciens prétendument « progressistes » au sein de sa propre machine étatique capitaliste.

Le sentiment antiguerre parmi les travailleurs participant à l’action du 6 février met en évidence la base objective de l’internationalisme socialiste : l’intérêt commun des travailleurs au-delà des frontières pour mettre fin à la guerre et à la dictature, et pour s’opposer à « leurs propres » oligarchies capitalistes nationales. La perspective syndicaliste des organisations qui dirigent l’action du 6 février ne va toutefois pas dans ce sens. Elle ne propose aux travailleurs qui s’opposent à la guerre aucune perspective autre que l’utilisation de la grève pour exercer une pression parlementaire, par le biais d’appels moraux adressés aux responsables nationaux ou municipaux.

La participation de figures comme Chris Smalls, fondateur de l’Amazon Labor Union aux États-Unis, à la protestation du 6 février illustre ce point. Smalls est connu pour avoir fondé l’Amazon Labor Union (ALU) et remporté un vote décisif au site JFK8. Pourtant, en quelques mois, l’ALU a révélé des tendances communes à d’autres syndicats : querelles bureaucratiques et dépendance à l’égard des appareils syndicaux officiels et du Parti démocrate, qui, sous la présidence de Joe Biden, a armé et soutenu le génocide à Gaza.

Un autre exemple est fourni par le Collettivo Autonomo Lavoratori Portuali (CALP) en Italie, affilié à l’USB et à l’avant-garde d’actions militantes dans l’industrie ces derniers mois. Dans une lettre ouverte adressée au conseil municipal de Gênes, le CALP a dénoncé la guerre, le trafic d’armes et la transformation des ports en plateformes logistiques au service de massacres de masse. Cela reflétait l’ampleur du sentiment antiguerre dans la classe ouvrière, sur fond de génocide à Gaza et de guerre en Ukraine.

Cependant, la lettre appelait également les autorités locales intégrées à l'État capitaliste et à l'alliance de l'OTAN à exercer un « contrôle » sur le port. Une telle insistance sur les limites nationales, le contrôle municipal ou la coordination par le biais des institutions existantes empêche toute lutte indépendante et transfrontalière pour le pouvoir de la classe ouvrière, qui est le seul moyen de mettre fin à la guerre impérialiste et au génocide.

Cela découle de la politique de la direction de l’USB. L’USB a organisé sa protestation d’octobre 2025, « Nous ne travaillons pas pour la guerre », aux côtés de Rifondazione Comunista : un parti fondé en 1991 par des fractions stalinisées du Parti communiste italien, des forces anarcho-syndicalistes et des courants pablistes issus de renégats du trotskysme. Rifondazione est un allié de longue date des partis capitalistes italiens. Il s’est profondément discrédité en 2007, lorsque ses parlementaires ont apporté des voix décisives pour faire adopter des coupes dans les retraites et financer la guerre de l’OTAN en Afghanistan.

La montée des manifestations de masse et les appels à une grève générale internationale montrent que l’hostilité à la guerre trouve un profond écho parmi les travailleurs. Cependant, ce sentiment ne peut devenir une force matérielle que s’il est consciemment organisé et politiquement clarifié – en particulier sur la nécessité d’une opposition de gauche aux partis pro-impérialistes de la classe moyenne aisée, tels que Rifondazione.

Il est urgent de construire des comités de base, démocratiquement dirigés par les travailleurs eux-mêmes et unifiés au-delà des frontières nationales. De tels comités doivent être indépendants des bureaucraties syndicales, des partis capitalistes et des gouvernements, et s’unir au sein de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC). La construction de l’IWA-RFC fournit la base organisationnelle d’un mouvement international unifié de la classe ouvrière contre l’impérialisme, le génocide et la dictature d’extrême droite.

Un tel mouvement ne peut se construire que dans le cadre d'une guerre politique contre les États policiers capitalistes dirigés non seulement par des politiciens fascistes comme Trump ou la première ministre italienne Georgia Meloni, mais aussi par des forces telles que la coalition Parti socialiste-Sumar en Espagne. Cela souligne l'importance décisive de la défense du trotskysme menée depuis des décennies par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) contre le pablisme et le stalinisme.

Pour surmonter l'obstacle politique que représentent ces forces à l'unification internationale de la classe ouvrière en lutte, il faut construire un mouvement politique qui lutte pour la perspective du trotskysme, une lutte internationale pour transférer le pouvoir aux travailleurs et construire le socialisme.

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