Une épidémie de rougeole ravage actuellement le centre de détention pour immigrants de Dilley, dans le sud du Texas, où l'administration Trump confine des centaines de familles et d'enfants immigrés dans des conditions de brutalité délibérée et de négligence médicale. Cette épidémie, confirmée le 31 janvier par le ministère de la Santé de l'État du Texas, constitue un crime social perpétré par un régime fascisant qui traite les êtres humains comme des objets jetables et la santé publique comme un obstacle à ses profits.
Dans une lettre datée du 1er février et adressée aux responsables de la santé du Texas, le Dr Lee C. Rogers, chef du service de podologie de UT Health San Antonio, a appelé à une « coordination et un contrôle immédiat et unifié des services de santé publique » pour stopper l'épidémie, avertissant que « la détention collective crée un risque d'exposition quasi universel » et que l'épidémie « pourrait rapidement submerger les ressources sanitaires locales ».
Rogers a souligné que « toute dispersion à grande échelle de personnes exposées sans plan de santé publique coordonné augmenterait considérablement le risque de transmission inter-juridictionnelle ». Il a conclu : « Les virus ne sont pas politiques. Ils ne tiennent pas compte du statut d'immigration. La rougeole se propagera si nous laissons l'incertitude et les retards se substituer à une action de santé publique raisonnée. »
La rougeole se transmet par voie aérienne et peut persister dans une pièce jusqu'à deux heures après le départ d'une personne infectée. Dans les établissements surpeuplés et mal ventilés où les soins médicaux sont rationnés, comme au centre de détention de Dilley, un seul cas peut déclencher une transmission de masse. Les conditions sont désormais réunies pour une propagation explosive parmi les enfants, les parents, les travailleurs et les communautés environnantes.
Le centre Dilley, géré par CoreCivic, une entreprise privée spécialisée dans l'administration pénitentiaire, a une capacité de 2 400 places. C'est dans ce même établissement que Liam Conejo Ramos, âgé de 5 ans, a été détenu avant sa récente libération et son retour à Minneapolis. Le 24 janvier, une manifestation a éclaté dans le centre, rassemblant des centaines de personnes scandant « Libérez-nous ! » et « La liberté pour les enfants ! » L'information a été rendue publique pour la première fois par l'avocat Eric Lee, qui représente la famille El Gamal, composée de cinq enfants – deux âgés de cinq ans, un de neuf ans, un de seize ans et un de dix-huit ans – détenus à Dilley depuis huit mois, dépassant largement la limite de vingt jours fixée pour la détention d'enfants dans le cadre de l'accord Flores.
Dans des entretiens menés après ces manifestations, Lee a décrit les conditions de vie à l'intérieur de la prison de Dilley, soulignant que le lait infantile était mélangé à de l'eau « putride », que la nourriture contenait des « insectes » et que les gardiens étaient « souvent insultants ». Lorsqu'un de ses clients, souffrant d'une crise d'appendicite, s'est effondré dans le couloir, on lui a d'abord refusé des soins et on lui a dit de « prendre du Tylenol et de revenir dans trois jours ».
La réponse du ministère de la Sécurité intérieure à l'épidémie de rougeole à Dilley a consisté à publier des déclarations creuses par l'intermédiaire de la secrétaire adjointe Tricia McLaughlin, qui a affirmé que l'ICE avait «immédiatement pris des mesures pour mettre en quarantaine et contrôler la propagation » et que « tous les détenus reçoivent des soins médicaux appropriés ».
Cette déclaration est un mensonge flagrant. Le même appareil qui refuse des soins médicaux aux enfants souffrant d'appendicite et leur fournit de l'eau et de la nourriture avariées se soucie bien peu de la santé des personnes qu'il incarcère. Le « confinement » est une mesure de contrôle visant à empêcher l'accès aux journalistes, aux médecins indépendants et aux avocats, tout en donnant à l'ICE toute latitude pour dissimuler les maladies et perpétuer la négligence qui a engendré l'épidémie. Le risque est grand que des centaines d'enfants et leurs parents soient infectés à Dilley, et que certains en meurent, sans que le monde extérieur ne soit véritablement informé.
L'épidémie de Dilley survient dans un contexte de recrudescence nationale de la rougeole. En 2025, les États-Unis ont enregistré 2 255 cas de rougeole, soit le chiffre annuel le plus élevé depuis 1992, et deux enfants non vaccinés sont décédés des suites de la maladie. Rien qu'en janvier 2026, 607 cas ont été confirmés. Le foyer le plus important se situe actuellement en Caroline du Sud, où 847 cas ont été confirmés, dont 813 dans le comté de Spartanburg.
À l'échelle nationale, la couverture vaccinale contre la rougeole, les oreillons et la rubéole chez les enfants d'âge préscolaire a chuté à 92,5 pour cent, en dessous du seuil de 95 pour cent requis pour l'immunité collective. Trente-neuf États ne respectent pas cette norme. Seuls 28 pour cent des comtés américains maintiennent actuellement l'immunité collective, contre 50 pour cent avant le début de la pandémie de COVID-19. Plus de 5,2 millions d'enfants d'âge préscolaire vivent dans des comtés où les taux de vaccination sont inférieurs au seuil de protection.
Le statut d'élimination de la rougeole aux États-Unis, maintenu depuis 2000, est désormais menacé. Le Dr Demetre C. Daskalakis, ancien responsable des CDC (Centres pour le contrôle des maladies) qui démissionna lors des purges de l'administration Trump l'an dernier, a averti que le système de santé publique américain est « au bord de l'effondrement » et a déclaré sans ambages : « Nous n'avons pas les moyens de maitriser la rougeole. Je dirais même que l'élimination est déjà perdue. »
L'administration Trump, et en premier lieu le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux (HHS), Robert F. Kennedy Jr, porte la responsabilité centrale dans cette catastrophe. Depuis des décennies, Kennedy joue un rôle majeur dans la diffusion de la désinformation anti-vaccinale. En tant que directeur du HHS, il a limogé l'an dernier les 17 membres du Comité consultatif sur les pratiques d'immunisation (ACIP), une première en 61 ans d'existence. Il a également renvoyé la directrice des CDC, Susan Monarez, après son refus d'approuver au préalable des recommandations anti-vaccinales et, plus récemment, a révisé le calendrier vaccinal infantile début janvier, ne recommandant plus la vaccination universelle contre la grippe , la COVID-19, le rotavirus, l'hépatite A, l'hépatite B et la méningite.
Sous le mot d’ordre « Redonner bonne santé à l’Amérique », l'administration Trump a licencié plus de 20 000 scientifiques et agents de santé publique du HHS, dissous le Centre mondial de santé des CDC et supprimé des milliers de pages d'informations scientifiques des sites web gouvernementaux.
Ces politiques marquent un approfondissement et un élargissement de l'offensive bipartisane contre la santé publique menée tout au long de la pandémie de COVID-19, qui a débuté sous la première administration Trump et s'est intensifiée sous Biden. Au total, plus de 1,5 million d'Américains sont décédés de la COVID-19 ou de ses séquelles, tandis que les symptômes persistants (Covid longue) de la COVID-19 continuent d'affecter des dizaines de millions de personnes.
L'épidémie de rougeole à Dilley concentre plusieurs caractéristiques majeures du programme fasciste de l'administration Trump : l'expansion de l'appareil d’état-policier et des gangs de terreur de la police de l'immigration (ICE), la mise en place d'un réseau, version moderne, de camps de concentration, la subordination de la vie humaine au profit et la destruction de toute protection de la santé publique. L'incarcération de familles immigrées dans des conditions de plus en plus barbares est indissociable de la crise mondiale du capitalisme : les guerres, le pillage économique et le dérèglement climatique qui ont déplacé des dizaines de millions de personnes, que les puissances impérialistes criminalisent et emprisonnent ensuite.
Mais la classe ouvrière ne peut compter sur le Parti démocrate, qui n'a cessé de permettre l'expansion du système de détention et la destruction de la santé publique. Le centre de détention pour mineurs de Dilley a été construit sous l'administration Obama en 2014 et a fonctionné pendant la majeure partie de l'administration Biden. Aujourd'hui, alors que les agents de l'ICE surveillent les rues de Minneapolis et assassinent des civils innocents, dont Renée Nicole Good et Alex Pretti, les démocrates collaborent avec Trump pour étouffer l'opposition et garantir le financement continu de cet appareil répressif d'État.
La réponse nécessaire doit venir de la base, par la mobilisation indépendante des travailleurs dans tous les secteurs et tous les pays. Déjà, de nombreux signes témoignent de l'émergence d'un mouvement parmi les travailleurs et les jeunes à travers les États-Unis, avec deux vagues de manifestations de masse en janvier dernier suite aux meurtres de Good et Pretti et un soutien croissant à la grève générale. Des comités de quartier commencent à se former à Minneapolis et dans tout le pays, jouant un rôle essentiel dans la communication et l'organisation.
Le Parti de l'égalité socialiste appelle à l'expansion de ces comités de quartier et à la mise en place d'un réseau de comités de base dans chaque usine et lieu de travail, afin de rassembler les travailleurs du monde entier au sein de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC). Ce réseau de comités, organisé indépendamment des bureaucraties syndicales contrôlées par la grande entreprise et de l'ensemble du pouvoir politique, doit promouvoir les revendications suivantes :
- La fermeture immédiate de tous les centres de détention pour immigrants, y compris celui de Dilley, et les personnes libérées doivent être libres de vivre et de travailler où bon leur semble.
- Un vaste programme de santé publique doit être lancé pour tester toutes les personnes présentes à Dilley, dans la communauté environnante et partout où la rougeole se propage actuellement aux États-Unis, les patients devant être isolés et traités en toute sécurité.
- Des ressources considérables doivent être mobilisées pour vacciner toutes les personnes éligibles aux vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), la COVID-19, la grippe et autres vaccins essentiels à la santé publique, tant aux États-Unis qu'à l'international.
- Toutes les opérations, détentions, expulsions et la criminalisation de la migration menées par l'ICE doivent cesser immédiatement.
La lutte pour endiguer l'épidémie de rougeole à Dilley, défendre le droit d'asile et mettre un terme à la guerre menée par l'administration Trump contre la science est indissociable de la lutte pour le socialisme. La santé publique et les droits démocratiques ne peuvent être défendus au sein d'un système qui subordonne tous les besoins sociaux au profit privé et à la répression d'État. La tâche qui incombe à la classe ouvrière est de mener ce combat de manière consciente et internationale, en formant la direction politique nécessaire pour abolir le capitalisme et instaurer une société fondée sur la planification économique visant à répondre aux besoins humains, et non à enrichir les oligarques.
