Trump accueille le président de la Colombie à la Maison-Blanche après avoir proféré des menaces militaires

Une note de Trump commémorant la visite du président colombien Petro à la Maison-Blanche [Photo: @petrogustavo]

Le président de la Colombie Gustavo Petro a rencontré mardi le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche lors d'une réunion à huis clos qui a duré plus de deux heures. Cette rencontre a eu lieu quelques jours seulement après que Trump ait ouvertement menacé Petro d'une intervention militaire similaire à l'invasion américaine du Venezuela et à l'enlèvement du président Nicolás Maduro le mois dernier.

Cette rencontre, saluée par Trump comme un « succès total », n'était qu'une nouvelle capitulation d'une figure de proue de la « marée rose » latino-américaine en faillite.

À l'instar du maire pseudo-socialiste de New York, Zohran Mamdani, qui s'est récemment rendu à la Maison-Blanche pour baiser la bague de Trump et promettre un partenariat, Petro est arrivé chapeau bas, promettant sa collaboration.

À la veille de la rencontre avec Petro, Trump a déclaré aux journalistes, dans son style habituel de voyou : « Il était certes critique avant cela, mais, d'une manière ou d'une autre, après le raid sur le Venezuela, il est devenu très gentil. » Après la rencontre, Trump s'est extasié sur le fait que Petro était « formidable ».

Petro imite désormais la stratégie de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum : étouffer les critiques publiques à l'égard de la politique américaine, flatter l’aspirant empereur fasciste et offrir une collaboration totale ainsi que des hommages supplémentaires. Tout récemment, Sheinbaum a interrompu les livraisons de pétrole à Cuba, laissant le pays avec seulement quelques jours de carburant après que Trump ait menacé d'imposer des sanctions au Mexique.

Ce changement est significatif. Petro avait autrefois dénoncé le rôle direct des puissances de l'OTAN dans le génocide de Gaza, l'exécution de 126 pêcheurs, dont des Colombiens, lors de frappes américaines sur leurs bateaux depuis septembre dernier, et l'enlèvement de Maduro par le Pentagone.

Dès la première semaine du retour au pouvoir de Trump, Petro a renoncé à bloquer les expulsions de Colombiens enchaînés après que la Maison-Blanche ait menacé d'imposer des droits de douane de 50 %. En septembre, il a exhorté les troupes américaines à désobéir aux ordres de Trump concernant Gaza, ce qui a conduit le Trésor américain à imposer des sanctions qualifiant Petro de grand trafiquant de drogue et de blanchisseur d'argent. Ces sanctions sont toujours en vigueur.

Mardi, Petro a insisté sur le fait que, pour lui, tout cela appartenait au passé. « J'aime les gringos honnêtes », a-t-il déclaré aux journalistes. « Nous sommes peut-être très différents, mais ce qui nous unit, c'est la liberté. Et c'est là que la conversation a commencé. » Il parle ainsi d'un président qui supervise le meurtre et la vaste répression des manifestants anti-ICE à travers les États-Unis, où les opérations anti-migrants ont fait des milliers de victimes colombiennes.

Alors que Petro fraternisait avec Trump, Slate a publié le récit poignant d'une mère colombienne dont la famille a fui les menaces de mort en Colombie en 2022, pour finalement subir le « cauchemar Liam Ramos » au camp de concentration de migrants de Dilley, au Texas, avant d'être expulsée. Sa fille a souffert de troubles de la vue et de l'audition, ainsi que d'une infection bactérienne après deux mois passés dans des conditions infernales. « Ma fille n'a que 6 ans. Elle ne devrait pas connaître les chaînes, les menottes ou la terreur de voir sa famille déchirée », a-t-elle écrit depuis la Colombie. « L'ICE nous a traités comme des animaux. Les agents nous ont intimidés, maîtrisés et expulsés sans aucun égard pour notre humanité. [...] Ma fille est traumatisée et pleure tous les jours. »

Pendant ce temps, à Washington, Petro poursuivait sa description enthousiaste de la Maison-Blanche : « Différentes façons de penser, différents régimes, différentes puissances peuvent se réunir. Il n'y a pas besoin de se battre. [...] “Je vous aime bien”, m'a-t-il dit. »

La réunion elle-même s'est concentrée sur les « rapports de renseignement » de Petro vantant « l'efficacité colombienne » dans la lutte contre le trafic de drogue et la collaboration avec le Pentagone. Il a remis à Trump une liste de présumés chefs de cartels à travers le monde.

À un moment donné, Trump a demandé de manière provocante l'avis de Petro sur l'enlèvement de Maduro. « Je suis habitué à la guerre », a répondu Petro, proposant son gouvernement et la compagnie pétrolière nationale Ecopetrol comme « axe » pour la « relance » économique du Venezuela. Fidèle à son rôle d'émissaire de la classe dirigeante colombienne vénale, Petro a supplié qu'on lui permette de se joindre aux vautours dévorant le cadavre du secteur pétrolier vénézuélien.

Il est à noter que Petro a ignoré la déclaration de la Maison-Blanche lundi célébrant la conquête militaire américaine de la moitié du territoire mexicain il y a 180 ans comme une « victoire légendaire » guidant la politique latino-américaine actuelle. La bourgeoisie colombienne ne souhaite être reconnue que comme un partenaire junior fiable.

La trajectoire de Petro incarne le pedigree politique et la dégénérescence de la fameuse « marée rose », une série de gouvernements nationalistes de gauche qui ont utilisé les recettes provenant des prix élevés des matières premières pour mettre en œuvre des réformes sociales limitées.

En 1977, à l'âge de 17 ans, il a commencé des études universitaires et a rejoint le groupe de guérilla M-19 jusqu'à sa transformation en 1991 en un parti bourgeois «respectable ». Les combats comprenaient des efforts pour récupérer des terres aux mains des paramilitaires fascistes soutenus par les États-Unis. En octobre 1985, les forces armées colombiennes – fondées, financées et entraînées par Washington – l'ont capturé et torturé pendant des jours. Il n'a été libéré qu'en février 1987.

En 1991, il est entré au Congrès en tant que membre du bloc des anciens guérilleros et, dès 1994, il a rencontré le lieutenant-colonel vénézuélien Hugo Chávez, qui a lancé le « bolivarisme » et la « marée rose » après son élection à la présidence en 1998.

Des documents déclassifiés révèlent que la formation, le financement et les renseignements fournis par les États-Unis ont permis le massacre de plus de 6000 membres démobilisés de la guérilla en Colombie pendant cette période, Petro ayant lui-même été sous une menace constante.

Malgré cette histoire sanglante, sous Petro, la Colombie reste un partenaire mondial de l'OTAN et l'allié militaire le plus proche de Washington en Amérique latine, accueillant des troupes et des bases américaines.

Le pèlerinage de Petro souligne la crise terminale du nationalisme « de gauche » dans toute l'Amérique latine. Les progressistes autoproclamés comme Petro, Lula, Sheinbaum et les vestiges bolivariens vénézuéliens préservent l'exploitation capitaliste tout en capitulant devant les exigences de l'impérialisme américain.

Les menaces de Trump ne peuvent aboutir que dans la mesure où ces régimes servent à réprimer tout mouvement révolutionnaire indépendant de la classe ouvrière. Les bourgeoisies nationales qu'ils représentent gèrent le capital au sein du système des États-nations dirigé par l'impérialisme, offrant répression, main-d'œuvre bon marché et ressources à l'intérieur du pays et collaboration à l'étranger.

Le statut de la Colombie au sein de l'OTAN, ses opérations conjointes de lutte contre la drogue et ses bases en font le porte-avions insubmersible de Washington pour soumettre l'hémisphère. La formule des « gringos honnêtes » de Petro présente cela comme de la « liberté », tandis que les migrants pourrissent dans les camps américains. La « marée rose » sert désormais ouvertement le blitzkrieg néocolonial de Trump dans toute la région.

Une série explosive de manifestations de masse et de grèves générales en Colombie contre l'austérité, les inégalités et la répression a été canalisée par la pseudo-gauche et la bureaucratie syndicale derrière l'élection de Petro en 2022. Le désastre politique que cela a entraîné est évident et il est grand temps de tirer les leçons politiques fondamentales de l'expérience de la « marée rose ».

La classe ouvrière latino-américaine ne peut pas lutter contre les inégalités extrêmes et défendre ses droits démocratiques – surtout contre l'oppression impérialiste – par l'intermédiaire de politiciens comme Petro ou de tout autre parti capitaliste. Seule la mobilisation indépendante de la classe ouvrière pour le pouvoir peut y parvenir dans le cadre de la révolution socialiste mondiale.

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