L’alliance entre police française et extrême-droite prépare un régime autoritaire

Les manifestations organisées le 31 janvier par Alliance Police Nationale dans une vingtaine de villes françaises ne sont pas une simple expression de colère corporatiste. A côté des plaintes sur le manque de moyens mis en avant par des médias complices, les slogans antidémocratiques se déployaient ouvertement. La co-organisation des défilés avec l’extrême-droite montre comme la classe dirigeante tente d’instaurer en France un régime ouvertement autoritaire.

Cette préparation est faite avec la complicité de pans entiers de l’appareil d’État, des médias, et d’une «gauche» institutionnelle en pleine capitulation. Il faut citer le rôle démobilisateur du Nouveau Front Populaire (NFP) dirigé par Jean-Luc Mélenchon et les principales bureaucraties syndicales. Alors que l’écrasante majorité des Français s’oppose à la politique d’austérité et de guerre en Ukraine prônée par la classe dirigeante, ils ne tentent pas de mobiliser la classe ouvrière contre Macron.

Ceci permet à l’extrême-droite de se pavaner dans les rues et de dominer les grands médias avec quelques dizaines de milliers de manifestants à l’échelle nationale. En même temps Trump lance des occupations militaro-policières illégales de villes comme Minneapolis afin de terroriser la population par des meurtres d’opposants politiques et appelle à former des gouvernements d’extrême-droite en Europe.

Les cortèges parisiens d’Alliance ont été menés par des personnalités d’extrême droite. Marion Maréchal, héritière politique de la famille Le Pen, aujourd’hui proche du Rassemblement National (RN) et du parti Reconquête de l’idéologue pro-Vichy Eric Zemmour était en tête de cortège à Paris. Sarah Knafo, avocate engagée auprès de Zemmour et candidate de Reconquête à la Mairie de Paris et très soutenue par les grands médias, était également présente.

À Toulouse, Julien Leonardelli, eurodéputé RN, et Edwige Diaz, députée RN de Gironde, ont également pris une place centrale dans la mobilisation. À Nice, Christian Estrosi (maire LR, Horizons) et Eric Ciotti (ex-président de LR à présent allié du RN), soi-disant rivaux politiques, ont défilé côte à côte, illustrant une convergence des droites autour du néofascisme.

Les slogans «Sans police c’est le chaos», «L’impunité fabrique des criminels», ou encore «La justice ne fait pas son boulot», ne rentrent pas dans une action syndicale mais dans une tentative de légitimer une dictature policière d’extrême-droite. Elle vise à établir un régime où les libertés publiques seraient progressivement restreintes au nom de l’ordre, et toute remise en question de l’action policière serait présentée comme une atteinte à la nation.

Le lien entre forces de l’ordre et extrême-droite n’est certes pas nouveau. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les forces comme les CRS, héritées directement du régime de Vichy, ont régulièrement servi à réprimer les luttes ouvrières, les luttes anticoloniales et l’opposition à l’impérialisme français. Néanmoins, les gouvernements tentaient de maintenir une façade démocratique pour leurs agissements.

Mais à présent la présence massive de dirigeants du RN aux côtés des syndicats policiers s’inscrit dans un tournant historique et la préparation d’un régime d’extrême droite et d’Etat policier de part et d’autre de l’Atlantique.

Les médias ont largement relayé les chiffres de mobilisation annoncés par Alliance (45.000 manifestants) et ses revendications, sans interroger sa dimension politique. En outre, aucune condamnation sérieuse n’a émané des partis établis, ni des partis du NFP. Loin de dénoncer ce glissement autoritaire, celui-ci s’adapte et démobilise l’opposition ouvrière.

La réaction de La France insoumise (LFI) et du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a été marginale et localisée. À Grenoble, une contre-manifestation a rassemblé une centaine de personnes, avec le soutien de LFI et du NPA, en réponse à la mobilisation d’Alliance. Ces groupes ont dénoncé l’alliance entre syndicats policiers et extrême droite, ainsi que la banalisation d’un discours sécuritaire et répressif.

Les principaux membres de LFI (Jean-Luc Mélenchon, Rima Hassan, Manuel Bompard, Mathilde Panot) n’ont pas publié de déclaration officielle ou de prise de position forte contre cette manifestation. Les confédérations syndicales (CGT, FO, Solidaires) n’ont pas organisé de contre-mobilisation nationale, ni publié de déclaration pour dénoncer Alliance et l’extrême-droite.

Cette absence de réaction collective laisse le champ libre à Alliance et à l’extrême-droite. Le constraste entre l’impuissance du NFP et la mobilisation agressive d’Alliance et du RN est flagrant. C’est une capitulation du NFP face à la tentative de la classe dirigeante de renforcer l’État policier et de bâtir une dictature.

Ce qui rend l’extrême droite dangereuse, ce n’est pas tant la force numérique de ses militants ou dans la police, que cette démobilisation de l’opposition ouvrière par les appareils du NFP. Alors que l’oligarchie capitaliste et l’État mettent en avant la ‘nécessité de l’ordre’, les bureaucraties syndicales et politiques étouffent la résistance ouvrière à la politique de militarisation et de glissement vers la dictature.

Le programme du RN ne sort pas de nulle part, mais sert, comme Trump aux USA, les intérêts d’une classe dirigeante qui à chaque pas s’enfonce davantage dans la guerre et la crise économique. Avec Bardella, le RN jette le masque et propose un plan d’austérité draconienne de 100 milliards d’euros et un réarmement massif. Un tel projet de destruction des restes de l’État social est incompatible avec le maintien des formes, même totalement creuses, d’un régime démocratique.

La crise du capitalisme mondial, découlant de décennies de politiques d’austérité, de privatisations et de guerres impérialistes, a créé une inégalité sociale extrême incompatible avec la démocratie. L’oligarchie capitaliste est de plus en plus ouvertement favorable à la dictature. A travers l’Europe, les partis de pseudo-gauche et les syndicats jouent un rôle clé pour faciliter cette dérive, en étouffant les luttes ouvrières et en collaborant à l’application des plans d’austérité.

Face à cette situation, une issue existe: la mobilisation indépendante et organisée de la classe ouvrière. Partout dans le monde, les travailleurs et la jeunesse montrent leur attachement indéfectible aux droits démocratiques et sociaux. Les mobilisations comme la lutte contre la réforme des retraites en 2023, la plus grande depuis la grève générale de Mai 1968, le prouvent: unité et détermination collective peuvent faire basculer les rapports de force en faveur des travailleurs.

Mais le bradage syndical de la lutte en 2023, permettant à Macron d’imposer sa réforme, souligne une autre nécessité toute aussi fondamentale. L’action ouvrière doit se libérer de l’influence de bureaucraties petite-bourgeoises comme celles du NFP, qui tirent leurs prérogatives et leurs privilèges matériels de leur rôle dans un ordre social et politique mourant.

Il est urgent de bâtir des comités et des organisations à la base, indépendamment des bureaucraties syndicales, afin de permettre aux travailleurs d’organiser leurs propres luttes et ainsi libérer la lutte des classes du carcan qu’impose le NFP. La mobilisation des «gilets jaunes» a démontré que l’on pouvait organiser des manifestations indépendamment des syndicats, via les réseaux sociaux. A présent, il s’agit d’organiser les luttes des classes indépendamment des appareils, aussi.

Mais cette lutte ne peut triompher qu’à une condition: qu’une fraction décisive de ce mouvement adopte une perspective internationaliste, fondée sur la compréhension du fait que la défense de la démocratie nécessite une prise du pouvoir par les travailleurs et une révolution socialiste.

Les frontières nationales, les divisions imposées par les États et les appareils politiques ou syndicaux ne font qu’étouffer les mouvements. Seule une mobilisation révolutionnaire transnationale, unissant les travailleurs au-delà des frontières, peut renverser le capitalisme et imposer une société fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité.

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