Des journées de travail plus longues, des congés payés réduits, le paiement des heures supplémentaires sabré, la suppression des indemnités de licenciement et la criminalisation des grèves constituent le cœur du projet de loi de « modernisation du travail » imposé par l'administration du président fasciste argentin Javier Milei.
Imposée par le Fonds monétaire international, cette législation déchaîne l'attaque la plus brutale contre les droits des travailleurs depuis les amendements apportés par la dictature militaire des années 1970 à la loi sur le contrat de travail. Intégrée à la vaste thérapie de choc économique de Milei – saluée par les milliardaires et les chefs d'État du monde entier – elle vise à ramener le travail argentin aux conditions du XIXe siècle, établissant ainsi une nouvelle norme internationale d'une grande brutalité.
L'offensive de Milei contre les droits fondamentaux sert les intérêts du Fonds monétaire international et d'autres vautours de la dette, restructure l'économie pour répondre aux exigences du capital financier et finance un renforcement massif de l'État et de l'armée afin de consolider le rôle de l'Argentine en tant que principal instrument de Washington dans l'hémisphère – notamment grâce à 650 millions de dollars pour six avions de chasse F-16 de fabrication américaine.
Le sort de ce projet de loi est crucial pour l'administration Trump elle-même, qui a prolongé un accord de 2,5 milliards de dollars sur le marché des changes pour renflouer le gouvernement Milei. Sous la pression croissante de la classe dirigeante américaine, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a écrit sur les réseaux sociaux : « Stabiliser un allié américain de poids – et générer des dizaines de millions de dollars de profits pour les Américains – est une opération gagnante pour le programme de ‘‘L'Amérique d'abord’’. »
Le vote du Sénat argentin mercredi, suivi par celui de la Chambre des députés se montrent avec les grands médias optimistes quant à l'adoption du projet de loi. Les milieux financiers et patronaux ont corédigé et soutenu le texte, tandis que la CGT – principale confédération syndicale du pays – a mis au rancart son engagement à faire grève, certains de ses bureaucrates approuvant ouvertement cette « réforme ».
Dans un entretien avec le quotidien espagmol El Pais, le chef de l’Union industrielle Argentine Martín Rappallini a reconnu que sa fédération patronale avait « largement participé» à la rédaction de cette loi, exigeant des baisses d'impôts, des lois sur le travail «modernisées » (c'est-à-dire esclavagistes) et la mise au rebut des industries «inefficaces » pour une « adaptation internationale ».
Certains syndicats, comme la CTA et la CTA Autónoma, ont appelé à des grèves symboliques, qualifiées de « grèves hollywoodiennes », pour mercredi – des soupapes de sécurité de 24 heures face à des rébellions internes explosives. Les métallurgistes d'Acindar menacent d'arrêter la production en raison de licenciements collectifs, et les conducteurs de transports en commun ont lancé une « grève générale » de plusieurs semaines. Cette éruption des luttes rejoint la contre-offensive mondiale de la classe ouvrière.
Projet de loi visant à accélérer la destruction d'emplois
Les baisses tarifaires et la déréglementation des importations mises en place par Milei ont entraîné une hausse de 55 pour cent des importations de biens de consommation en 2025. Cela a accéléré la disparition des industries nationales non compétitives: le secteur textile à lui seul a perdu 16 000 emplois. Près de la moitié des Argentins travaillent dans le secteur informel, sans protection face à la prédation de la grand eentreprise. La réforme du travail va accélérer la destruction d’industries et une purge des emplois du secteur public.
Le projet de loi comprend les dispositions clés suivantes :
Baisse d'impôts pour les entreprises : jusqu'à 70 pour cent d'effacement de dette en échange de la régularisation des travailleurs informels ou l'embauche de chômeurs.
L'abandon progressif des négociations collectives de branches au profit d'accords spécifiques à chaque entreprise.
La destruction effective du droit de grève : un « service minimum » obligatoire de 75 pour cent pendant les grèves dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des transports, de l’énergie et de l’eau (50 pour cent dans les secteurs bancaire, minier, industriel et du commerce électronique).
Création du Fonds d'assistance aux travailleurs (FAL) : 3 pour cent de la masse salariale brute prélevée sur les pensions, les soins aux personnes âgées PAMI et les allocations familiales seront versés au FAL pour financer les licenciements, remplaçant ainsi les indemnités de départ par jusqu'à 12 versements mensuels.
Licenciements sans motif financés par l'argent des retraités.
La tyrannie de la « flexibilité » : les employeurs dictent les horaires (supprimant les majorations pour heures supplémentaires) ; les vacances sont fragmentées et reprogrammées à volonté.
Sanctions infligées aux travailleurs malades : les employés dont la santé est endommagée sont reclassés et voient leur salaire diminuer.
Les livreurs sont désormais privés définitivement de tous droits.
Le régime de Milei a déjà supprimé 300 000 emplois formels, dont 61 000 dans le seul secteur public, selon le Centre d'économie politique argentine (CEPA). Parmi les entités les plus touchées figurent la poste, les chemins de fer, la sécurité sociale, Banco Nación et le Conseil national de la recherche scientifique (Conicet). Près de 20 000 entreprises ont fermé leurs portes et 15 des 20 secteurs d'activité ont connu une contraction.
Cette offensive a provoqué une radicalisation des travailleurs chez qui la CEPA recense 629 mouvements sociaux en 2024-2025, et la CTA Autónoma signale 103 cas de répression étatique sous Milei, faisant 2 615 blessés et un mort.
La promotion de ce projet de loi témoigne d'une arrogance de la part des élites économiques inédite depuis la dictature. Pablo Yeramian, propriétaire d'une entreprise textile, a déclaré au Financial Times : « Ce n'est que le début des mesures de réduction des coûts qui rendent les entreprises argentines non compétitives. » Cristián Loureiro, magnat des supérettes, a renchéri : « Déclarer des employés est risqué et coûteux. En Argentine, on les traite comme des enfants à qui l'on doit un emploi à vie. »
Mais dans le même temps, le récit fallacieux d’une « stabilité » économique croissante, promu par Milei et les grands médias, est en train de s’effriter rapidement.
La démission du directeur de l'agence de statistiques, Marco Lavagna, met en lumière les manipulations de l'indice d'inflation. Le retard pris dans l'adoption d'une nouvelle mesure basée sur la consommation – dénoncée comme un piège à manipulations – a provoqué un plongeon des marchés boursiers.
Les prix des produits alimentaires ont bondi de 2,5 pour cent début février, soit la plus forte hausse depuis mars 2024, malgré les déclarations sur la « désinflation ». Les hausses des tarifs des services publics, minimisées pour attirer les investisseurs, s'accentuent : le prix du gaz pour la cuisson et le chauffage a grimpé de 16 pour cent, alors même que les exportations de Vaca Muerta (pétrole et gaz de schiste) génèrent un excédent de 6 milliards de dollars, profitant principalement aux entreprises argentines. Par ailleurs, la Banque centrale a récemment mis en garde contre une « instabilité » croissante et des « risques de transition ».
Les députés dits « d’opposition » des partis péronistes ont facilité la tâche de Milei en défendant des statistiques sur l’inflation et la pauvreté qui masquent les graves souffrances sociales. La bureaucratie syndicale, sous influence péroniste a elle, échangé une répression des grèves par ses soins contre la protection de ses privilèges – désormais menacés par la suppression, dans le cadre du projet de loi, des cotisations de solidarité obligatoires (leur principale source de revenus) et la réduction drastique des contributions patronales à l’assurance maladie syndicale, de 6 à 5 pour cent.
Des groupes de la pseudo gauche comme le Parti des travailleurs socialistes (PTS) et le Partido Obrero (PO), d'obédience moréniste, qui dominent certains syndicats, implorent les hauts responsables de la CTA d'établir un « plan de bataille » et pour une « grève générale ». Il s'agit là d'un appel dénué de toute crédibilité visant à subordonner les droits sociaux et démocratiques des travailleurs à des négociations entre les bureaucrates syndicaux et le fasciste Milei, où le seul enjeu est la préservation des privilèges de l'appareil syndical au détriment de la classe ouvrière.
Ces mêmes bureaucraties traîtresses sont déjà responsables d'une baisse de 60 pour cent du pouvoir d'achat au cours des 10 dernières années.
Encouragée avant tout par cette conspiration bien huilée entre les péronistes, les bureaucraties syndicales et les partis de la pseudo gauche de la classe moyenne supérieure, le gouvernement Milei, tristement célèbre pour sa défense des crimes de la dictature militaire fasciste, se précipite pour mettre en œuvre de formes de gouvernement autoritaires. Il lui faut des mesures d’État policier pour réprimer toute opposition explosive imminente à ses politiques économiques et sociales.
Le 2 janvier, le gouvernement argentin a signé un décret autorisant les agents du renseignement de l'État à procéder à des arrestations sans mandat, ce qui fut dénoncé par des experts comme Andrés Gil Domínguez comme un « tournant autocratique, illibéral et néo-fasciste » donnant naissance à une nouvelle «police secrète».
(Article paru en anglais le 11 février 2025)
