Un agent fédéral de l'immigration utilise du gaz poivré contre des manifestants qui protestent le meurtre de Renee Good par l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Minneapolis.
Le 13 février, un mémorandum publié par l'ICE a présenté le projet de l'agence visant à agrandir de manière permanente et massive les centres de détention à travers les États-Unis, ce qui impliquerait des dizaines de milliards de dollars, des milliers de nouveaux agents fédéraux et la construction de « mégacentres » destinés à détenir des êtres humains pendant des mois.
Le mémorandum indique que d'ici la fin novembre 2026, mois où se tiendront les élections de mi-mandat, l'agence supervisera « huit centres de détention à grande échelle et 16 sites de traitement, ainsi que l'acquisition de 10 installations “clé en main” existantes où l'ICE ERO [Enforcement and Removal Operations] opère déjà ».
Tandis qu'il n'y a « pas d'argent » pour les services sociaux, les soins de santé publics, l'éducation ou le logement, l'ICE estime que 38,3 milliards de dollars seront consacrés à l'« initiative de réorganisation des détentions ». Le plan indique clairement que malgré la fin de l'« opération Metro Surge » à Minneapolis, dans le Minnesota, le gouvernement américain prévoit de poursuivre les arrestations et les expulsions de masse de ceux qu'il considère comme « illégaux » tout au long de l'année 2026 et au-delà.
La note indique que « le nouveau modèle est conçu pour augmenter stratégiquement la capacité d'accueil à 92 600 lits ». L'augmentation de l'espace de détention coïncide avec le recrutement de « 12 000 » agents supplémentaires pour la Gestapo de l'immigration.
Le mémo précise qu'il ne s'agit pas d'une mesure temporaire en réponse à une prétendue « crise frontalière », mais bien de l'agrandissement d'un État policier dirigé contre la classe ouvrière, indépendamment de son statut migratoire. Il souligne que les installations « seront conçues pour gérer l'afflux massif de personnes et assurer un fonctionnement continu à long terme, offrant ainsi une solution unifiée et évolutive garantissant continuité, sécurité, respect des règles et contrôle ».
Il prévoit des « centres de traitement régionaux » pouvant accueillir « 1 000 à 1 500 » personnes pendant « 3 à 7 jours ». Ces centres sont envisagés comme des « lieux de transit pour les transferts ou les expulsions ». L'élément central de cette proposition fasciste réside dans les « centres de détention à grande échelle » capables d'« héberger 7 000 à 10 000 détenus pour des périodes moyennes inférieures à 60 jours. Ces sites serviront de principaux points de départ pour les expulsions internationales. »
La note interne de l'ICE décrivant la construction de vastes centres de détention de longue durée n'est qu'un élément d'une expansion bien plus importante du dispositif de contrôle de l'immigration. Comme le rapporte Wired, des documents fédéraux montrent qu'en parallèle du renforcement des capacités de détention, le gouvernement fédéral a mené ce que le média qualifie de « campagne secrète visant à étendre la présence physique de l'ICE à travers les États-Unis ».
L'ampleur géographique de cette expansion est considérable. Si l'article de Wired se concentre sur quatre États – la Californie, la Floride, le Texas et la Pennsylvanie –, il cite un grand nombre de villes ciblées :
Birmingham (Alabama) ; Fort Lauderdale, Fort Myers, Jacksonville et Tampa (Floride) ; Des Moines (Iowa) ; Boise (Idaho) ; Louisville (Kentucky) ; Baton Rouge (Louisiane) ; Grand Rapids (Michigan) ; Saint-Louis (Missouri) ; Raleigh (Caroline du Nord) ; Long Island (New York) ; Columbus (Ohio) ; Oklahoma City (Oklahoma) ; Pittsburgh (Pennsylvanie) ; Charleston et Columbia (Caroline du Sud) ; Nashville (Tennessee) ; Richmond (Virginie) ; Spokane (Washington), Coeur d’Alene (Idaho) et Milwaukee (Wisconsin) sont concernées.
Selon Wired, cette campagne implique « plus de 150 baux et agrandissements de bureaux » qui « ont permis ou permettraient d’implanter de nouveaux locaux dans presque tous les États, dont beaucoup dans ou à proximité des plus grandes métropoles du pays ». L’article souligne que « dans de nombreux cas, ces locaux, destinés aux agents de terrain et aux avocats de l’ICE, sont situés près d’écoles primaires, de cabinets médicaux, de lieux de culte et d’autres sites névralgiques ».
Wired rapporte que le département de la Sécurité intérieure (DHS) a demandé à l’Administration des services généraux (GSA) de « passer outre les procédures habituelles d’attribution des baux gouvernementaux et même de dissimuler les annonces de baux pour des raisons de “sécurité nationale” », afin de faciliter l’application des lois sur l’immigration. Le média note que « depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump en 2025, les effectifs de l’ICE ont plus que doublé », le DHS affirmant déployer « 22 000 agents et officiers à travers le pays », financés par « près de 80 milliards de dollars » dans le cadre de la loi One Big Beautiful Bill. Des notes internes citées par Wired décrivent cette expansion comme justifiée par une « urgence inhabituelle qui ne peut être ignorée », les approbations de baux se poursuivant « malgré la fermeture des services gouvernementaux », et la GSA ayant reçu pour instruction d'« approuver toutes les nouvelles décisions relatives aux baux de logements liées à l'augmentation des embauches par l'ICE », quel qu'en soit le coût.
Alors que l'opération d’expulsions de masse de Trump et la construction à l'échelle nationale d'un réseau de camps de concentration se poursuivent, le « tsar des frontières », Tom Homan, est apparu à la télévision nationale pour défendre l'administration, tout en vantant une fois de plus le soutien que la police de l'immigration a reçu des démocrates du Minnesota.
Invité à Fox News dimanche, Homan s'est vanté des résultats obtenus par l'administration Trump en matière d'application de la loi, déclarant : « En résumé, le président Trump m'a envoyé là-bas pour désamorcer les tensions, obtenir la coopération des États et des collectivités locales, mettre fin au statut d'“État sanctuaire” et arrêter les étrangers en situation irrégulière, en ciblant en priorité les criminels. Plus de 4 000 arrestations, c'est fait. Désamorçage des tensions, c'est fait. Collaboration et coopération avec les prisons et les comtés, c'est fait. »
Sur le plateau de l'émission « Face the Nation », Homan a répondu aux appels des démocrates en faveur de réformes modérées – notamment la fin du profilage racial et l'obligation d'obtenir un mandat judiciaire pour pénétrer dans un domicile privé – par une défense plus générale des pratiques de l'ICE. Abordant la question du port du masque par les agents lors des opérations, il a déclaré : « Pour ce qui est des masques, écoutez, je ne les aime pas non plus, mais les menaces contre les agents de l'ICE ont augmenté de plus de 1 500 % [...] ces hommes et ces femmes doivent se protéger [...] Quant à leur identification, ils portent tous des sigles indiquant leur appartenance à l'ICE, à l'ERO, au HSI, à la DEA ou au FBI [...] »
Homan a rejeté plusieurs des limitations proposées par les démocrates concernant les tactiques de l'ICE, affirmant : « Actuellement, le port du masque est une question de sécurité pour les agents. »
Concernant les protections constitutionnelles, Homan a affirmé que les lois actuelles sur l'immigration autorisent les agents à pénétrer dans des résidences privées sans mandat judiciaire. « Ce n'est pas ce qu'exige la loi fédérale. Le Congrès lui-même a rédigé la Loi sur l'immigration et la nationalité, qui confère le pouvoir d'arrêter une personne en vertu d'un mandat administratif, et c'est ce qui a établi les lois fédérales [...] Or, l'ICE agit actuellement dans le cadre légal fédéral. »
Le rejet du Quatrième Amendement par Homan intervient alors que de nouveaux éléments contredisent les versions officielles du DHS concernant les violences policières liées à l'immigration. La semaine dernière, le parquet fédéral de Minneapolis a demandé l'abandon des charges contre deux Vénézuéliens, dont l'un avait été blessé par balle par un agent de l'ICE. Deux des agents de l'ICE impliqués ont été suspendus dans le cadre d'une enquête pénale pour faux témoignage.
Le procureur, Daniel N. Rosen, a demandé à un juge de « classer sans suite les accusations contre un homme blessé lors de cette fusillade, ainsi que contre un autre homme accusé d'avoir agressé l'agent ». Il a écrit que « les preuves nouvellement découvertes dans cette affaire contredisent de manière substantielle les allégations » présentées précédemment par les autorités fédérales, tant dans l’acte d’accusation que dans les témoignages.
Le juge Paul A. Magnuson a par la suite rejeté les accusations sans réserve, ce qui signifie qu’elles ne peuvent être réexaminées.
L’incident s’est produit le 14 janvier 2026, lorsque Julio C. Sosa-Celis a été blessé par balle à la jambe par un agent de l’ICE à Minneapolis. Les autorités fédérales ont menti dans leur version initiale et ont affirmé que les agents avaient été attaqués par des hommes armés d’un balai ou d’une pelle. En réalité, au moins un agent a tiré sur la maison où Sosa-Celis vivait avec son conjoint.
Les images de la caméra corporelle, diffusées la semaine dernière, démontrent une fois de plus la fausseté des affirmations du département de la Sécurité intérieure concernant une fusillade survenue à Chicago en 2025. On y voit les agents prendre contact avec les suspects, coordonner leurs actions et ouvrir le feu en quelques secondes. La vidéo documente les instants qui ont précédé la tentative d’assassinat de Marimar Martínez, une aide-enseignante.
La vidéo commence avec des agents du DHS à bord d'un VUS arborant un panneau « Uber ». Dès que la caméra s'active, on entend un agent lancer : « Bouge, connasse ! », une remarque adressée à Martínez. Quelques instants plus tard, un autre agent déclare : « OK, il est temps de passer à l'offensive et de sortir, parce qu'ils essaient de nous encercler.»
Un agent affirme ensuite : « On va ouvrir le feu, parce qu'on est encerclés.» À ce moment-là, le VUS circule normalement sur une route dégagée, sans être arrêté, encerclé ou bloqué par aucun véhicule. Alors que le VUS continue sa route librement, un agent, fusil d'assaut à la main, répète : « On est encerclés.»
La vidéo montre ensuite le conducteur braquer brusquement à gauche et percuter délibérément le véhicule de Martínez. Immédiatement après la collision, des agents sortent du VUS, armes au poing. Moins de six secondes après avoir percuté sa voiture, un agent tire sept coups de feu sur Martínez. Elle est touchée par cinq balles.
Les images montrent également un agent, fusil M-4 à la main, pointant son arme sur des civils aux alentours, tandis que d'autres agents appellent des renforts. La vidéo contredit les déclarations antérieures du DHS selon lesquelles les agents étaient piégés, attaqués ou contraints d'utiliser la force létale en état de légitime défense. Au contraire, elle montre des agents envenimant la situation verbalement, prétendant faussement être « encerclés », provoquant eux-mêmes l'affrontement et ouvrant le feu presque instantanément.
La pratique de violence, de mensonges et d'impunité est également mise en lumière par l'enquête de The Intercept sur le meurtre d'Alex Pretti à Minneapolis. Le média rapporte qu'une ambulancière, témoin de la fusillade, a tenté de porter secours à Pretti après qu'il a été blessé par balle par des agents fédéraux, mais qu'elle en a été physiquement empêchée par des agents du DHS présents sur les lieux.
L'ambulancière a déclaré à The Intercept qu'il était évident pour elle que Pretti avait subi de graves blessures et nécessitait des soins immédiats. « Dès que je l'ai vu, j'ai compris qu'il était horriblement blessé », a-t-elle déclaré. «J'ai immédiatement dit : 'Je suis ambulancière ! Il a un traumatisme crânien ! Un traumatisme crânien grave ! Je dois l'aider tout de suite.' »
Cependant, elle a été physiquement maîtrisée par un agent masqué, alors même qu'elle portait du matériel de traumatologie et insistait sur sa capacité à prodiguer les premiers soins. « Je suppliais littéralement l'agent qui me retenait de me laisser pratiquer un massage cardiaque », se souvient-elle, « car je savais que s'il n'avait pas déjà perdu le pouls, ça allait se produire très, très rapidement. »
L’obstruction délibérée des soins médicaux après une fusillade rappelle le meurtre de Renée Nicole Good. Dans les deux cas, du personnel médical qualifié a été empêché de prodiguer des soins d'urgence aux victimes de violences policières liées à l'immigration, tandis que les agents fédéraux eux-mêmes ne faisaient rien pour leur porter secours.
En réaction aux agissements meurtriers et illégaux des agents du DHS, les démocrates réclament des « réformes » superficielles au sein de l'ICE et du CBP. Le DHS est actuellement partiellement paralysé, les républicains ayant refusé la quasi-totalité des demandes des démocrates visant à « encadrer » l'ICE.
Cette opposition feinte permet la poursuite de la politique d'expulsion de masse menée par Trump, tout en donnant aux élus démocrates l'illusion de répondre aux préoccupations de l'opinion publique. Une majorité grandissante de la population soutient l'abolition pure et simple de l'ICE, mais les négociations au Sénat et ailleurs se sont concentrées sur des limites modestes – telles que des restrictions sur les patrouilles mobiles ou le port du masque – plutôt que sur l’élimination de l'agence elle-même.
