Des frappes américaines contre des embarcations tuent onze personnes dans les Caraïbes et le Pacifique

L'armée américaine a tué 11 personnes lundi lors de frappes contre trois embarcations dans l'est du Pacifique et la mer des Caraïbes. Il s'agit de la journée la plus meurtrière de l'année depuis le début de la campagne de bombardements menée par l'administration Trump au large des côtes latino-américaines.

Le Commandement Sud des États-Unis a annoncé que quatre hommes avaient été tués sur un bateau dans l'est du Pacifique, quatre sur un autre dans le même secteur, et trois sur un bateau dans les Caraïbes. C'était la première fois que l'armée bombardait des cibles des deux côtés du canal de Panama le même jour. L'armée a diffusé une vidéo de 39 secondes montrant la destruction des trois bateaux : l'un en mouvement, les deux autres immobiles. Aucun élément de preuve n'a été fourni indiquant que les navires transportaient de la drogue ou que les personnes tuées avaient un lien quelconque avec le trafic de stupéfiants.

Ces frappes constituent des assassinats au regard du droit international. Les hommes à bord de ces bateaux ne représentaient aucune menace imminente. Ils n'étaient pas des combattants armés. Ils n'étaient pas engagés dans des hostilités. En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Charte des Nations Unies et du Manuel du droit de la guerre du Pentagone, leur mort est un crime. L'article 98 de la CNUDM (Convention des Nations Unies sur le droit de la mer) établit l'obligation de porter secours aux personnes en détresse en mer.

Les médias américains ont banalisé ces frappes. ABC News a publié un article d'environ 130 mots. Le Washington Post a classé son reportage sous la rubrique « sécurité nationale », et non en première page. Ces meurtres n'ont suscité aucune condamnation, même symbolique, de la part du Parti démocrate. Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders, le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, et le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, sont restés silencieux.

Ces frappes portent le bilan total à au moins 145 morts, victimes de 42 frappes recensées depuis début septembre 2025. Onze autres survivants de frappes précédentes sont présumés morts, abandonnés à leur sort par l’armée. Les familles de deux pêcheurs trinidadiens tués lors d'une frappe le 14 octobre ont porté plainte contre le gouvernement américain, qualifiant cette campagne de « meurtres illégaux et de sang-froid ; des meurtres pour le plaisir et des meurtres pour le spectacle ».

En octobre, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Turk, a qualifié les frappes d'« inacceptables », déclarant qu'« aucun des individus à bord des embarcations ciblées ne semblait représenter une menace imminente pour la vie d'autrui ». En novembre, l'ancien procureur général de la CPI, Luis Moreno Ocampo, a conclu que les frappes «constituent vraisemblablement des crimes contre l'humanité ».

Le représentant Adam Smith, principal démocrate de la commission des forces armées de la Chambre des représentants, qui a visionné la vidéo classifiée en décembre, a décrit la scène : les hommes étaient «essentiellement deux personnes torse nu, agrippées à la proue d'une embarcation chavirée et hors d'usage, dérivant sur l'eau, jusqu'à ce que les missiles les abattent ». Tuer les survivants constitue une violation flagrante du Règlement de La Haye qui oblige à accorder la pitié, l'une des plus anciennes règles de la guerre.

Une enquête du média The Intercept, publiée lundi, a révélé que lors d'un triple bombardement le 30 décembre, huit hommes ont sauté par-dessus bord. Les garde-côtes ont mis 45 heures à dépêcher un avion de sauvetage, par une mer agitée (vagues de près de trois mètres) et des vents de 75 km/h, où la survie était question de minutes. Aucun survivant n'a été retrouvé. « Le commandement Sud (SOUTHCOM) ne veut pas de ces personnes en vie », a déclaré un responsable gouvernemental à The Intercept.

Ces frappes s'inscrivent dans le cadre d'une vaste campagne militaire américaine à travers l'hémisphère occidental. En janvier, l'USS Gerald R. Ford, le plus gros porte-avions du monde, a participé à l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, au cours d'un bombardement massif de Caracas, la capitale vénézuélienne.

La stratégie de sécurité nationale 2025 de l'administration Trump instaure un « corollaire Trump à la doctrine Monroe », affirmant que les États-Unis «rétabliront la prééminence américaine dans l'hémisphère occidental » et «empêcheront les concurrents non hémisphériques de déployer des forces ou d'autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiques vitaux, dans notre hémisphère ».

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, la semaine dernière, le secrétaire d'État Marco Rubio a ouvertement défendu la criminalité impérialiste : « Nous ne pouvons plus permettre à ceux qui menacent ouvertement nos citoyens et mettent en péril notre stabilité mondiale de se retrancher derrière des abstractions du droit international. »

Il s'est vanté que l'ancien ordre international « était incapable de faire face à la menace que représente pour notre sécurité un dictateur narcoterroriste au Venezuela ». L'administration Trump considère ainsi le droit international comme une « abstraction » que les États-Unis ne sont pas tenus de respecter.

Le groupe aéronaval du porte-avions Ford a été redéployé des Caraïbes vers le Moyen-Orient, où il rejoindra celui de l'USS Abraham Lincoln. Environ 50 000 soldats américains sont déployés dans la région. Reuters a rapporté vendredi que le Pentagone planifie des « opérations soutenues de plusieurs semaines » contre l'Iran. Trump a déclaré aux troupes stationnées à Fort Bragg qu'un changement de régime en Iran serait « la meilleure chose qui puisse arriver ».

Le même porte-avions utilisé pour enlever le président du Venezuela est redéployé pour mener une guerre contre un pays de 88 millions d'habitants.

Certains démocrates ont critiqué verbalement les frappes précédentes. En novembre, Tim Kaine a déclaré que la double frappe « constitue un crime de guerre », et en décembre, Himes l'a qualifié de « violation des lois de la guerre ». Mais ces critiques ont été complètement abandonnées. Les résolutions sur les pouvoirs de guerre présentées par Kaine ont été rejetées lors de votes partisans.

Ocasio-Cortez s'est exprimée à la Conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier et n'a rien dit de la campagne d'assassinats ni des préparatifs de guerre contre l'Iran. Au lieu de cela, elle a accusé Trump de ne pas être suffisamment agressif face à la Russie, a appelé à la relance du Partenariat transpacifique d'Obama pour contrer la Chine et a refusé d'exclure l'envoi de troupes américaines pour combattre la Chine au sujet de Taïwan.

Malgré la criminalité flagrante des opérations militaires menées par l'administration Trump dans les Caraïbes, les démocrates ont systématiquement voté pour financer la machine de guerre de Trump. La loi d'autorisation de la défense nationale, d'un montant de 901 milliards de dollars, a été adoptée par la Chambre des représentants par 312 voix contre 112 en décembre, avec 115 votes favorables de démocrates. Au Sénat, elle a été adoptée par 77 voix contre 20, la grande majorité des sénateurs démocrates votant pour.

Trump a proposé un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour l'exercice 2027, le plus gros de l'histoire américaine. Les démocrates n'ont pas exprimé d'objection. Ils ont apporté les votes nécessaires à l'adoption de la loi budgétaire qui finance les opérations militaires en cours dans les Caraïbes et tous les navires de guerre qui font actuellement route vers l'Iran.

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