Les syndicats du Québec renouent leur alliance avec un PQ qui s’aligne sur l’extrême-droite

Une délégation de dirigeants syndicaux menée par Magali Picard, la présidente de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), a participé au congrès du Parti québécois (PQ) le mois dernier.

La bureaucratie syndicale renoue son alliance politique de longue date avec le PQ dans un contexte où ce parti campe de plus en plus à l’extrême-droite et place l’agitation anti-immigrants au centre de sa campagne pour l’indépendance du Québec.

Cette affiche du PQ montre une photo de son chef, Paul St-Pierre Plamondon, surimposée sur une carte du Québec. [Photo: St. Pierre Plamondon/Facebook]

Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, s’est débarrassé des vieilles prétentions «progressistes» du projet souverainiste et admet ouvertement que la création d’un nouvel État impérialiste en Amérique du Nord, issu d’une séparation avec l’État fédéral canadien, serait étroitement alignée sur l’impérialisme américain dirigé actuellement par l’aspirant dictateur fasciste Donald Trump.

Qu’ils décident d’appuyer explicitement le PQ aux élections provinciales d’octobre prochain, ou d’y aller plus tacitement, les syndicats cherchent à canaliser l’immense colère sociale contre l’austérité capitaliste et contre l’actuel gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) vers ce parti chauvin et ultranationaliste.

Picard, qui dirige la plus grosse centrale syndicale de la province, avait déjà admis être en discussion avec le PQ l’an dernier pour soi-disant trouver un parti prêt à abroger les lois anti-ouvrières de la CAQ. Et ce alors que la FTQ et les autres centrales syndicales ne faisaient rien pour mobiliser la classe ouvrière contre la loi 14 qui restreint drastiquement le droit de grève au Québec.

En réponse aux accusations de la CAQ que le PQ et la FTQ préparent un accord en vue des élections, Picard a déclaré qu’«il n’y a pas de deal, malheureusement». Au sortir d’un cocktail pour «invités d’honneur» du congrès, elle a toutefois admis que «c’est ce qu’on cherche, des partis qui sont prêts à mettre de côté les mesures [de la CAQ] qui sèment la division».

Qui Picard croit-elle berner! Comme le Parti libéral et la CAQ, le PQ est un fidèle représentant de la grande entreprise québécoise qui, au cours des quatre dernières décennies, a sauvagement attaqué les conditions des travailleurs à coups de matraques et de lois spéciales. Largement discrédité pour ses compressions sociales et sa destruction des services publics, le PQ a perdu une bonne partie de son soutien électoral traditionnel parmi les travailleurs, au point où le parti a failli être rayé de la carte entre 2018 et 2023. Il n’a pu renaître de ses cendres que grâce aux efforts de la classe dirigeante, des grands médias et de la bureaucratie syndicale.

La renaissance du PQ a été associée à un virage ultra réactionnaire sous Plamondon. Même la presse bourgeoise est forcée de reconnaître que le PQ cherche à dépasser Éric Duhaime et ses conservateurs sur sa droite en adoptant ses appels à des coupures sociales massives, de nouvelles baisses d’impôts aux entreprises et une hausse du budget de l’appareil policier – tout cela, en blâmant les immigrants pour tous les problèmes sociaux causés par la crise capitaliste.

Plamondon répand une version québécoise de la théorie fasciste du «Grand remplacement» en accusant le gouvernement fédéral de vouloir submerger le Québec dans une mer d’immigrants anglophones. Pour sauver la «nation québécoise», Plamondon promet de baisser massivement l’immigration tout en laissant sous-entendre qu’il favoriserait des mesures pour accroître la natalité parmi les Québécois «de souche». Le chef péquiste tisse des liens avec des séparatistes d’extrême-droite en Alberta et comme eux, il présente son plan de sécession du Canada comme un «projet entrepreneurial» basé sur une alliance avec Washington dans le but d’avancer les objectifs prédateurs de la classe dirigeante québécoise.

Les syndicats sont totalement silencieux sur ces politiques ultra-réactionnaires et aident le PQ à faire passer la pilule aux travailleurs. Picard a salué avec enthousiasme une proposition du congrès voulant que le PQ réaffirme son soi-disant «préjugé favorable aux travailleurs». Quelle fraude! Avancée dans les années 1970 par le Premier ministre péquiste René Lévesque, cette posture a toujours été mensongère. Après cinquante ans d’austérité, de lois anti-ouvrières et d’un tournant prononcé à droite, c’est aujourd’hui de la pure hypocrisie.

La démagogie «pro-travailleurs» du PQ rappelle plutôt celle du chef conservateur Pierre Poilièvre ou du fasciste Trump qui marche dans les pas de Hitler. Ces démagogues réactionnaires se présentent comme des défenseurs des «gens ordinaires» et des opposants à un «establishment corrompu», alors qu’ils parlent pour les sections les plus rapaces de la grande entreprise et de l’oligarchie financière.

Le rapprochement des syndicats avec le PQ témoigne du virage marqué à droite de toute la bureaucratie syndicale. Mais autant significatif soit ce réalignement, un processus sous-jacent est à l’œuvre. Alors que les soins de santé publics s’effondrent, que la crise du logement s’approfondit et que les gouvernements transfèrent d’immenses richesses vers la grande entreprise et le réarmement, les syndicats intensifient leurs efforts pour supprimer la lutte de classe, diviser les travailleurs sur une base nationale et les attacher à l’ordre capitaliste existant.

L’alliance des syndicats avec le PQ a toujours été dirigée contre la classe ouvrière. C’est par la promotion du nationalisme québécois et du PQ que les syndicats ont gardé le contrôle sur les luttes militantes des travailleurs québécois dans les années 70 afin de les subordonner à la classe dirigeante québécoise et canadienne.

Bien que le PQ ne soit pas le seul parti nationaliste, il incarne l’idéologie nationaliste québécoise qui sert à cimenter la relation corporatiste des syndicats avec l’État et le patronat, tout en poussant les travailleurs à s’aligner sur l’élite dirigeante québécoise dans ses chicanes avec Ottawa et Bay Street au nom des «intérêts supérieurs du Québec». Sur cette base, les syndicats continuent de répandre le mensonge que les travailleurs du Québec ont plus d’intérêts en commun avec l’élite francophone qu’avec leurs frères et sœurs de classe dans le reste du Canada et internationalement.

En 1983, la FTQ a lancé le Fonds de solidarité avec la bénédiction du gouvernement Lévesque sous la forme d’avantages fiscaux. D’autres centrales ont suivi avec des fonds similaires de capital de risque. Ils étaient tous présentés aux travailleurs comme la voie à suivre pour défendre les emplois au Québec, c’est-à-dire en soutenant des entreprises québécoises. Les centrales syndicales ont négocié ces ententes financières sordides alors même qu’elles trahissaient un mouvement de masse des travailleurs contre les attaques du gouvernement péquiste.

Dans les années 1990, les syndicats se sont ralliés à la campagne du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard pour le «déficit zéro», facilitant la destruction de pans entiers des services publics et l’assaut contre les conditions de vie de centaines de milliers de travailleurs de la santé et de l’éducation. Les syndicats se sont joints à Bouchard lorsqu’il affirmait que ces brutales coupures sociales étaient essentielles pour créer les «conditions gagnantes» pour un deuxième référendum sur l’indépendance du Québec, c’est-à-dire prouver à la finance internationale qu’un Québec souverain serait économiquement viable avec une main-d’oeuvre bon marché.

En 2012, les syndicats ont torpillé la grève étudiante de six mois qui a ébranlé le gouvernement libéral de Jean Charest, puis ils l’ont canalisée derrière l’élection du PQ en déclarant «après la rue, les urnes». Durant cette campagne de sabotage, le président de la FTQ de l’époque, Michel Arsenault, avait ordonné aux travailleurs en dehors du Québec de se mêler de leurs affaires et de ne pas soutenir les étudiants, au nom de «l’autodétermination du Québec».

Lorsque les syndicats dénoncent les lois anti-ouvrières de la CAQ pour justifier leur alliance avec le PQ, ils parlent principalement du projet de loi 3 sur la «transparence syndicale». Ils voient le PL3 comme une menace à leur contrôle des cotisations syndicales, l’un des principaux mécanismes par lequel les bureaucrates syndicaux peuvent amasser leurs gros salaires et autres privilèges.

Bien qu’ils dénoncent les éléments du PL3 qui les dérangent, les syndicats n’ont rien fait pour s’opposer à la loi 14 de la CAQ, qui est une attaque majeure contre le droit de grève. De manière similaire, les syndicats – québécois comme canadiens – n’ont pas levé le petit doigt pour s’opposer à la criminalisation des grèves des postiers, des débardeurs et des agents de bord d’Air Canada par le gouvernement fédéral libéral Trudeau-Carney l’an dernier.

Après avoir organisé de petites actions peu publicisées contre la loi 14, les syndicats ont été contraints d’appeler à une grande manifestation le 29 novembre dernier. Mais ils n’ont rien dit – ni dans leurs slogans, ni même dans leurs discours – sur la loi 14 ou sur les attaques du gouvernement fédéral de Mark Carney. Ils ont été totalement silencieux sur les développements politiques en dehors du Québec, y compris les attaques subies par les travailleurs dans le reste du Canada ou la montée du fascisme au sud de la frontière. Mais, ils ont dénoncé haut et fort le PL3 et font campagne pour que les partis d’opposition s’engagent à l’abroger.

Peu importe quel parti est porté au pouvoir l’automne prochain, la classe dirigeante va accélérer son assaut frontal contre les travailleurs. Et les syndicats vont s’y accommoder et offrir leur complicité. Ce tournant à droite s’accompagnera inévitablement de nouvelles trahisons syndicales des luttes ouvrières, et surtout, d’une agitation toxique du nationalisme québécois dans le but de diviser les travailleurs québécois de leurs frères et sœurs de classe au Canada et internationalement.

Les travailleurs doivent rejeter toute forme de nationalisme – autant le nationalisme québécois et sa variante souverainiste que le nationalisme canadien – et s’unir avec leurs frères et sœurs à travers l’Amérique du Nord et internationalement en tant que classe sociale avec des intérêts de classe distincts. Une offensive ouvrière à l’austérité, à la privatisation et à la guerre pourra s’organiser si elle est armée d’une nouvelle perspective socialiste et internationale.

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