La politique française à droite toute après la mort d'un fasciste

La mort d'un fasciste près d'un événement organisé par La France Insoumise (LFI) a déclenché un véritable déchaînement droitier en France. Un large front allant des fascistes avérés au président Macron, à son gouvernement et au Parti socialiste (PS), en passant par le Rassemblement National (RN) d'extrême droite, rivalise d’attaques et de menaces vis-à-vis du parti de Jean-Luc Mélenchon.

Le président français Emmanuel Macron, au centre, écoute le président du Sénat Gérard Larcher, assis à coté de la présidente de l'Assemblée nationale Yael Braun-Pivet, à gauche, lors d'une réunion sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie au palais de l'Élysée à Paris, vendredi 16 janvier 2026. [AP Photo/Yoan Valat, Pool]

Cette campagne, qui rappelle la glorification du partisan assassiné de Trump, Charlie Kirk, aux États-Unis, marque un brusque virage à droite des élites dirigeantes françaises. Quatre semaines avant les prochaines élections municipales et quinze mois avant la fin du mandat régulier du président, ils ont apparemment conclu qu'il était temps de préparer la voie pour l’arrivée au pouvoir du RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Quentin Deranche, âgé de vingt-trois ans, est décédé le 12 février à la suite d'un affrontement qui a éclaté après une conférence donnée à l'Université de Lyon par la députée européenne LFI d’origine palestinienne, Rima Hassan.

Deranque faisait partie du service d’ordre protégeant le groupe identitaire Némésis, tristement célèbre pour ses provocations islamophobes. Le groupe s’est opposé à la présence de Hassan avec des affiches disant «Islamo-gauchistes hors des facs». Deranque lui-même était un ancien membre d'Action Française, la plus ancienne organisation fasciste du pays. En 2025, il a fondé son propre groupe fasciste local, étroitement connecté avec d'autres.

Némésis et la plupart des médias bourgeois affirment que les fascistes ont été attaqués par des membres du service d’ordre LFI appartenant au groupe de la Jeune Garde. Cela est contesté par des participants à la réunion. L'un d’eux a déclaré à la plateforme Mediapart que les fascistes les avaient attaqués alors qu'ils quittaient la réunion. Dans la bagarre qui s'ensuivit, Deranque subit des lésions cérébrales dont il est mort plus tard.

LFI a rejeté toute responsabilité politique dans la mort de Deranque. Le coordinateur du parti, Manuel Bompard, a évoqué des «accusations infondées, graves et fausses». Mélenchon a nié tout lien entre LFI et la mort du fasciste et a insisté sur le fait que son parti était contre la violence et qu’il était lui-même la cible d'attaques violentes.

Cela n'a pas empêché le gouvernement de dénoncer LFI avec virulence. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a accusé le parti d'avoir une «responsabilité morale dans le climat de violence». Le ministre de la Justice Gérald Darmanin, lui-même ancien proche d'Action Française, a affirmé qu'il était «assez évident» que «l'ultra-gauche [avait] tué Deranque». Il a accusé LFI d'«indulgence envers la violence politique». Le président Macron a qualifié LFI d'«extrémiste de gauche» et l'a accusée d'antisémitisme, ce qui «contredis[ait] les principes fondamentaux de la République».

La police a arrêté onze personnes évoluant dans l’entourage de LFI, dont deux assistants d'un député du parti. Les fascistes impliqués dans la bagarre, en revanche, sont restés impunis.

Le Rassemblement National exigea que le parti de Mélenchon soit déclaré illégal. Le chef du parti, Jordan Bardella, a déclaré que l'extrême gauche avait assassiné et que Mélenchon devait être tenu responsable de ce qui s'était passé. LFI était un mouvement « complètement en dehors de la République », a-t-il déclaré.

Des groupes fascistes ont appelé à la violence et sont passés à l’acte. « Nous ne nous contenterons pas d'allumer des bougies et de nous lamenter », avertit Stanislas Tyl, porte-parole du groupe identitaire Les Natifs. « Je jure aujourd'hui que nous vous poursuivrons dans les urnes, dans les tribunaux, dans la rue, dans les médias, partout !» Le groupe a publié une vidéo montrant des militants éclaboussant de faux sang le siège de LFI à Paris et collant des affiches visant «Antifa» et Mélenchon. De nombreux bureaux de campagne de la LFI ont été couverts de graffitis, et son siège parisien a dû être évacué après une menace à la bombe.

Mais la réaction la plus remarquable fut celle du Parti socialiste (PS). Celui-ci a rejoint le chœur des vociférations venues de la droite et exclu toute future coopération avec LFI.

« Pour les scrutins municipaux, il ne peut pas y avoir d'alliance entre les socialistes ou les formations de la gauche réformiste et LFI au deuxième tour, c'est clair » a déclaré l'ancien président François Hollande, ajoutant « la relation avec LFI est totalement rompue ». Quant aux élections présidentielles, « Jean-Luc Mélenchon n'a pas sa place au second tour. J'en prends ici à la fois la promesse, l'engagement et le pari », a-t-il affirmé.

En termes pratiques, Hollande affirme par là qu'il préfère que ce soit l'extrême droite qui prenne le pouvoir plutôt que Mélenchon. Dans les sondages, le RN est largement devant tous les autres partis avec environ 35 %, et de nombreux candidats du parti de droite Les Républicains et dans le camp libéral de Macron aimeraient beaucoup rejoindre un gouvernement dirigé par le RN.

Puis, à 15 heures le 17 février, toute l'Assemblée nationale, y compris les députés LFI et ceux du Parti communiste, s'est levée pour une minute de silence en faveur de l'activiste d'extrême droite tué, Deranque. La motion avait été proposée par le député Éric Ciotti du parti droitier Union des droites pour la République.

Les travailleurs doivent rejeter la campagne virulente et droitière lancée contre Mélenchon et son parti. Elle est dirigée contre LFI mais vise la classe ouvrière. Elle doit faire un exemple par lequel toute opposition au génocide à Gaza, à la guerre et au réarmement, à la casse sociale et à l’attaque des retraites peut être déclaré «extrémiste de gauche», «violent» et criminalisé. Et elle vise à ouvrir la voie à l'arrivée au pouvoir du RN d'extrême droite.

La raison n'en est pas Mélenchon, qui, malgré sa rhétorique radicale, est un partisan éprouvé de l'ordre bourgeois, mais la profonde crise du capitalisme mondial. La course aux profits, les guerres commerciales et l'augmentation massive des dépenses militaires nécessitent des attaques massives contre les revenus des travailleurs, les prestations sociales et les droits démocratiques, qui ne peuvent être imposées que par des méthodes fascistes. C'est la raison de la montée des partis d'extrême droite aux États-Unis, au Japon et dans toute l'Europe.

Pour combattre le fascisme et la guerre, il faut aussi tirer des leçons de la faillite de la propre politique de Mélenchon. Il a lui-même nourri et élevé la vipère qui le mord maintenant à la gorge.

Mélenchon, qui a passé la majeure partie de sa carrière politique au sein du Parti socialiste, a toujours refusé de lutter pour la mobilisation de la classe ouvrière afin de renverser le capitalisme et de réorganiser la société sur une base socialiste. Son appel à une révolution populaire ou citoyenne signifie subordonner les intérêts indépendants de la classe ouvrière à ceux des classes moyennes aisées et de la bourgeoisie française.

Après avoir obtenu 8 millions de voix à l'élection présidentielle de 2022, Mélenchon a formé une alliance électorale avec le Parti socialiste, le Parti communistes et les verts aux élections législatives de 2024, qu'il a appelée Nouveau Front populaire. Il a s’est mis d’accord avec ces partis discrédités sur un programme de droite et les a aidés – et au second tour, aussi le camp de Macron à obtenir des sièges supplémentaires au parlement grâce à des accords électoraux. Cela fut justifié au motif d'empêcher l'extrême droite d'entrer au gouvernement.

Le World Socialist Web Site avertissait alors déjà que le Nouveau Front populaire n'affaiblirait pas l'extrême droite, mais la renforcerait. Nous avions écrit :

La politique du Nouveau Front populaire n’arrête pas la montée du RN, mais la favorise. La lutte contre l’extrême droite et la menace de dictature n’est pas une question de tactique électorale, mais de lutte de classes. La montée du RN et des partis similaires dans d’autres pays n’est que l’expression la plus nette du virage à droite de toute la classe dirigeante. Sa politique de guerre, de militarisme et d’austérité n’est pas compatibles avec la démocratie.

Un mouvement contre la guerre et la dictature ne peut être construit que depuis le bas, à travers la mobilisation indépendante de la classe ouvrière. La tâche d’un tel mouvement n’est pas de faire pression sur les bureaucraties syndicales, sur le parti LFI de Mélenchon ou sur d’autres partis de l’establishment pour qu’ils changent de politique. Ils ne le feront pas.

Il doit lutter pour le renversement du capitalisme, l'instauration d'un État ouvrier et la réorganisation de la société sur une base socialiste. Sans briser le pouvoir du capital financier et des trusts, aucun problème ne pourra être résolu. Construire un tel mouvement nécessite la construction d'un nouveau parti, le Parti de l'égalité socialiste en France et des sections du Comité international de la IVe Internationale (CIQI) à l'échelle internationale.

Cela se confirme une nouvelle fois aujourd'hui.

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