Le candidat à la présidence de l'UAW, Will Lehman, appelle à la présentation d'une liste de candidats de la base alors que commencent les élections des délégués

Will Lehman

Dans une lettre ouverte aux membres du syndicat de l’automobile United Auto Workers (UAW), Will Lehman, qui ouvrier de l'automobile, a appelé à la formation d'une « liste insurgée » de délégués à la Convention constitutionnelle de l'UAW, prévue du 15 au 18 juin à Detroit.

Lehman, ouvrier de Mack Trucks à Macungie, en Pennsylvanie, se présente pour la deuxième fois à la présidence de l'UAW. Dans sa lettre, il prévient qu'une étape décisive de l'élection est déjà en cours: la nomination des délégués et les élections des unions locales, dont la plupart des membres de l'UAW n'ont pas connaissance.

«Nombre de membres ignorent peut-être encore qu'une nouvelle élection a lieu cette année pour le poste de président de l'UAW et d'autres fonctions nationales», écrit Lehman. « Mais cela commence dès maintenant, par le biais des nominations et des élections des délégués dans chaque union locale. Si les membres de la base ne s'organisent pas pour remporter ces élections, la bureaucratie contrôlera la Convention constitutionnelle en juin et veillera à ce que seuls ceux loyaux à l’appareil puissent briguer les postes de direction. »

Le congrès constitutionnel de l'UAW désignera les candidats aux fonctions nationales. Sans contrôle sur ce processus, soutient Lehman, les candidats de l'opposition issus de la base peuvent être bloqués, privant ainsi l'ensemble des membres de toute possibilité de vote ayant un sens.

« C’est pourquoi j’exhorte les travailleurs à former une liste insurgée de délégués issus de la base et à exiger un véritable processus de délégation démocratique dans chaque section locale », déclare-t-il. « Le principe “un membre, une voix” ne prendra tout son sens que si les travailleurs – et non une bureaucratie corrompue – peuvent choisir démocratiquement pour qui voter. »

En novembre-décembre 2021, les membres et retraités de l'UAW ont voté à 63,7 pour cent lors d'un référendum ordonné par le tribunal pour remplacer le système de délégation du syndicat pour choisir les dirigeants nationaux par des élections directes, largement connues sous le nom de « un membre, une voix ». Ce vote faisait suite à une vaste enquête fédérale pour corruption qui a mis au jour un réseau de pots-de-vin, de détournements de fonds et de collusion entre les directions d’entreprises et les responsables au plus haut niveau du syndicat.

Dans l'ancien système, les délégués — en grande partie loyaux à l'appareil syndical — étaient élus localement puis votaient pour les candidats approuvés lors de la Convention constitutionnelle. Ce mécanisme très contrôlé a permis l'accession au pouvoir des ex-présidents de l'UAW, Dennis Williams et Gary Jones, ainsi que des ex-vice-présidents Joseph Ashton et Norwood Jewell — tous ultérieurement condamnés pour des faits de corruption liés à des pots-de-vin versés par des directions d’entreprise et au détournement de cotisations syndicales.

Ce référendum a été largement perçu par les travailleurs de la base comme un mandat pour briser l'emprise de cette bureaucratie incrustée et instaurer un véritable contrôle démocratique.

Mais l’élection de 2022-2023, le premier scrutin direct des membres de l’UAW, a été entachée par ce que Lehman a démontré dans des procès comme étant des violations généralisées du droit de vote par l’appareil de l’UAW.

« Lors des dernières élections de l'UAW, il y a eu une suppression systématique du vote », écrit Lehman dans sa lettre. « De nombreux membres n'ont jamais reçu leur bulletin de vote, des informations ont été dissimulées et le processus a été dominé par un appareil qui ne nous représente pas. »

Dans les procès intentés durant l'élection, Lehman a montré comment une grande partie des membres du syndicat avaient été de facto privés de leur droit de vote. L'appareil syndical de l'UAW n'avait pas correctement informé les travailleurs de la tenue d'une élection. Les adresses postales n'avaient pas été mises à jour, entraînant le retour d'un nombre important de bulletins de vote pour cause de non-distribution. Certaines catégories de travailleurs, notamment les intérimaires, ont été faussement informées qu'elles n'étaient pas autorisées à voter.

Il en a résulté une élection marquée par une participation historiquement faible. Seuls 9 pour cent des membres éligibles ont voté au premier tour, soit l'un des taux de participation les plus bas jamais enregistrés lors d'une élection syndicale majeure aux États-Unis.

De ce processus est sorti Shawn Fain, un responsable de longue date de l'UAW International et ancien assistant de Norwood Jewell au sein du département UAW-Chrysler, identifié par les procureurs fédéraux comme le centre d'une « culture de corruption » au sein du syndicat.

Lehman soutient que l'administration de Fain a préservé les structures fondamentales de contrôle de l'appareil.

« Shawn Fain, cadre de longue date de l'UAW International, est arrivé au pouvoir en promettant le 'changement' et la 'démocratisation' de l'UAW », écrit Lehman. « Au lieu de cela, il a cautionné des accords secrets avec les employeurs, de fausses grèves 'de solidarité' qui poussait les travailleurs à rester à leurs postes, une corruption persistante et des trahisons à répétition. Autrement dit, il n'est que le porte-drapeau à la tête de la même vieille bureaucratie.»

Les procédures de nomination actuelles sont strictement encadrées. Les unions locales tiennent des réunions, souvent sans préavis ou presque, pour désigner les candidats aux postes de délégués. Puis, en quelques semaines, les candidatures sont closes. Des élections à la hâte sont alors organisées, toujours sans préavis ou presque. Ce système garantit quasiment l'élection de délégués parmi ceux qui sont déjà intégrés à l'appareil local.

Lehman cite l'exemple du Local 2209 de l'UAW à l'usine d'assemblage General Motors (GM) de Fort Wayne, dans l'Indiana où, dit-il, les candidatures ont été ouvertes du 12 au 17 février, une procédure dont peu de travailleurs étaient informés. Les quelque 4 000 ouvriers de l'usine représentent près de 10 pour cent des membres actifs de l'UAW chez GM.

« Si nous laissons cette élection entre les mains de la bureaucratie, elle utilisera les mêmes méthodes qu'auparavant pour bloquer toute opposition véritable et se maintenir au pouvoir », a averti Lehman. Il a appelé les travailleurs à exiger des réunions bien communiquées à l’avance, un préavis complet aux membres, des règles claires et la fin de ce qu'il qualifie de manœuvres en coulisses.

« C’est une tâche concrète et urgente », écrit-il. « Si nous élisons des délégués issus de la base, nous pourrons commencer à transformer l’élection en un mouvement de nous-mêmes, les travailleurs. »

Lehman a insisté sur le fait que sa campagne n'était pas une recherche d'avancement personnel. « Cette campagne n'a pas pour but de m’obtenir un poste douillet à Solidarity House; je n'y déménagerai pas. Je resterai dans les ateliers», écrit-il en parlant du siège de l'UAW à Detroit.

« L’objectif de cette campagne n’est pas de remplacer un responsable par un autre, mais d’abolir une bureaucratie pro-entreprise qui a imposé des concessions au patronat, isolé les travailleurs et protégé ses propres privilèges pendant que les conditions dans les usines et les lieux de travail empiraient. »

La lettre ouverte expose un programme visant à annuler des décennies d’abandons et à démanteler la collaboration entre employeurs et syndicats, à abolir les paliers salariaux, à obtenir de fortes augmentations de salaire, à mettre fin aux licenciements et aux fermetures d'usines et à instaurer un contrôle des travailleurs sur la sécurité, les effectifs et les cadences sur les chaînes. Lehman exige également une couverture santé complète pour les salariés actifs et des prestations garanties et intégralement financées pour les retraités, y compris la protection des pensions et leur indexation sur le coût de la vie.

La lettre relie la lutte au sein de l'UAW aux questions politiques plus vastes. «Ce sont les mêmes forces étatiques et du grand patronat qui s'attaquent au niveau de vie, intensifient la répression intérieure, et qui font la guerre à l'extérieur », écrit Lehman. Il appelle à mobiliser «le pouvoir social des travailleurs – à travers une organisation indépendante et l'unité dans l’action – pour défendre les droits démocratiques, s'opposer au militarisme et donner aux besoins humains la priorité sur les profits.»

Lehman conclut sa lettre par un appel direct aux travailleurs pour qu'ils s'engagent en soutenant une liste de délégués ou en se présentant sur celle-ci. «La base doit arracher le pouvoir aux mains de l'appareil en place et le remettre là où il doit être: entre les mains des travailleurs à la base», écrit-il.

(Article paru en anglais le 27 février 2026)

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