Perspective

Massacre dans l'océan Indien: le torpillage de l'IRIS Dena

Le World Socialist Web Site organise un webinaire mondial d'urgence ce dimanche 8 mars à 15 h (heure de l'Est des États-Unis) afin d'expliquer les origines de la guerre impérialiste menée par les États-Unis contre l'Iran, les forces sociales qui la motivent et la stratégie nécessaire pour y mettre fin. Nous invitons tous nos lecteurs à s'inscrire pour y participer.

L'IRIS Dena torpillée par un sous-marin américain.

Le torpillage par la marine américaine de la frégate iranienne IRIS Dena dans l'océan Indien le 4 mars 2026 est un crime de guerre. Malgré les fanfaronnades belliqueuses du «secrétaire à la Guerre», dont l'état mental laisse à désirer, cet acte restera gravé dans l'histoire navale comme un acte aussi lâche que barbare. Il rejoindra la destruction d’un avion de ligne iranien par le croiseur USS Vincennes en 1988, qui coûta la vie à 290 innocents. De fait, par sa méthode et son exécution, la destruction du navire iranien est la continuation, à une échelle bien plus vaste, des récents assassinats ciblés de pêcheurs sans défense au large des côtes d'Amérique latine.

Dans ce cas précis, un sous-marin de la force militaire la plus puissante du monde s'est approché furtivement d'un navire isolé ne représentant aucune menace, sans donner d'avertissement ni laisser la moindre possibilité de reddition, et a envoyé plus de 140 marins par le fond dans l'océan Indien. Pete Hegseth, un fasciste chrétien qui se prend pour un instrument de l'Apocalypse, s'est ensuite présenté à la tribune du Pentagone et s'en est vanté.

L’administration Trump n’a pas avancé la moindre justification. Elle n’a pas cherché à définir le fondement juridique de cet assassinat. Elle n’a pas invoqué la légitime défense. Elle n’a pas prétendu que l’IRIS Dena menait une action hostile. Elle n’a pas avancé d’arguments de proportionnalité, de nécessité militaire ou de menace imminente. Elle n’a rien proposé, car elle estime que rien n’est requis. Voilà où en est cet «ordre international fondé sur des règles» dont les États-Unis ont tant parlé depuis trente ans. Ce qui l’a remplacé, c’est l’affirmation pure et simple que les États-Unis peuvent tuer qui bon leur semble, où bon leur semble, quand bon leur semble, et que le meurtre même est une justification suffisante. La «mort sans bruit», comme l’a qualifiée Hegseth.

Il y a là une ironie historique amère. En 1915, l’envoi par le fond du HMS Lusitania, paquebot britannique, par un sous-marin allemand opérant au large des côtes irlandaises, contribua largement à retourner l'opinion publique américaine contre l'Allemagne. Deux ans plus tard, en avril 1917, le président Woodrow Wilson exploita la déclaration allemande d'une guerre sous-marine illimitée comme prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Plus d'un siècle après, un sous-marin américain surprend un navire iranien et le détruit d'une seule torpille, et Pete Hegseth en rit.

Pour comprendre la nature de ce qui s'est passé, il faut comprendre la disproportion grotesque des forces en jeu.

Un destroyer de classe Arleigh Burke de l'US Navy déplace environ 9 000 tonnes et mesure près de 155 mètres de long. Il embarque de 90 à 96 cellules de lancement vertical capables de tirer des missiles de croisière Tomahawk, des missiles sol-air de pointe et des armes anti-sous-marines. Intégré au système de combat Aegis, l'un des réseaux de gestion des opérations les plus sophistiqués jamais conçus, il est relié en temps réel aux satellites, aux aéronefs et aux autres navires de guerre sur l'ensemble d'un théâtre d'opérations. L'US Navy opère des dizaines de navires de ce type. Elle opère onze groupes aéronavals à propulsion nucléaire, dont chacun est une ville mobile de puissance aérienne capable de projeter une force de frappe létale sur tout un océan.

L'IRIS Dena déplaçait 1500 tonnes, soit un sixième du déplacement d'un destroyer américain. Longue de 94 mètres, elle était propulsée par quatre moteurs diesel iraniens de fabrication locale. Son armement comprenait des missiles anti-navires de fabrication iranienne, un canon de pont de 76 mm et des torpilles légères. Son équipage était composé de 180 hommes. Elle ne pouvait rivaliser avec la puissance navale américaine. L'IRIS Dena était une frégate côtière, construite sous sanctions, dotée de systèmes de conception locale, fruits de plusieurs années de travail acharné des ingénieurs iraniens, précisément parce que les puissances occidentales avaient coupé l'Iran des marchés mondiaux de l'armement. Le simple fait qu'elle ait pu naviguer, et notamment de faire le tour du monde comme elle l'a fait en 2022 et 2023, témoigne de l'ingéniosité de ses constructeurs et de son équipage.

Les marins iraniens assassinés sont anonymes dans la presse américaine. Ils n'ont pas de visage. Ils n'ont pas de familles que les journalistes occidentaux aient été dépêchés pour interviewer. Il s'agissait pour la plupart de jeunes hommes, qui avaient passé des mois loin de leurs familles dans le cadre d'une mission professionnelle dans la marine.

L'équipage iranien n'a reçu aucun avertissement. Il n'a eu ni le temps de se battre, ni de fuir, ni même de comprendre ce qui lui arrivait. Le navire a coulé si rapidement que lorsque la marine sri-lankaise — et non la marine américaine, ni aucun navire américain, mais la marine d'un petit État insulaire agissant dans le cadre de ses obligations maritimes internationales — est arrivée sur les lieux, l'IRIS Dena avait déjà complètement disparu sous les flots.

Le sous-marin américain responsable de leur mort n'a fait aucune tentative pour secourir les survivants, en violation flagrante de ses obligations légales au titre de la deuxième Convention de Genève (1949), article 18. Il a tiré sa torpille, confirmé sa destruction et est reparti. Les 32 marins rescapés doivent leur vie exclusivement aux opérations de sauvetage menées par le Sri Lanka. Les États-Unis, qui possèdent la marine la plus puissante et la plus avancée technologiquement du monde, n'ont déployé aucun moyen pour repêcher un seul des hommes en train de se noyer.

Nous ignorons ce qui a été ordonné aux marins américains à bord du sous-marin lorsqu'ils ont exécuté leurs ordres. Mais lorsqu'ils découvriront la vérité – qu'ils ont tiré sans raison et envoyé 140 hommes à la mort – beaucoup d'entre eux éprouveront un regret et une honte traumatisants qui les marqueront à jamais.

L'IRIS Dena ne se trouvait pas dans les eaux iraniennes. Elle n'était pas dans le golfe Persique, ni dans aucune zone d'exclusion déclarée. Elle n'effectuait aucune manœuvre agressive et ne ciblait aucun navire. Elle n'était engagée dans aucun combat naval. Elle naviguait seule, sans escorte, à des milliers de kilomètres du théâtre d'opérations le plus proche, rentrant au pays après avoir participé – à l'invitation expresse de l'Inde – à la Revue navale internationale 2026 et à l'exercice multinational MILAN 2026 au port de Visakhapatnam. Cet exercice avait réuni 74 nations, dont les États-Unis. Des officiers de marine américains et iraniens avaient, quelques jours avant le naufrage, assisté aux mêmes réunions professionnelles sur le sol indien.

Les États-Unis disposaient de tous les moyens d'avertir ce navire. Ils disposaient de tous les moyens d'exiger son détournement vers un port neutre. Ils disposaient de navires de surface, d'aéronefs et de systèmes de communication mondiaux. L'IRIS Dena était un navire de surface, visible, traçable et joignable par radio sur toute fréquence maritime internationale. On ne lui a donné aucun avertissement car on n’avait aucune intention de l’avertir. L'administration n'a pas jugé nécessaire d'avertir car elle ne juge pas nécessaire d'expliquer, car elle ne reconnaît aucune autorité légale ou morale autre que la «moralité» de Trump.

Les médias américains ont accepté ce crime sans commentaire. Imaginez pourtant qu'un sous-marin russe, opérant dans l'océan Indien, ait repéré un navire de la marine ukrainienne – une frégate de taille comparable à l'IRIS Dena – rentrant d'un exercice multinational auquel elle avait été invitée, naviguant seule en eaux internationales, sans représenter de menace immédiate pour personne. Imaginez que le sous-marin russe ait tiré une seule torpille, sans avertissement, sans chercher à obtenir de reddition, et ait envoyé le navire et la majeure partie de son équipage de 180 hommes par le fond. Imaginez que le ministre russe de la Défense se soit ensuite présenté devant les caméras à Moscou pour célébrer l'attaque comme une démonstration de la puissance et de la portée russes, la qualifiant de plus formidable destruction par torpille depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup d'imagination pour décrire la réaction occidentale. Elle serait immédiate, tonitruante et unanime. Les mots «crime de guerre» seraient sur toutes les lèvres, des politiciens bourgeois de tous bords, des républicains fascistes comme Lindsay Graham aux démocrates «de gauche» comme Bernie Sanders. En Europe, les condamnations des dirigeants de l'OTAN seraient pieusement appuyées par tous les partis politiques. La Cour pénale internationale serait saisie avant la fin de la journée. Des sessions d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU seraient convoquées. Des juristes interviendraient sur toutes les chaînes de télévision pour énumérer les violations: de la Charte des Nations unies, des lois de la guerre navale, du droit international coutumier des conflits armés. Des appels seraient lancés en faveur de poursuites pénales personnelles contre le président russe, en vertu du principe de la responsabilité du commandement. Les gouvernements occidentaux imposeraient de nouvelles sanctions draconiennes. Les noms, les visages et les familles des marins ukrainiens noyés seraient affichés sur tous les écrans.

Tous les arguments juridiques et moraux qui seraient invoqués contre la Russie dans un tel cas s'appliquent, avec la même force, à ce que les États-Unis ont fait le 4 mars 2026. Les faits sont matériellement identiques. Le cadre juridique est le même. Les conséquences humanitaires sont tout aussi réelles. La seule différence réside dans l'identité américaine du sous-marin.

Les actes du gouvernement américain rappellent ceux du Troisième Reich. En 1942, l'amiral Karl Dönitz promulgua l'ordre de Laconia, enjoignant aux commandants d'U-Boote d'abandonner toute opération de sauvetage des survivants et de mener une guerre sous-marine à outrance, sans avertissement. Cet ordre tristement célèbre déclarait:

Tous les efforts visant à sauver les rescapés de navires coulés, comme le repêchage de ceux qui nagent et leur embarquement dans les canots de sauvetage, le redressement des canots chavirés ou la distribution de vivres et d'eau, doivent cesser. Le sauvetage contredit les impératifs fondamentaux de la guerre: la destruction des navires ennemis et de leurs équipages.

Lors de son procès à Nuremberg, l'amiral nazi Dönitz défendit cet ordre en arguant que la guerre moderne avait rendu obsolètes les anciennes conventions de la chevalerie navale.

Il a été condamné à 10 ans de prison. Hegseth a annoncé sa «mort sans bruit» devant les caméras, sans avocats, sans honte, sans la moindre suggestion que le meurtre de 140 marins en eaux internationales — sans avertissement, sans menace, sans la moindre tentative pour les sauver par la suite — puisse être autre chose qu'une occasion d'autosatisfaction nationale.

La chaîne de commandement ayant ordonné ces meurtres s'étendait de la salle des torpilles du sous-marin jusqu'à la Maison-Blanche. Le principe de la responsabilité du commandement, établi à Nuremberg et inscrit dans le droit international, stipule que les dirigeants politiques et militaires sont pénalement responsables des crimes de guerre commis par les forces placées sous leur commandement – non seulement lorsqu'ils les ordonnent directement, mais aussi lorsqu'ils en avaient connaissance ou auraient dû en avoir connaissance et n'ont pas pris les mesures nécessaires pour les empêcher ou les punir. En l’occurrence, la connaissance de ces crimes est incontestable. Le crime a été annoncé, célébré et diffusé dans le monde entier par le secrétaire à la Guerre lui-même, en présence du chef d'état-major des armées.

Les conséquences du torpillage de l'IRIS Dena dépassent largement le cadre de la haute mer. Le gouvernement qui a autorisé les meurtres dans l'océan Indien a justifié le meurtre d'Américains dans les rues de Minneapolis. Le 7 janvier 2026, un agent de l'ICE a abattu Renée Nicole Good, une mère de 37 ans, alors qu'elle était assise dans sa voiture. Le 24 janvier, Alex Pretti, un infirmier en soins intensifs, a été criblé de balles par des agents de la patrouille frontalière alors qu'il était déjà plaqué au sol, sans avoir jamais dégainé son arme.

La doctrine est identique dans les deux cas. Ceux qui ont été tués par la puissance américaine – qu’il s’agisse de marins iraniens dans l’océan Indien ou de citoyens américains sur les trottoirs de Minneapolis – ont été victimes d’assassinats commandités par l’État. Les victimes sont toujours, a posteriori, coupables de quelque chose. Renée Good avait sa voiture. Alex Pretti avait son arme à feu, qu’il détenait légalement. Ce qui se pratique dans les rues américaines se pratique aussi dans l’océan Indien. Il s’agit d’une seule et même doctrine, d’un seul gouvernement agissant dans l’intérêt de la même classe dirigeante.

La classe ouvrière internationale, les étudiants et tous les adversaires de l'impérialisme doivent se mobiliser activement contre cette guerre. Ils doivent exiger la cessation immédiate des opérations militaires contre l'Iran et la mise en place d'un tribunal ouvrier international indépendant chargé d'enquêter sur les crimes de guerre commis dans le cadre de l'opération Epic Fury.

La torpille qui a coulé l'IRIS Dena n'a pas seulement tué 140 marins. Elle a aussi annoncé au monde entier, sans la moindre excuse, que le gouvernement des États-Unis n'est lié par aucune loi, aucune convention, aucun principe civilisationnel. Les seuls impératifs qu'il reconnaît sont ceux dictés par le système capitaliste et l'accumulation de profits.

Chaque jour, chaque nouveau crime renforce l'urgence de l'avertissement de Léon Trotsky: «Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d'être emportée dans une catastrophe.»

(Article paru en anglais le 6 mars 2026)

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