Une opération militaire des États-Unis et de l’Équateur indique une accélération du virage militariste fasciste à travers l’Amérique latine

Des troupes américaines et équatoriennes lancent une opération militaire en Équateur, le 3 mars. [Photo: @Southcom]

Le Commandement Sud des États-Unis a annoncé mardi le lancement d'opérations terrestres conjointes avec les forces armées équatoriennes contre les cartels de la drogue qualifiés d'« organisations terroristes ». Le Pentagone a diffusé une vidéo déclassifiée montrant des raids héliportés et des forces spéciales américaines opérant aux côtés de commandos du pays.

Ces opérations marquent une escalade de l'agression de l'administration Trump en Amérique latine et dans le monde, quelques jours seulement après le début de sa guerre contre l'Iran.

Cette première intervention terrestre américaine dirigée supposément contre les cartels en Amérique du Sud étend l'opération Southern Spear, la campagne menée par la Marine américaine qui a déjà coûté la vie à 151 pêcheurs lors de 45 frappes contre des bateaux accusés de transporter de la drogue dans le Pacifique Est et les Caraïbes depuis septembre dernier.

Le général Francis L. Donovan, chef du Commandement Sud des États-Unis, de retour du Venezuela où le régime fantoche de Delcy Rodríguez s'était engagé dans un « programme de sécurité commun » contre le trafic, a salué l'« engagement indéfectible » des forces armées équatoriennes contre les narcoterroristes.

Bien qu'aucun détail n'ait été fourni sur la portée et le calendrier de l'opération, le président équatorien fascisant Daniel Noboa a annoncé une opération d'une durée indéterminée visant les cartels Los Lobos et Los Choneros, groupes qualifiés de terroristes par Washington. Quito a confirmé une « collaboration offensive », avec des raids sur les zones côtières, tandis que le gouvernement de Noboa promet une action soutenue pour « reprendre le contrôle » des zones où les cartels ont une forte présence.

Autrement dit, Trump et Noboa se sont entendus sur un déploiement indéfini de troupes américaines pour mener une guerre contre des « terroristes » définis au sens large, après que 67 % des Équatoriens ont voté contre la construction de bases américaines dans le pays lors d'un référendum en novembre dernier.

Ces opérations terrestres en Équateur interviennent peu après l'attentat contre Caracas qui a enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro, et dans un contexte de blocus des carburants cubains, de bombardements américains au Nigeria et de l’attaque qui a coulé un navire de guerre iranien près du Sri Lanka, conséquence de l'escalade du conflit israélo-américain au Moyen-Orient. Il ne s'agit pas d'une campagne « antidrogue » isolée, mais d'un élément des premières étapes d'une troisième guerre mondiale.

Présentées comme une lutte contre le « narcoterrorisme », ces opérations coïncident avec le sommet de Miami qui réunira la semaine prochaine les dirigeants latino-américains, où Trump exigera une subordination absolue. Terrifiées par une classe ouvrière mondialement interconnectée, plus puissante et plus nombreuse que jamais, les élites dirigeantes locales s'appuient de plus en plus ouvertement sur l'impérialisme américain pour défendre leur domination, tout en anéantissant les acquis du XXe siècle obtenus par la classe ouvrière et les masses opprimées et en s'orientant vers la dictature fasciste.

Daniel Noboa, Équatorien issu d'une famille de milliardaires exportateurs de bananes impliquée dans des expéditions de cocaïne vers l'Europe, a imploré l'aide du Pentagone. Il a souligné le nombre record d'homicides prévus en 2026 – six villes équatoriennes figurent parmi les dix villes les plus meurtrières au monde – et affirmé que 70 % de la cocaïne mondiale transite par les ports de son pays.

Depuis la déclaration de l’« état de guerre » en janvier 2024 – soutenue par tous les partis bourgeois, la CONAIE autochtone et les directions syndicales staliniennes sous la bannière de l’« unité nationale » –, Noboa a suspendu à plusieurs reprises les droits constitutionnels dans la majeure partie du pays et gouverné par décret. Coïncidant avec l’annonce américaine, Quito a décrété un couvre-feu du 15 au 30 mars dans quatre provinces, de 23 h à 5 h.

Le gouvernement a misé sur l’austérité sociale, réduisant drastiquement les salaires et les dépenses publiques pour financer cet État policier. Les raids américano-équatoriens coïncident avec l’introduction par Quito de deux « projets de loi d’urgence économique » visant à contraindre les collectivités locales à consacrer 70 % de leurs budgets aux infrastructures et à contourner les décisions de justice bloquant la privatisation des secteurs minier et énergétique, afin de les céder aux multinationales.

Le plan de sécurité de Noboa, daté de janvier 2026, engloutit 180 millions de dollars pour l'acquisition de sept hélicoptères bimoteurs, d'un navire logistique polyvalent, d'un radar 3D, de scanners et de drones : des outils à double usage pour la répression intérieure et la guerre. Le ministre de l'Intérieur, John Reimberg, se vante de la création d'une unité anti-extorsion autonome, l'Unase, et d'une nouvelle prison « Encuentro » d'une capacité de 15 000 places.

Les perquisitions policières menées samedi dernier dans les bureaux de Revolución Ciudadana (RC-Révolution citoyenne), le parti de l'ancien président Rafael Correa, pour « corruption », témoignent de la criminalisation de l'opposition, même la plus symbolique. L'attaque de l'ambassade du Mexique par Noboa en avril 2024, visant à capturer l'ancien vice-président Jorge Glas, a déjà bafoué les normes de la Convention de Vienne.

Noboa a également reconstruit des installations navales à Manta (un quai de 150 mètres et des casernes) pour le personnel américain. Il s'est également associé à Erik Prince, le fondateur milliardaire de Blackwater, pour l'entraînement au combat urbain, a accueilli la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, pour un partage de renseignements, et n'a annulé l'approbation initiale d'une base américaine dans l'archipel des Galápagos, riche en biodiversité, qu'après une importante opposition populaire.

Précédents historiques : coups d'État, dictatures et soumission à l'impérialisme

Les opérations américano-équatoriennes rappellent les coups d'État et les dictatures orchestrés par le Pentagone et la CIA au XXe siècle qui ont opprimé les travailleurs latino-américains. On peut citer la dictature militaire équatorienne, qui a pris fin en 1979 après les grèves générales de 1971-1975 et qui avait démontré la force du prolétariat urbain. Plus récemment, le Pentagone a mis en oeuvre ses plans Colombie et Mérida au Mexique pour former et armer les forces armées locales, lesquelles ont perpétré des massacres sans réduire le moindrement le trafic de drogue.

Washington cherche à instrumentaliser des forces d'extrême droite comme Noboa et le président Javier Milei en Argentine contre la Chine, désormais premier partenaire commercial et investisseur d'Amérique du Sud qui a déplacé les États-Unis de leur «arrière-cour ».

Cependant, tout recul commercial avec la Chine constituerait un défi considérable pour tous les pays de la région. Un accord de libre-échange entre l'Équateur et la Chine est entré en vigueur en 2024, et les exportations de pétrole vers la Chine ont connu une croissance exponentielle ces dernières années. En 2025, la production pétrolière a chuté de 7,16 % pour atteindre 441 000 barils par jour, sur fond de difficultés internes, selon les données de la Banque centrale.

Le déploiement américain en Équateur laisse présager des opérations similaires visant à faire pression sur les élites régionales contre la Chine, à installer directement des marionnettes au pouvoir, à sécuriser les infrastructures clés et à participer à la répression de la classe ouvrière. Au Mexique, des responsables gouvernementaux ont reconnu avoir ordonné l’assassinat du chef de cartel Nemesio Oseguera, alias « Mencho », après avoir conclu que l’administration Trump était sur le point de mener une opération militaire unilatérale dans le pays. Le Panama a expulsé une entreprise portuaire chinoise du canal de Suez après que Trump a menacé d’envahir le pays.

L’opposition officielle « de gauche » en Équateur s’est révélée totalement incapable. Le successeur désigné de Rafael Correa, Lenin Moreno, a livré le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, aux autorités britanniques et a adopté un plan d’austérité du FMI. Le Mouvement de la révolution citoyenne (RC) corréiste a toujours été un partenaire de Noboa dans la militarisation de l'État, tous les partis traditionnels ayant participé aux dernières élections et promis un renforcement considérable de l'appareil répressif.

En réponse aux raids conjoints de mardi, la présidente du RC, Gabriela Rivadeneira, a vainement supplié l'armée équatorienne de ne pas participer à des « incursions » à l'étranger et a salué les gouvernements du Brésil, du Mexique et de la Colombie comme des remparts de la « souveraineté » régionale.

Cependant, les efforts déployés par ces gouvernements de la « marée rose » pour ménager Trump témoignent du rôle que joueraient les corréistes s'ils revenaient au pouvoir. Le président colombien Gustavo Petro a atténué ses critiques à l'égard de la politique américaine après sa rencontre avec Trump. Le 1er mars, l'administration Petro a annoncé des opérations conjointes avec l'Équateur et les États-Unis, déployant 20 000 soldats à Nariño/Putumayo. Dans un contexte de guerre commerciale majeure avec la Colombie, l'Équateur a nié toute coordination.

Le régime « démocratique » équatorien post-1979 a coopté les élites autochtones par le biais de quotas électoraux, donnant naissance à la CONAIE et à son aile électorale, le Pachakutik. Chaque soulèvement de masse de la classe ouvrière et paysanne contre les inégalités, la destruction écologique et les accaparements de terres a été habilement canalisé par ces forces et la bureaucratie syndicale dirigée par les staliniens, afin de soutenir divers camps de l'establishment bourgeois et d'entretenir les illusions des assemblées constituantes capitalistes de 1997-1998 et 2007-2008.

La crise prérévolutionnaire de 1998-2000 – marquée par le chaos des faillites bancaires, la dollarisation, un taux de pauvreté de 70 % et l'effondrement de la dette – a vu la CONAIE et les staliniens propulser l'ancien colonel Lucio Gutiérrez (2003-2005) au pouvoir. Ce dernier a ensuite imposé des plans d'austérité du FMI, entraînant sa destitution. Ces mêmes forces « de gauche » ont ensuite porté au pouvoir l'économiste Rafael Correa, formé aux États-Unis, profitant du boom des matières premières (2000-2014) alimenté par la croissance de la Chine pour limiter les augmentations des dépenses sociales. Correa a cependant réprimé la résistance autochtone face aux dégâts écologiques et amorcé une politique d'austérité, suivie par Moreno. Plus récemment, certains membres de la CONAIE ont même apporté leur soutien à Noboa.

Aujourd'hui, face au ralentissement économique, l'élite dirigeante exige une plus grande soumission à l'impérialisme et s'attaque aux droits des travailleurs pour attirer les investissements.

La présence des troupes américaines en Amérique latine ravive la terreur de l’époque de l'École des Amériques, mais la classe ouvrière actuelle – vaste et unie par la production transnationale – contrôle les leviers stratégiques de l'économie. En Équateur, les troupes ont tué des ouvriers, des jeunes et des paysans qualifiés de «terroristes » pour avoir protesté contre les inégalités.

La classe ouvrière doit rejeter tout appel à l’« unité nationale » derrière l’État capitaliste et former des comités de base, en lien avec leurs homologues des Amériques et du monde entier, via l’Alliance ouvrière internationale des comités de base.

La seule solution à la dictature fasciste et au massacre impérialiste est le socialisme mondial. Tous les travailleurs équatoriens qui partagent cette perspective doivent s’engager à construire une section du Comité international de la Quatrième Internationale, le Parti mondial de la révolution socialiste.

(Article paru en anglais le 5 mars 2026)

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