Il y a six ans cette semaine, le 11 mars 2020, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) déclarait officiellement que l’épidémie de COVID-19 était une pandémie. En six ans, celle-ci a fait plus de 30 millions de morts dans le monde, plus de 400 millions de personnes souffrent de symptômes persistants et le tissu social de tous les pays de la planète a subi des dommages incalculables. C'est l'un des événements les plus catastrophiques de l'histoire moderne, et la crise n'est pas terminée.
Pourtant, aucune publication bourgeoise majeure n'a daigné mentionner cet anniversaire. La pandémie a été délibérément gommée de la conscience collective par le pouvoir politique, alors même que le virus continue de se propager, de rendre des personnes malades et de tuer à grande échelle. En mai 2023, sous la pression de l'administration Biden aux États-Unis, l'OMS a levé prématurément l'état d'urgence de santé publique de portée internationale, offrant ainsi un prétexte politique aux gouvernements capitalistes du monde entier pour abandonner les dernières mesures sanitaires. Aujourd'hui, la pandémie de COVID-19 demeure une menace grave et mortelle dont le bilan s'alourdit chaque semaine.
Le bilan s’alourdit : surmortalité et nouvelles études sur le COVID long
D'après le dernier rapport du Pandemic Mitigation Collaborative (PMC), daté du 9 mars 2026, les États-Unis connaissent actuellement une vague soutenue de transmission du virus. Le PMC estime à environ 565 000 le nombre de nouvelles infections quotidiennes dans tout le pays. Ce niveau élevé de transmission signifie qu'environ une personne sur 87 aux États-Unis, soit 1,2 pour cent de la population, est contagieuse chaque jour.
Ce qui est particulièrement alarmant, ce ne sont pas les pics, mais le niveau plancher – la période entre les vagues. Les données issues des eaux usées révèlent que la transmission de base entre les vagues est restée constamment élevée depuis la vague d'Omicron début 2022, sans jamais revenir aux niveaux d'avant 2022. Ce plancher croissant d'infection endémique est sans doute plus significatif que les pics spectaculaires des vagues : il représente la génération continue et implacable de nouvelles infections, de cas de COVID long et de décès en excès, même pendant les périodes les plus calmes de circulation virale, ce qui définit objectivement le terme «COVID pour toujours».
L'ampleur de cette propagation incontrôlée garantit une production massive et continue de séquelles post-virales. Le PMC estime que 54 millions de cas d'infection ont été recensés aux États-Unis au cours des trois premiers mois de 2026 seulement. Cette transmission engendre un impact considérable de COVID long, avec des estimations faisant état de 205 000 à 820 000 nouveaux cas chaque semaine. Le modèle du PMC indique que ces nouvelles infections hebdomadaires entraînent entre 1 200 et 1 900 de morts exédentaires.
En effet, à partir de données actuarielles, ils ont estimé qu'en 2025, on observait entre 109 000 et 175 000 de surmortalités, soit jusqu'à 73 pour cent de plus que le nombre de décès directement imputables à la COVID-19. Comme le montrent leurs chiffres, ce nombre de surmortalités est comparable à celui des personnes décédées d'un cancer du poumon (125 000 décès) aux États-Unis, dépassant ainsi le nombre total de décès dus aux cancers du côlon, du pancréas, du sein et de la prostate réunis.
Leurs données corroborent de près une étude transversale récente publiée dans JAMA Internal Medicine par des scientifiques des CDC, qui estimait à 1,1 million le nombre d'hospitalisations et à 101 300 le nombre de décès liés au COVID-19 aux États-Unis entre 2022 et 2023. Pour la période suivante, de 2023 à 2024, ils ont recensé près de 880 000 hospitalisations et 100 800 décès. L'étude du JAMA a mis en évidence que les personnes âgées sont les plus touchées par cette crise: celles âgées de 65 ans et plus représentent 81,2 pour cent de tous les décès liés au COVID-19 au cours de la dernière période de surveillance, alors qu'elles constituent moins de 20 pour cent de la population américaine.
Comme le souligne le rapport, ces estimations préliminaires des décès liés au COVID-19 sont supérieures aux 89 098 et 59 616 décès liés au COVID-19 recensés par le fichier de données sur la mortalité par causes multiples de la Division des statistiques de l’état civil pour les années 2022-2023 et 2023-2024, respectivement.
Les auteurs mentionnent cette divergence flagrante, mais se contentent d'évoquer superficiellement la possibilité qu'elle soit due à la diminution de la mention de COVID-19 sur les certificats de décès ou à l'utilisation d'estimations préliminaires du Centre national des statistiques de santé, qui sous-estiment les chiffres réels. Ils soulignent notamment la baisse spectaculaire de la couverture vaccinale durant cette période, conséquence d'une campagne menée conjointement par les deux partis, qui a promu les bienfaits erronés de l'infection par le COVID-19 et de la prétendue immunité «naturelle» ou «hybride». Leur analyse, cependant, ne propose aucune explication cohérente à cette divergence.
En réponse à une question de ce journaliste concernant l'étude du CDC susmentionnée sur le nombre de décès dus au COVID-19 en 2025, le Dr Mike Hoerger a écrit: «Deux années sans changement laissent présager une situation similaire jusqu'à ce qu'une publication rigoureuse affirme le contraire. Leur site web présente des estimations préliminaires, mais elles manquent de détails pour être utiles, et je pense qu'elles ont tendance à minimiser les chiffres, d'autant plus que le nombre de tests continue de diminuer, même dans les établissements de santé. »
Le démantèlement bipartisan de la santé publique
Ce nombre massif de victimes du COVID-19 n'était pas inévitable mais la conséquence directe de décisions à motivation politique visant à démanteler toute protection de santé publique alors que le virus continuait de se propager. L'administration Biden a systématiquement démantelé la réponse américaine à la pandémie en laissant expirer les déclarations d'état d'urgence nationale, ce qui a entraîné la suppression de la couverture Medicaid pour des millions de personnes vulnérables et la privatisation de la distribution des vaccins et traitements vitaux. En adoptant délibérément une politique de «COVID perpétuel» afin de privilégier les profits des grandes entreprises et la normalité dans l'économie au détriment des besoins humains, le pouvoir politique a de fait garanti le nombre élevé et continu de décès documentés dans des études récentes.
En instaurant ce scénario meurtrier de «COVID perpétuel» — et en instrumentalisant la déclaration prématurée de l'OMS mettant fin à l'urgence sanitaire mondiale à des fins politiques —, l'administration Biden n'a pas seulement échoué à empêcher la suite des événements; elle l'a rendue structurellement inévitable. Les attaques contre la santé publique menées sous son administration ont ouvert la voie à la nomination de Robert F. Kennedy Jr., un charlatan antivaccin, au poste de secrétaire à la Santé, où il a supervisé le démantèlement progressif du ministère de la Santé et des Services sociaux et de toutes ses agences.
Contrairement à l'hystérie antivaccin attisée par l'extrême droite, de plus en plus de preuves démontrent que les vaccins protègent efficacement contre les décès et les complications cardiovasculaires liés au COVID-19. Une étude de cohorte menée mi-2024 et publiée dans Nature Communications, qui a analysé les dossiers médicaux de près de 46 millions d'adultes en Angleterre, apporte des preuves irréfutables de la sécurité cardiovasculaire des vaccins contre le COVID-19. Les chercheurs ont constaté que l'incidence des urgences cardiovasculaires courantes, telles que les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux ischémiques, était significativement plus faible après vaccination qu'avant ou sans vaccination.
Plus précisément, les thromboses artérielles ont diminué jusqu'à 10 pour cent 13 à 24 semaines après la première dose et ont encore davantage baissé: jusqu'à 27 pour cent après la deuxième dose du vaccin AstraZeneca et 20 pour cent après celle du vaccin Pfizer. Des baisses similaires ont été observées pour les événements thrombo-emboliques veineux courants, tels que les embolies pulmonaires et les thromboses veineuses profondes. Les chercheurs ont conclu que les bénéfices substantiels des premières, deuxièmes et troisièmes doses, ainsi que des doses de rappel, en matière de prévention des événements cardiovasculaires courants et graves, surpassent largement les risques de complications très rares associées aux vaccins, comme la myocardite, qui est plus fréquente chez les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2.
Ces données exhaustives réfutent la désinformation antivaccin et démontre que les vaccins contre le COVID-19 réduisent activement les risques cardiovasculaires plus larges associés au virus, offrant ainsi une preuve solide de la nécessité d'élargir les programmes de vaccination dans des conditions où la science vaccinale est la cible d'attaques incessantes.
Le bilan cumulatif des réinfections massives et des dommages causés au système immunitaire
Les dégâts causés par une réinfection massive sont tout aussi graves et particulièrement alarmants au sein des populations longtemps considérées comme immunisées contre les formes graves de la COVID-19. Une étude préliminaire récente, disponible dans l'American Journal of the Medical Sciences, met en lumière l'impact sévère et invalidant du COVID-19 sur le personnel militaire en service actif, qui compte parmi les catégories les plus jeunes et les plus robustes de la population. En analysant les dossiers médicaux électroniques de plus de 650 000 militaires diagnostiqués positifs au COVID-19, les chercheurs ont constaté que 42,8 pour cent d'entre eux, soit 278 278 personnes, ont développé un COVID long. L'ampleur même de cette maladie chronique au sein d'une population soumise à des critères stricts d'âge et de condition physique remet totalement en question le discours officiel selon lequel le virus ne représente qu'une faible menace pour les jeunes et les personnes en bonne santé.
Les chercheurs ont suivi un large éventail de symptômes persistants perturbant la vie et la condition physique des militaires. Les problèmes pulmonaires étaient les plus fréquents, touchant 22,4 pour cent des personnes atteintes du COVID long, suivis de près par les troubles neurologiques (14,6 pour cent) et la fatigue chronique (13,5 pour cent). Il est notable que, bien que les symptômes cognitifs tels que le brouillard cérébral et les troubles de la mémoire aient été signalés par une plus petite partie de l'échantillon (3,7 pour cent), ils se sont avérés les plus persistants et les plus durables, soulevant de sérieuses inquiétudes quant au risque de dommages cognitifs permanents. L'étude a également révélé que des affections préexistantes, telles que l'obésité, l'anxiété, la dépression et le tabagisme, augmentaient considérablement le risque de développer ces complications post-virales dévastatrices.
Par ailleurs, une étude menée par des chercheurs de l'Université du Shandong et de l'Université de Toronto, publiée dans le numéro de février 2026 de l' International Journal of Infectious Diseases, a révélé qu'une infection massive au SARS-CoV-2 provoque une immuno-déficience persistante et chronique. Des sous-populations lymphocytaires clés, comme les lymphocytes T CD8+, restent significativement inférieures à leur niveau de base jusqu'à 20 mois après l'infection, une situation particulièrement grave chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires. En analysant les données de plus de 40 000 patients, les chercheurs ont constaté que longtemps après la fin de la phase aiguë de l'infection, des populations immunitaires essentielles (notamment les lymphocytes T CD4+, les lymphocytes T CD8+ et les cellules NK) ne se rétablissent pas. Ce dysfonctionnement immunitaire chronique entraîne un épuisement prolongé des lymphocytes T, rendant les individus très vulnérables aux agents pathogènes opportunistes, à la réactivation de virus latents comme le virus d'Epstein-Barr et à l'apparition d'un COVID long. Cette étude confirme une fois de plus les avertissements lancés dès 2020 par les scientifiques les plus clairvoyants, notamment l'immunologiste Anthony Leonardi, lors de longs entretiens avec le WSWS.
Chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires préexistantes, cet effondrement immunitaire était encore plus profond et extrêmement dangereux. Les auteurs ont averti que cette perte importante du contrôle immunitaire à médiation cellulaire T alimente une inflammation vasculaire chronique, susceptible de déstabiliser les plaques d'athérosclérose et d'accroître considérablement le risque d'événements thrombo-emboliques aigus tels que les infarctus et les AVC. Ces résultats apportent un éclairage concret sur le mécanisme immunologique de la morbidité cardiaque à long terme induite par le virus, révélant une fois de plus la nature criminelle de la politique du «COVID perpétuel» menée par l’establishment politique, qui soumet la population à des réinfections incessantes et dévastatrices.
Les conséquences catastrophiques de la nomination de Kennedy à la tête du département de la Santé et des Services sociaux ont été récemment mises en lumière dans un éditorial cinglant de la revue The Lancet. Intitulé «Robert F. Kennedy Jr: une année d'échec», cet éditorial avertit que les dégâts causés par Kennedy en une seule année pouvaient nécessiter des générations pour être réparés, et qu'il y a peu d'espoir pour la santé et la science aux États-Unis tant qu'il restera aux commandes.
L’éditorial dénonce une attaque incessante contre la médecine fondée sur les preuves, notamment le limogeage brutal d'experts des diverses agences, la révision des lignes directrices pour contredire les connaissances scientifiques établies, la réduction des investissements dans la recherche scientifique de pointe et la promotion de pseudo-sciences et de croyances farfelues. De plus, la revue constate la disparition de bases de données fédérales essentielles au suivi de la maladie, laissant la population dans l'ignorance et sans préparation face à la pandémie actuelle et aux menaces émergentes. Cette destruction n'est pas venue de nulle part: elle a été rendue possible par le démantèlement bipartite antérieur de l'infrastructure de réponse à la pandémie, la rendant exsangue et vulnérable à ce type d'attaque.
Comme le montrent les rapports hebdomadaires publiés par le PMC, la pandémie de COVID-19 continue de faire des ravages physiologiques et sociaux, représentant une condamnation massive de l'ensemble de l'establishment politique capitaliste.
En définitive, les problèmes sociaux soulevés par cet effondrement continu de la santé publique ont pris une dimension résolument politique et de classe. La capacité de Kennedy à agir comme une force déstabilisatrice – en propageant la charlatanerie anti-science et en exposant systématiquement la population à des maladies évitables – n'est possible que parce que la classe dirigeante a subordonné la vie humaine au profit de la grande entreprise. L'acceptation, par les deux partis, de la contamination de masse démontre que le système capitaliste est fondamentalement incompatible avec les exigences fondamentales de la santé et du bien-être humains.
La banalisation de la mort en masse due au COVID-19 va de pair avec la barbarie sociale généralisée orchestrée par les mêmes élites dirigeantes. Les gouvernements capitalistes qui ont condamné des millions de personnes à une mort certaine à travers le «COVID perpétuel» sont aussi ceux qui ont permis et armé le génocide à Gaza et qui mènent aujourd'hui la guerre criminelle israélo-américaine contre l'Iran. L'offensive fascisante de l'administration Trump contre la santé publique – accélérée par la destruction, sous la direction de Kennedy, des infrastructures de santé publique restantes – fait partie d'un programme plus vaste de réaction sociale. Celui-ci comprend la destruction de toutes les mesures d'atténuation du changement climatique, ce qui, à son tour, favorise les conditions propices à de futures pandémies par la destruction des habitats, la transmission de maladies zoonotiques et l'affaiblissement des systèmes de santé mondiaux. Le monde est aujourd'hui moins préparé à la prochaine pandémie qu'il ne l'était en 2020.
Le World Socialist Web Site est le seul média à proposer une couverture continue et scientifiquement rigoureuse de la pandémie de COVID-19, du point de vue des intérêts de la classe ouvrière internationale. Depuis janvier 2020, le WSWS a publié plus de 5 000 articles sur la pandémie; il est la seule publication, hors revues scientifiques, à avoir traité les aspects scientifiques et politiques du COVID avec cette profondeur et cette régularité.
Il y a un an, le WSWS commémorait le cinquième anniversaire de la pandémie par une série d'articles analysant les origines de cette catastrophe sociale et le rôle unique joué par le WSWS dans sa lutte contre celle-ci. L'Enquête mondiale des travailleurs sur la pandémie de COVID-19, lancée en novembre 2021, continue de recueillir les témoignages de travailleurs, de scientifiques et d'experts en santé publique du monde entier.
Comme nous l'avons souligné dès le début, la défense de la science, la restauration des infrastructures de santé publique et la fin de la pandémie nécessitent la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale afin de lutter pour la réorganisation socialiste de la société.
(Article paru en anglais le 11 mars 2026)
