Les armées des États-Unis et de l’Équateur brûlent des maisons et torturent des travailleurs dans l’opération « Extermination totale »

Une habitation rustique détruite par les forces américaines et équatoriennes le 6 mars [Photo: Ministerio de Defensa de Ecuador]

L'opération militaire conjointe américano-équatorienne, lancée le 3 mars officiellement contre les cartels de la drogue, a transformé l'Équateur en un terrain d'expérimentation pour le déploiement de la violence militaire dans tous les pays de l'hémisphère, au service de l'hégémonie américaine.

Ni le Pentagone ni le ministère équatorien de la Défense, qui a baptisé l'offensive «Opération Extermination totale », n'ont communiqué de bilan des victimes.

Des comptes-rendus ultérieurs ont toutefois clairement indiqué que le Pentagone et les forces équatoriennes appliquent une politique de la terre brûlée visant non pas les cartels, mais les civils, semblable à celle employée par les dictatures militaires d'Amérique centrale et du Sud au cours du siècle dernier.

Vendredi dernier, les forces armées équatoriennes se sont vantées sur les réseaux sociaux que « l'Équateur et les États-Unis ont détruit » le terrain d'entraînement et une résidence secondaire des Border Commands, un groupe de trafiquants de drogue formé par d'anciens guérilleros colombiens des FARC-EP le long de la frontière colombo-équatorienne.

L'annonce était accompagnée de vidéos aériennes montrant des hélicoptères militaires bombardant des propriétés rurales et des maisons rustiques dans la ville de Santa Rosa, au nord-est de la province de Sucumbíos. « Lors de la perquisition qui a suivi, des armes et d'autres preuves liées à des activités illégales ont été découvertes », affirme la publication.

Le Commandement Sud des États-Unis, la division des forces armées américaines qui supervise les forces en Amérique latine, a publié une déclaration commune indiquant que les États-Unis et l'Équateur avaient lancé des « opérations cinétiques létales contre des organisations terroristes désignées ».

Sean Parnell, porte-parole du Pentagone, a ajouté : « À la demande de l'Équateur, le département de la Guerre a mené une action ciblée pour faire progresser notre objectif commun de démantèlement des réseaux narcoterroristes. »

Le lendemain, samedi, le président Daniel Noboa serrait la main de Donald Trump au sommet « Bouclier des Amériques » à Miami, où le président américain fasciste annonçait une « toute nouvelle coalition militaire » contre les cartels de la drogue. «Le seul moyen de vaincre ces ennemis est de déployer la puissance de nos armées », déclarait-il.

Pour capturer les trafiquants de drogue, Trump aurait pu tout simplement exiger l'arrestation de Noboa lui-même, dont la société familiale, Noboa Trading Co., a été prise en flagrant délit d'expédition de cocaïne vers les Balkans, dissimulée dans des caisses de bananes vendues sous la marque Bonita.

Au lieu de cela, le vrai visage de cette coalition s'est révélé en temps réel à Sucumbíos, où des journalistes locaux rapportaient samedi que les armées américaine et équatorienne avaient bombardé les maisons de paysans et de petits agriculteurs et torturé des ouvriers agricoles qui niaient toute activité illégale.

Novedades Sucumbíos a interviewé des habitants de San Martín, ville située dans la même région frontalière du Sucumbíos ciblée par les troupes américaines et équatoriennes. Les reportages vidéo montrent d'immenses cratères et des bâtiments calcinés. Un habitant, Wilmar Garzón, explique : « L'armée équatorienne est venue pour brûler les maisons, et ils les ont bombardées après les avoir incendiées.»

Un autre, Vicente Garrido, raconte : « Nous travaillions avec des collègues lorsque les avions sont arrivés. » Plusieurs maisons ont été réduites en cendres, ajoute-t-il, et « les militaires ont ligoté les jeunes qui travaillaient là. »

Montrant d'importantes cicatrices sur ses bras, un des ouvriers détenus témoigne : « Le jour de leur arrivée, les soldats nous ont torturés, mes collègues et moi, pendant que nous travaillions. Ils nous ont bâillonnés, maltraités, frappés et menacés de mort. Aujourd'hui, j'ai peur de retourner sur mon ancien lieu de travail. »

Une vidéo montre des habitants, les mains levées, tentant d'approcher les soldats pour exiger la libération des ouvriers. Les soldats tirent des coups de feu en guise d'avertissement. Les ouvriers détenus sont ensuite évacués par hélicoptère et libérés le lendemain. Un responsable communautaire de la ville attaquée a déclaré : « Nous avons tous peur. »

Sous prétexte de lutter contre les « narcoterroristes », l'impérialisme américain et ses complices sèment délibérément la terreur.

Radio Sucumbíos a diffusé une vidéo montrant la destruction totale d'une maison modeste à San Martín, décrivant la ville comme « ravagée par la guerre ».

Aucun média international n'a évoqué les événements de San Martín dans ses reportages sur l'opération conjointe, et le bilan des victimes reste incertain.

L'agression américaine en Équateur est présentée comme le prolongement des bombardements menés par le Pentagone contre des dizaines de bateaux et du massacre de 157 pêcheurs accusés de trafic de drogue au large des côtes caraïbes et pacifiques de l'Amérique du Sud, une série de meurtres baptisée « Operation Southern Spear ».

Le Commandement Sud des États-Unis a annoncé dimanche une nouvelle frappe contre un bateau, tuant les six hommes à bord.

À l'instar des ouvriers agricoles et des paysans de Sucumbío, les proches des pêcheurs tués se sont adressés aux médias pour réfuter les accusations de trafic de drogue.

Alors même que Trump, lors de son discours sur l'état de l'Union, se vantait en blaguant que « plus personne ne veut aller pêcher », les proches de Ricky Joseph, un capitaine de bateau de pêche de 35 ans originaire de Sainte-Lucie, ont signalé à l'Associated Press sa disparition après une frappe survenue le 13 février près de l'île caribéenne.

En tuant des dizaines de travailleurs innocents, l'administration Trump s'arroge le droit d'appliquer la peine de mort contre tout suspect, groupe ou communauté, où que ce soit, sans même d'inculpation formelle, les commandants américains se faisant alors procureurs, juges, jurés et bourreaux. L’opération « Extermination totale » en Équateur s’accompagne de l’imposition de l’état d’exception à toute une région, suspendant les droits démocratiques dans neuf provinces couvrant une grande partie du pays, et d’un couvre-feu du 15 au 30 mars dans quatre provinces.

Autrement dit, le régime de terreur ainsi instauré par l’impérialisme américain et ses alliés latino-américains prépare le terrain à une dictature militaire.

Comme le souligne le WSWS, le sommet du « Bouclier des Amériques » à Miami trouve son précédent historique le plus proche dans le sommet de novembre 1975 au Chili de Pinochet, où les services de renseignement des dictatures sud-américaines ont lancé l’« Opération Condor », du nom de l’oiseau national chilien. Ce réseau coordonnait la détention, la torture et l’assassinat de personnes soupçonnées d’être de gauche, avec l’aide de la CIA.

L’armée équatorienne, qui rejoindra plus tard l’Opération Condor, et ses commanditaires américains relancent aujourd’hui leur réseau de terreur.

L'administration Trump s'attend sans aucun doute à ce que les troubles engendrés par le dénouement des guerres économiques et militaires menées par l'impérialisme américain, et qui entraînent aujourd'hui une flambée des prix du pétrole, provoquent des soulèvements sociaux explosifs en Amérique latine, semblables à ceux qui ont éclaté lors des chocs pétroliers des années 1970. En réponse, elle cherche à terroriser la population et à instaurer des dictatures avant le soulèvement populaire.

Les méthodes employées – atterrissages d'hélicoptères dans les zones rurales, incendies et bombardements de maisons, captures et tortures des habitants – rappellent les attaques et les massacres perpétrés par ces dictatures, qui ont fait des centaines de milliers de victimes en Amérique du Sud et en Amérique centrale. Cette fois-ci, l'accusation de « communisme » est remplacée par celle de « narcoterrorisme ». Dans de nombreux cas, ces dictatures et la CIA ont collaboré étroitement avec les cartels de la drogue.

En mars 2022 encore, l'armée colombienne a massacré onze personnes, dont le gouverneur autochtone et un autre responsable local, sur un marché paysan de Putumayo, les accusant d'appartenir au même commandement des forces frontalières visé en Équateur. Si ces événements se sont déroulés sous le gouvernement d'extrême droite d'Iván Duque, l'actuel président de pseudo-gauche, Gustavo Petro, s'est joint au conflit en annonçant une opération conjointe avec l'Équateur et les États-Unis. Cette opération prévoit le déploiement de 20 000 soldats colombiens à la frontière dans le cadre d’« Extermination totale ».

L'Équateur n'est qu'un cobaye. Cette terreur n'est pas une aberration, mais la suite logique de la politique de guerre mondiale de l'impérialisme américain, de l'anéantissement de l'Iran à la famine infligée à Cuba, en passant par le bombardement de Caracas et l'enlèvement du président du Venezuela.

Loading